« J'en ai rien à cirer » : Lisnard veut l'Élysée, mais les morts algériens ne méritent pas son respect

N. Rochat — Genève, Suisse — 20 octobre 2026

L'argument qui s'effondre en une question

« J'étais pas né. »

Voilà donc l'argument de David Lisnard pour balayer le massacre du 17 octobre 1961. Comme si la date de naissance d'un homme constituait un permis d'indifférence. Comme si les crimes du passé perdaient leur importance dès lors qu'ils précèdent la naissance de ceux qui prétendent gouverner le présent.

Alors posons une question simple, directe, impossible à esquiver :

Monsieur Lisnard, la Shoah aussi, vous vous en fichez parce que vous n'étiez pas né ?

Vous êtes né en 1969. La Shoah était terminée depuis près d'un quart de siècle. Vous n'étiez pas né davantage. Pourtant, personne de sérieux ne soutiendrait que cette absence de naissance dispense un responsable politique de respecter la mémoire des victimes, de connaître les faits ou de reconnaître la responsabilité historique de l'État français dans la déportation des Juifs sous l'Occupation.

Et heureusement.

Alors pourquoi le raisonnement serait-il différent lorsqu'il est question des Algériens massacrés à Paris le 17 octobre 1961 ?

Attention : il ne s'agit pas de prétendre que la Shoah et le massacre du 17 octobre 1961 sont des événements identiques. Ils ont des contextes, des échelles et des histoires distincts. Il s'agit de poser un principe élémentaire : on ne choisit pas les victimes auxquelles on accorde le droit à la mémoire en invoquant sa propre date de naissance.

Si « je n'étais pas né » ne suffit pas à congédier la mémoire de la Shoah, cet argument ne suffit pas davantage à balayer celle des Algériens tués lors de la répression du 17 octobre 1961.

La question n'est donc pas de savoir si David Lisnard était responsable des événements de 1961. Il ne l'était pas. La question est de savoir pourquoi, en 2026, un candidat à la présidence de la République choisit de répondre par le mépris à une question sur cette tragédie.

Ce qu'il balaye d'un « je m'en fous »

Le 17 octobre 1961, des Algériens manifestent pacifiquement à Paris contre un couvre-feu discriminatoire qui leur est imposé. La répression policière est sanglante. Des manifestants sont tués, d'autres blessés, et des corps sont retrouvés dans la Seine. Le bilan exact demeure discuté par les historiens, mais la violence de la répression est établie.

Cette répression intervient sous l'autorité du préfet de police Maurice Papon, condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l'humanité dans une autre affaire, celle de la déportation de Juifs pendant l'Occupation.

Le 16 octobre 2021, Emmanuel Macron a reconnu que « les crimes commis cette nuit-là sous l'autorité de Maurice Papon sont inexcusables pour la République ».

Ce n'est donc ni une invention ni une lubie de militants que l'on pourrait congédier par une formule méprisante. C'est une tragédie inscrite dans l'histoire de France et reconnue au plus haut niveau de l'État.

Or, face à une étudiante qui l'interroge sur cet événement, Lisnard répond qu'il s'en fiche et que ce n'est pas son problème aujourd'hui.

Voilà le véritable problème politique.

Un responsable public peut débattre des interprétations historiques. Il peut discuter des chiffres, contester une analyse ou dénoncer l'instrumentalisation politique de la mémoire. Mais il doit être capable de le faire sans transformer la souffrance des victimes en sujet indigne de son attention.

« J'ai des potes algériens » : ce n'est pas une réponse

L'argument consistant à invoquer des amis algériens, présent dans l'échange rapporté, ne règle rien.

Avoir des amis d'une origine donnée ne confère aucun brevet universel de compréhension historique. Cela ne permet pas davantage de décider, à la place des descendants des victimes, que leur mémoire appartient désormais au passé et qu'ils devraient passer à autre chose.

Les Algériens de France ne pensent pas tous de la même manière. Certains souhaitent tourner la page, d'autres réclament une reconnaissance plus complète, d'autres encore privilégient le dialogue et le travail historique. Leur diversité doit être respectée.

Mais aucun responsable politique ne peut utiliser les opinions supposées de quelques amis comme un argument définitif pour clore le débat.

La mémoire n'est pas une faveur accordée par un élu. Et le respect des morts ne dépend pas de l'approbation personnelle d'un candidat.

Il veut présider la France : qu'il assume aussi son histoire

David Lisnard n'est pas responsable de ce qui s'est produit en 1961. Il est responsable de ses paroles en 2026.

C'est précisément la distinction que son argument semble éluder : personne ne lui demande de porter une culpabilité personnelle pour des faits antérieurs à sa naissance. On lui demande de comprendre qu'un candidat à la présidence doit pouvoir affronter les pages sombres de l'histoire nationale sans les traiter avec désinvolture.

La France qu'il ambitionne de diriger est aussi celle qui a connu la Shoah, la déportation, la colonisation et la répression du 17 octobre 1961. Reconnaître ces faits n'efface pas les autres souffrances de l'histoire. Cela ne diminue aucune victime. Cela oblige simplement la République à regarder son passé avec sérieux.

Monsieur Lisnard, vous n'étiez pas né en 1961. Vous n'étiez pas né pendant la Shoah. Mais vous êtes candidat en 2026.

Votre date de naissance ne vous condamne à aucune culpabilité. Elle ne vous dispense pas non plus de répondre de vos paroles.

La question demeure : si vous estimez qu'un événement historique ne vous concerne pas parce que vous n'étiez pas né, quelle place accordez-vous à la mémoire dans la République que vous prétendez diriger ?

Les morts du 17 octobre 1961 n'ont pas besoin de votre approbation pour appartenir à l'histoire de France. Et leur mémoire ne disparaîtra pas parce que vous décidez qu'elle ne mérite pas votre attention.

On ne demande pas à un président d'avoir vécu toutes les tragédies de son pays. On lui demande d'être capable de les regarder en face.

📚 BIBLIOGRAPHIE COMPLÈTE (règle n°19)

1. BFMTV, « J'en ai rien à cirer, j'étais pas né : l'agacement de David Lisnard après avoir été interrogé par une étudiante sur le massacre du 17 octobre 1961 », 20 octobre 2026 — https://www.bfmtv.com/politique/elections/presidentielle/j-en-ai-rien-a-cirer-j-etais-pas-ne-l-agacement-de-david-lisnard-apres-avoir-ete-interroge-par-une-etudiante-sur-le-massacre-du-17-octobre-1961_AD-202610200128.html

2. Franceinfo, « Je m'en fous : le candidat David Lisnard s'agace après avoir été interrogé sur le 17 octobre 1961 » — https://www.franceinfo.fr/elections/presidentielle/je-m-en-fous-le-candidat-a-la-presidentielle-david-lisnard-s-agace-apres-avoir-ete-interroge-sur-le-17-octobre-1961_8245099.html

3. France 3, « David Lisnard s'agace après avoir été interrogé sur le 17 octobre 1961 » — https://france3-regions.franceinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/alpes-maritimes/cannes/

4. Le Figaro, « Je m'en fous : David Lisnard s'agace après avoir été interrogé sur le 17 octobre 1961 », 20 octobre 2026 — https://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/

5. IdRef / Wikipedia, « David Lisnard, né le 2 février 1969 à Limoges » — https://www.idref.fr/230877672

⚠️ Réserves publiées. (1) Les propos sont rapportés par plusieurs médias ; la vidéo complète fait foi. (2) Le nombre de morts du 17 octobre 1961 est estimé entre 100 et 300 selon les historiens, le chiffre officiel ayant longtemps été minimisé. (3) L'article attaque les propos et leur auteur politique, pas un peuple.