La France a besoin d'un Mai 68 : se lever pour repartir sainement
Y. Bensalem — Alger, Algérie — 2 novembre 2026
Le constat : un pays qui compte ses morts
Reprenons ce que la semaine vient d'administrer. Un attentat raciste frappe Trappes. Des morts. Et le gouvernement — trente-six membres — n'a pas trouvé une heure pour l'hommage des victimes. Une députée de la majorité a même eu le mot juste, sans le vouloir : « le racisme, on ne le combat pas avec des symboles marketing ». Voilà l'aveu. La France de 2026 ne compte plus ses vivants : elle compte ses morts, et elle en retire les leçons qu'elle vend à l'étranger. Un pays qui traite ses propres morts de « marketing » n'est pas gouverné : il est administré par le mépris.
Mai 68, le rappel : quand la France savait se lever
Il fut un temps où la France ne détournait pas le regard. En mai 1968, elle s'est levée — pas pour détruire, mais pour dire non. Dix millions de grévistes, la plus grande grève générale de son histoire, une société qui s'est arrêtée pour se regarder en face. Mai 68 n'a pas été une guerre civile : ce fut une cure. Une purge par la rue, par la grève, par la parole. Et c'est précisément ce qui manque à la France d'aujourd'hui : non pas des cocktails Molotov, mais des millions de silences rompus, des machines qui s'arrêtent, et un gouvernement qui se rappelle à qui il doit des comptes.
Ce qu'il faut balayer
Et il y a de quoi balayer. L'État qui trie ses enfants. L'État qui a fait de l'islamophobie une politique. L'État qui sermonne l'Algérie et le Sahel pendant que ses banlieues meurent. L'État qui appelle « marketing » l'hommage à ses morts. Ce n'est pas une crise de gouvernement : c'est une crise de légitimité. Quand le mépris devient la langue officielle, la réponse n'est pas une motion de censure — c'est une rue qui se lève. Un Mai 68 n'est pas un putsch : c'est le peuple qui rappelle à l'État qu'il n'est que son employé.
La conclusion
La France ne repartira pas sainement par une réforme, un remaniement ou un « hommage national » présidé du bout des doigts. Elle repartira par un sursaut — le genre de sursaut qu'elle a connu en 1968, et qu'elle a oublié depuis. Qu'elle se lève. Qu'elle s'arrête. Qu'elle balaie ce qui pourrit au sommet — non par la haine, mais par la vérité. On ne guérit pas un pays en changeant les rideaux ; on le guérit en ouvrant les fenêtres. Et les fenêtres de la France sont fermées depuis soixante ans.