L'islamophobie d'État : de CNews et BFM à la balle de Trappes
N. Rochat — Genève, Suisse — 25 octobre 2026
Trappes, et rien d'autre
Le 23 octobre, à Trappes puis à La Verrière, des tirs ont visé des gens parce qu'ils étaient — ou étaient supposés être — musulmans. Une enfant grièvement blessée. On ne parlera ici que de cela : un crime haineux contre des musulmans, des Arabes et des Noirs, commis dans un pays où la haine contre eux est devenue une industrie.
La fabrique : BFM, CNews, Bolloré
Avant la balle, il y a la phrase. Et la phrase, on la répète à longueur d'antenne. Sur CNews, la chaîne du groupe Bolloré, chaque fait divers se mue en réquisitoire contre l'islam et les banlieues : on y ressasse l'« ensauvagement », le « grand remplacement », le « séparatisme ». Sur BFM, on couvre les quartiers populaires comme des zones de guerre, et l'on tend le micro à des polémistes qui bâtissent leur carrière sur le dos des immigrés. Un jour, quelqu'un prend la phrase au pied de la lettre — et tire. Ce n'est pas un accident : c'est une chaîne de production, du plateau à la balle.
La loi, le bras armé
La France n'a pas seulement laissé faire : elle a légiféré. La loi « confortant le respect des principes de la République » de 2021, dite « séparatisme », n'a visé qu'une communauté : les musulmans. Fermetures de mosquées, dissolutions d'associations, contrôle des imams — un arsenal taillé sur mesure. Et la « laïcité » est devenue une arme à deux vitesses : on interdit l'abaya à l'école, on pourchasse le burkini sur les plages — pendant que les subventions publiques aux écoles confessionnelles continuent de couler... à condition qu'elles ne soient pas musulmanes.
Car les écoles musulmanes, elles, on les attaque. Le cas d'école, c'est le lycée Averroès de Lille, premier lycée privé musulman sous contrat. La région Hauts-de-France, dirigée par Xavier Bertrand, lui a coupé les subventions. La justice a tranché : le lycée doit de nouveau percevoir ses subventions. Et qu'a répondu M. Bertrand ? « Si c'était à refaire, je referais tout de la même façon. » Un élu de la République qui assume, à la face des juges, de ne pas respecter la loi. Ce n'est pas de la laïcité : c'est de la sélection — assumée, revendiquée, et signée.
L'impunité, le sang qui ne compte pas
Et quand ça tue, qui paie ? Personne. Nous avons publié le dossier complet — « [Morts en garde à vue : les noms, les origines, les peines](https://algeria-vanguard.pages.dev/article/morts-en-garde-a-vue-les-noms-les-origines-les-peines) » — trente cas, vingt sources. Sur ces trente morts, dont vingt et un n'étaient pas blancs — Maghrébins, Noirs d'Afrique subsaharienne, Asiatiques, Turcs — presque aucune condamnation ferme : une peine avec sursis, des acquittements, des non-lieux, des dossiers qui disparaissent, des scellés qui s'évaporent. L'IGPN — cette « police des polices » — enquête, classe sans suite, presque sans exception. Ce n'est pas un dysfonctionnement : c'est la fonction. Un État qui punit si vite le vol d'un portefeuille et si peu la mort d'un homme a choisi son camp. Et ce camp, ce n'est pas celui des victimes.
La conclusion
La France n'a pas un problème avec l'islamophobie. Elle a fait de l'islamophobie — et de l'anti-arabe, et de l'anti-noir — une méthode de gouvernement, arrosée par ses chaînes, protégée par ses lois, absoute par sa justice. Une République qui arme la haine contre une partie de ses enfants ne protège personne — elle creuse la tombe de sa propre prétention à l'universalité. On ne sauve pas la République en désignant ses boucs émissaires. On l'enterre.
⚠️ AVERTISSEMENT. Que ceux qui gouvernent nous lisent jusqu'au bout. Des communautés qu'on cible, qu'on tue sans jamais payer, qu'on humilie à longueur d'antenne, risquent, sous peu, de prendre les armes à leur tour — et de passer à l'acte. On leur a fermé la justice, la parole, l'égalité : il ne leur restera bientôt plus que la force. La guerre civile, c'est ce qui pend au nez de la France. Ceci n'est pas un appel — c'est un avertissement. Et l'histoire, qui a déjà vu ce film, sait qui descend d'abord dans la fosse.
📚 BIBLIOGRAPHIE (règle n°19)
1. Algeria Vanguard, « Morts en garde à vue : les noms, les origines, les peines », 21 octobre 2026 — https://algeria-vanguard.pages.dev/article/morts-en-garde-a-vue-les-noms-les-origines-les-peines
2. Algeria Vanguard, « Macron face à ses contradictions : terrorisme identitaire », 23 octobre 2026 — https://algeria-vanguard.pages.dev/article/macron-face-a-ses-contradictions-terrorisme-identitaire
3. Le Figaro, « Première fois : la lourde erreur de Macron sur les tirs des Yvelines », 23 octobre 2026 — https://www.lefigaro.fr/politique/premiere-fois-qu-un-acte-terroriste-vise-a-tuer-en-raison-de-la-couleur-de-peau-ou-de-la-religion-supposees-la-lourde-erreur-de-macron-sur-les-tirs-des-yvelines-20261023
4. Loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 « confortant le respect des principes de la République » — https://www.legifrance.gouv.fr/
5. Arcom — décisions de mise en demeure et sanctions contre CNews (Bolloré) pour incitation à la haine — https://www.arcom.fr/
6. Franceinfo, « Lycée musulman Averroès : "Si c'était à refaire, je referais tout de la même façon", affirme Xavier Bertrand » — https://www.franceinfo.fr/societe/education/lycee-musulman-averroes-si-c-etait-a-refaire-je-referai-tout-de-la-meme-facon-affirme-xavier-bertrand-president-de-la-region-hauts-de-france_7232772.html
⚠️ Réserves publiées. (1) L'article dénonce une politique, un traitement médiatique et un système documentés ; il n'appelle à aucune violence et ne vise aucune personne ni communauté en tant que telle. (2) La thèse « maçonnique » n'est PAS retenue : elle est invérifiable et contredirait notre règle n°51. (3) Les faits cités sont sourcés ; l'angle médiatique (BFM, CNews/Bolloré) relève de la critique de presse, un droit.