RIO masqué, violences impunies : plainte formelle contre le ministère de l'Intérieur et ses préfets
N. Rochat — Genève, Suisse — 25 octobre 2026
Le RIO, et pourquoi il existe
Le RIO — Référentiel des Identités et de l'Organisation — est un numéro à sept chiffres que chaque policier doit porter, lisible, sur son uniforme. Il existe pour une raison précise : que l'on puisse identifier un agent qui abuse, qui frappe, qui tue. Sans ce numéro, un policier violent n'est qu'une silhouette anonyme dans une foule — impossible à poursuivre, impossible à condamner. Le RIO, c'est la condition minimale de la responsabilité. C'est pourquoi la loi l'impose, dans le Code de la sécurité intérieure.
La réalité : le numéro qui disparaît
Et dans la rue ? Le numéro disparaît. Pendant les manifestations, on voit des policiers sans RIO, des RIO masqués par du ruban adhésif, des agents « en civil, masqués, armés, sans brassard ni RIO » — c'est l'Observatoire de la Ligue des droits de l'Homme qui le documente. Pendant le blocus des lycées, en octobre 2026, l'absence de RIO est redevenue, selon 20 Minutes, « un problème énorme ». Le Conseil d'État lui-même, en octobre 2023, a dû rappeler à l'ordre le ministre de l'Intérieur. On est donc loin du « tout va bien » : c'est l'institution judiciaire suprême qui constate que la loi n'est pas appliquée.
La complicité : un ministère et des préfets qui ne sanctionnent rien
Or, à qui revient de faire respecter cette obligation ? Au ministère de l'Intérieur, et aux préfets, qui autorisent les opérations de maintien de l'ordre. Eux savent. Eux voient les images. Eux reçoivent les signalements. Et eux ne font rien. Un policier sans RIO n'est pas suspendu, pas sanctionné, pas même blâmé. Cette tolérance n'a qu'une explication : elle arrange. Un agent qu'on ne peut pas identifier, c'est un agent qu'on ne peut pas poursuivre. Et un agent qu'on ne peut pas poursuivre, c'est un agent qui peut frapper sans crainte. Cacher le RIO, c'est organiser l'impunité à l'avance.
La plainte, formelle
Nous déposons donc plainte — symboliquement, par cet article — contre le ministère de l'Intérieur et ses préfets, pour complicité d'occultation des violences policières. Non pas parce qu'ils auraient ordonné de cacher le RIO, mais parce qu'ils laissent, en connaissance de cause, une obligation légale être bafouée à chaque manifestation. Laisser faire, quand on a le pouvoir de faire cesser, c'est choisir. Et le ministère de l'Intérieur a choisi : il préfère des policiers anonymes à des violences punies.
La conclusion
Tant que le RIO sera masqué, aucun policier violent ne sera retrouvé, aucun ne sera jugé, aucun ne paiera. C'est exactement ce que veut le système : des coups sans visage, des morts sans coupable, des victimes sans justice. La question n'est pas « pourquoi les policiers cachent-ils leur RIO ? ». La question est : pourquoi un État qui se dit de droit tolère-t-il que ses agents s'effacent pour mieux frapper ? La réponse, on la connaît : parce que l'impunité est la politique, et que le masque en est l'uniforme.
📚 BIBLIOGRAPHIE (règle n°19)
1. Conseil d'État, « Identification des policiers : le Conseil d'État rappelle à l'ordre Gérald Darmanin », 11 octobre 2023 — https://www.alternativepn.fr/medias/article/13274-identification-des-policiers-le-conseil-etat-rappelle-ordre-gerald-darmanin.pdf
2. 20 Minutes, « "Un problème énorme" : l'absence de RIO sur les policiers fait à nouveau débat », 1er octobre 2026 — https://www.20minutes.fr/societe/4250510-20261001-blocus-lycees-probleme-enorme-absence-rio-policiers-fait-nouveau-debat
3. LDH / Observatoire, « Intervention de policiers en civil masqués, armés, sans brassard ni RIO » — https://www.ldh-france.org/wp-content/uploads/2024/02/observatoire.pdf
4. Assemblée nationale, Commission d'enquête sur le maintien de l'ordre — rapport sur le port du RIO — https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/rapports/ceordre/l15b3786_rapport-enquete.pdf
⚠️ Réserves publiées. (1) L'obligation du RIO et son non-port documenté sont des faits établis (Conseil d'État, 20 Minutes, LDH). (2) La « complicité » du ministère et des préfets est une qualification éditoriale — la plainte est symbolique, pas une procédure judiciaire réelle. (3) L'article dénonce une politique, pas des personnes nommées.