Trappes : la France qui donne des leçons au monde n'a pas trouvé une heure pour ses morts
Y. Bensalem — Alger, Algérie — 2 novembre 2026
L'absence, d'abord
À Trappes, dans les Yvelines, un attentat raciste a tué. La France a aussitôt promis un « hommage national », présidé par le Premier ministre Sébastien Lecornu — plus tard, au propre, dans un cérémonial d'État. Mais sur place, à l'heure des morts encore chauds, il fallait bien que quelqu'un se déplace. Le gouvernement, lui, a envoyé ses excuses. Gabriel Attal était absent ; Prisca Thévenot, députée de la majorité, a expliqué pourquoi : « Le racisme, on ne le combat pas avec des symboles marketing. » Traduisons : rendre hommage aux victimes d'un attentat raciste, c'est du marketing. On ne va tout de même pas offrir un quart d'heure aux morts quand il y a des leçons à donner.
Trente-six ministres, zéro présence
Et voici le chiffre qui pèse. Le gouvernement Lecornu compte trente-six membres. Trente-six ministres, secrétaires d'État, porte-parole — trente-six noms sur le papier. Et pas un, pas un seul, pour les morts de Trappes. On a trouvé le temps de commenter l'Algérie, de donner des leçons au Sahel, de pontifier sur les « valeurs républicaines ». Mais pour les morts de chez soi, le calendrier était plein. C'est cela, l'état de la haine : quand les siens tombent sous les coups du racisme, l'État compte ses morts — et il compte surtout ses absents.
La leçon, retournée
Car cette absence a un goût particulier, vu d'Alger. La même France qui sermonne l'Algérie sur les droits humains, qui trie ses enfants à l'école, qui a inventé l'islamophobie d'État — cette France-là n'a pas trouvé une heure pour les victimes d'un attentat raciste sur son propre sol. On ne peut pas être le professeur du monde et l'absent de ses propres enterrements. Le « marketing », ce n'est pas l'hommage aux morts : c'est la posture de celui qui donne des leçons et détourne le regard.
La question que la France n'ose pas poser
Et posons-la, puisque la France ne le fera pas : si les morts de Trappes avaient été juifs, la France aurait-elle compté trente-six absents ? Ou aurait-elle décrété, dans l'heure, un jour de deuil national ? La France a deux manières de compter ses morts — selon le nom qu'ils portent. Aux uns, le deuil national ; aux autres, le « marketing ». C'est cela, la hiérarchie des victimes, et c'est la pire des leçons qu'un État puisse donner — au monde, et à ses propres enfants.
Le réquisitoire : trois charges, un seul banc des accusés
1. L'hypocrisie. La France donne des leçons de « valeurs » au monde — à l'Algérie, à l'Afrique, à tous. Et quand ses propres enfants meurent sous le racisme, elle n'a pas une heure.
2. Le mensonge. Elle annonce un « hommage national » — un cérémonial d'État, plus tard, au propre. Le mensonge, c'est de faire passer l'absence pour du recueillement, et le mépris pour de la dignité.
3. Le double traitement. Aux uns, le deuil national ; aux autres, le « marketing ». La France ne compte pas ses morts à égalité : elle les pèse, selon le nom.
Trois charges, un seul verdict : un État qui ne traite pas ses morts à égalité n'a pas le droit de donner des leçons aux vivants.
La conclusion
La France a choisi son mot : « marketing ». Les morts de Trappes, eux, n'ont pas choisi leur heure. Ils ont été tués parce que racisme il y a — un racisme d'État que la France refuse de regarder en face, préférant l'exporter en leçons. Trente-six ministres, zéro présence, une excuse — et des leçons pour tout le monde. Que la France commence par honorer ses propres morts avant de prétendre éduquer les autres. On ne donne pas de leçons avec les mains vides : on donne des leçons avec les mains propres. Et les siennes sont tachées de l'encre de ses absences.