Le « logiciel 1975 » est incompatible avec le réel : Hespress l'écrit — et la résolution qu'il cite contient le mot « référendum »

Róisín Gallagher — Liverpool, Royaume-Uni — 7 octobre 2026

Note de méthode. La tribune que nous répondons ici n'insulte personne, et elle est bien écrite. Nous ne lui reprocherons donc ni le ton, ni les intentions : nous la prendrons au sérieux, et nous lui opposerons les textes qu'elle invoque elle-même.

Le 6 octobre 2026 à 20h49, Hespress publie une tribune signée du Dr Said Laqabi, de l'université Cadi Ayyad à Safi. Elle s'appelle « Algérie et l'effet Boomrang ».

Le procédé est habile, et il faut le reconnaître : au lieu d'accuser, la tribune compare. Le Conseil de sécurité devient un « Minitel diplomatique » — 36 15 SAHARA. La diplomatie algérienne devient un logiciel périmé : « Erreur 404 : logiciel 404 incompatible avec le réel. » Et l'histoire tourne au conte : l'Algérie a glissé un caillou dans la chaussure marocaine, et le Petit Poucet en a fait une route.

C'est drôle. C'est littéraire. Et c'est réfutable — par le texte que la tribune cite.

Premièrement : le mot qu'elle utilise, et le mot que le texte emploie

La tribune s'appuie sur la résolution 2797 du 31 octobre 2025. Elle la décrit ainsi : le texte « réaffirme la recherche d'une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, fondée sur le compromis et compatible avec le principe d'autodétermination ».

Jusque-là, c'est exact. Nous le confirmons.

Mais alors, une question simple se pose, et la tribune ne la pose jamais : si le logiciel de 1975 était incompatible avec le réel, pourquoi le Conseil de sécurité a-t-il maintenu le mot « référendum » dans le nom de la mission qu'il proroge ?

Car la résolution 2797 proroge la MINURSO. Et MINURSO signifie : Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental.

Ce n'est pas un détail d'archive : c'est le nom de la mission créée par la résolution 690 du 29 avril 1991, et que le texte du 31 octobre 2025 proroge jusqu'au 31 octobre 2026.

Un logiciel périmé, on le désinstalle. L'ONU, elle, l'a renouvelé — mot pour mot, nom pour nom.

Deuxièmement : la tribune dit « autodétermination » — et c'est écrit dans le paragraphe de décision

La tribune reconnaît que le mot autodétermination figure dans la résolution. Nous allons plus loin : il n'est pas seulement dans le préambule, là où les mots n'engagent à rien. Il est dans le PARAGRAPHE DE DÉCISION n° 3, celui qui ordonne.

Voici ce que le Conseil demande, mot pour mot :

« Demande aux parties de participer aux discussions sans conditions préalables et sur la base du plan d'autonomie proposé par le Maroc afin de parvenir à une solution politique définitive et mutuellement acceptable qui assure l'autodétermination du peuple du Sahara occidental, considère qu'une autonomie véritable pourrait représenter une solution des plus réalisables […] »

Il y a deux choses dans cette phrase, et la tribune n'en garde qu'une :

1. L'autodétermination, oui — mais comme le but à atteindre.

2. Le plan d'autonomie, oui — mais au CONDITIONNEL : « pourrait représenter ».

Et le paragraphe 2 du même texte ajoute ceci, que la tribune tait :

« […] et accueillera volontiers toute suggestion constructive que pourraient faire les parties en réponse au plan d'autonomie. »

Un logiciel périmé, cela se remplace. Un texte qui ouvre la porte à « toute suggestion constructive » et qui écrit deux fois « pourrait », cela s'appelle un texte ouvert.

La tribune nous reproche de vivre en 1975. Elle cite un texte de 2025 qui, lui, n'a pas fermé la porte de 1975.

Troisièmement : l'histoire que la tribune raconte — et l'épisode qu'elle évite

**La tribune consacre plusieurs paragraphes à une thèse psychologique : un système politique qui « dépend durablement de l'existence d'un ennemi ». Elle pose ensuite la vraie question : *« que faire lorsque le réel refuse de suivre le scénario ? »***

C'est la bonne question. Alors répondons-y — avec des dates, pas avec des intentions.

  • 24 mai 1991 : le Secrétaire général propose un cessez-le-feu à partir du 6 septembre 1991. Les deux parties l'acceptent — le Maroc comme le Front Polisario.
  • 1990-1992 : le Plan de règlement fixe un référendum en janvier 1992, par lequel « le peuple sahraoui choisirait entre l'indépendance et l'intégration au Maroc ». Le calendrier n'a pas été respecté. Le principe, lui, n'a jamais été annulé.
  • 12 août 2025 : John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale des États-Unis et ancien ambassadeur à l'ONU, déclare : « On travaille à organiser ce référendum depuis 1991 », les résolutions du Conseil étaient « claires et transparentes », et « ce que le Maroc a refusé ».

Nous attribuons cette citation à qui l'a prononcée, dans quel média et à quelle date — Bolton s'exprimait dans un entretien à un média sahraoui, et il n'engage pas les États-Unis. Mais c'est un républicain américain, ancien ambassadeur à l'ONU, qui le dit.

Donc le « réel » n'a pas refusé le scénario. C'est une partie qui s'est retirée du scénario. Ce n'est pas la même chose, et c'est toute la différence entre un logiciel périmé et un engagement non tenu.

Quatrièmement : le chiffre — nous l'avons vérifié. La tribune a raison, et cela ne change rien.

La tribune écrit que la résolution 2797 a été adoptée « par 11 voix pour, aucune contre et 3 abstentions », et que « l'Algérie, elle, ne participa pas au vote ».

Nous avons ouvert le compte rendu officiel de la séance. La tribune a raison sur toute la ligne : onze voix pour, aucune contre, trois abstentions — et l'Algérie ne prend pas part au vote.

Nous l'écrivons d'autant plus volontiers que c'est notre règle : un chiffre se vérifie, et quand il est exact, on le dit.

Et voici ce que le même compte rendu ajoute — ce que la tribune omet :

1. Les trois abstentions sont la Chine, le Pakistan et la Russie. Ce ne sont pas des soutiens d'Alger : c'est le texte lui-même qui a été jugé déséquilibré. La Russie, qui présidait le Conseil en octobre 2025, dit s'être « étonnée de l'approche adoptée ». Trois membres sur quinze ont refusé de voter un texte que l'on présente aujourd'hui comme un consensus.

2. Et l'Algérie a donné sa raison, publiquement, devant le Conseil. Son représentant, M. Bendjama, l'a dite dans ces termes :

« Mon pays n'a pas participé au vote sur la résolution […] Par cette absence, et agissant avec la plus grande responsabilité, l'Algérie a voulu montrer qu'elle se distancie d'un texte qui ne reflète pas fidèlement ou suffisamment la doctrine des Nations unies. »

La tribune préfère y voir un « théâtre diplomatique » et une « présence par absence ». C'est une interprétation. Le Conseil, lui, a enregistré une explication de vote — et elle est publique.

3. Et voici le point décisif : dans le compte rendu de cette séance, TOUTES les délégations appellent la mission par son nom officiel — United Nations Mission for the Referendum in Western Sahara. Les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Chine, la Russie, la Sierra Leone, la Slovénie, la Corée, le Danemark, le Guyana, le Panama, la Grèce, la Somalie, le Pakistan : toutes, sans exception.

Et le Royaume-Uni, membre permanent, qui a voté POUR, ajoute ceci devant le Conseil :

« [Ce texte] représente un pas vers une solution politique juste et durable qui prévoit l'autodétermination du peuple du Sahara occidental. C'est le début du processus visant à trouver une solution mutuellement acceptable — pas la fin. »

« Pas la fin. » Y compris pour un membre permanent qui a voté pour.

Donc le chiffre de la tribune est exact. Il ne dit pas ce qu'elle veut lui faire dire.

Ce que nous concédons — parce que c'est la règle

Un dossier qui ne concède rien ne vaut rien. Alors voici ce que la tribune dit de juste :

  • L'Algérie est bien nommée dans le préambule de la résolution 2797. Aux côtés du Maroc, du Front Polisario et de la Mauritanie. Nous l'écrivons, parce que c'est écrit.
  • La diplomatie algérienne a récité longtemps la même formule, et cela a pu donner l'impression d'un disque rayé. C'est une critique légitime, et nous ne la récusons pas par principe.
  • Le plan d'autonomie marocain est cité comme base des discussions dans les deux paragraphes utiles du texte. Nous ne le nions pas.
  • Sur la mémoire et sur la façon dont les États racontent leur propre histoire, la tribune pose une question qui n'est pas sotte. Elle vaut pour toutes les capitales, y compris pour celle qui la publie.

Et la conclusion, que nous laissons au lecteur

Hespress affirme que le logiciel de 1975 est incompatible avec le réel.

Le texte qu'il cite a été adopté le 31 octobre 2025. Il proroge, jusqu'au 31 octobre 2026, une mission appelée « Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental ». Il emploie deux fois le conditionnel sur l'autonomie. Il réaffirme l'autodétermination dans son paragraphe de décision. Il ouvre la porte à « toute suggestion constructive ».

Ce n'est pas nous qui le disons. C'est le texte. Et le texte est en ligne.

Le lecteur qui l'ouvre jugera. C'est tout ce que nous demandons.

Sources : Conseil de sécurité des Nations unies, résolution 2797 (2025), 31 octobre 2025, cote S/RES/2797 (2025) — texte intégral public : https://docs.un.org/fr/S/RES/2797(2025). — Conseil de sécurité, résolution 690 du 29 avril 1991 (création de la MINURSO). — Rapport du Secrétaire général du 18 juin 1990 (Plan de règlement ; référendum prévu en janvier 1992 ; choix entre l'indépendance et l'intégration au Maroc) ; 24 mai 1991 (cessez-le-feu accepté par les deux parties). — John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale des États-Unis et ancien ambassadeur à l'ONU, entretien du 12 août 2025 (cité comme tel, il n'engage pas les États-Unis). — Hespress, « Algérie et l'effet Boomrang », Dr Said Laqabi, Université Cadi Ayyad – Safi, 6 octobre 2026, 20h49. — La Nouvelle Tribune, « Le Conseil de sécurité ouvre sa séquence sur le Sahara », 7 octobre 2026 (réunions des 7 et 8 octobre, expiration du mandat le 31 octobre, États-Unis porte-plume). — Conseil de sécurité des Nations unies, compte rendu officiel de la 10030ᵉ séance (S/PV.10030), 31 octobre 2025 : 11 voix pour, 0 contre, 3 abstentions (Chine, Pakistan, Fédération de Russie) ; non-participation de l'Algérie et explication de vote de M. Bendjama ; citations des délégations, dont celle du Royaume-Uni (« pas la fin »), dans la version anglaise du compte rendu. — UN Project (base de données des votes du Conseil de sécurité), fiche de la résolution 2797 (2025).