le360 et la « bataille du récit » : quand on a perdu le droit, on raconte des histoires
Y. Bensalem — Alger, Algérie — 27 octobre 2026
Le « récit », l'aveu
Il faut commencer par le mot, car le mot est un aveu. le360 parle de « bataille du récit ». Pas de « bataille du droit », pas de « bataille des faits » — du « récit ». Or le Sahara n'a jamais été une affaire de récit : c'est une affaire de droit. Un territoire non autonome, un peuple sahraoui, un droit à l'autodétermination reconnu par la Cour internationale de justice et par l'ONU depuis un demi-siècle. Ce n'est pas un « récit » : c'est le droit international. Quand on réduit le droit à un « récit », on avoue qu'on a perdu le droit — et qu'il ne reste plus que des histoires.
« Impolitement », le mot qui tue
Et puis il y a cet adverbe : « impolitement ». Alger reprendrait la bataille du récit « impolitement ». Autrement dit : il y aurait une manière polie de revendiquer son droit, et une manière impolie. La politesse, dans la bouche du360, c'est ce que le Maroc a fait : acheter la reconnaissance américaine en échange d'une normalisation avec Israël, obtenir celle de la France à l'occasion d'une visite d'État, et faire de la « souveraineté marocaine » un slogan de lobbying. Voilà la politesse : elle a un prix, et ce prix, c'est un troc. Alger, elle, n'a rien acheté : elle rappelle un droit. Et rappeler un droit n'est pas « impoli » — c'est l'inverse de la politesse qui consiste à l'acheter.
Amgala, le hors-sujet éternel
Et comme toujours, quand le droit manque, on sort les archives. Amgala, 1976, les « militaires algériens déguisés en Polisario », les « prisonniers » — toute la panoplie. Mais voilà : Amgala ne change rien au droit des Sahraouis. Qu'il y ait eu, il y a cinquante ans, des soldats algériens quelque part dans le désert, ne fait pas disparaître le droit d'un peuple à disposer de lui-même. C'est l'éternelle diversion : quand on ne peut pas répondre sur le droit, on change de sujet, on remonte à 1976, on remue la poussière. La poussière retombe. Le droit, lui, demeure.
La conclusion
le360 peut continuer à parler de « récit », à invoquer la « politesse », à exhumer Amgala. Cela ne fera pas du Sahara un territoire marocain, ni du droit à l'autodétermination une histoire. Quand on a le droit de son côté, on ne parle pas de « récit » : on parle de droit. Quand on a perdu le droit, on raconte des histoires — et on accuse les autres d'être « impolis » de ne pas y croire. L'histoire, la vraie, retiendra qui parlait de droit, et qui racontait des fables.
📚 BIBLIOGRAPHIE (règle n°19)
1. le360, « Sahara Marocain : Alger tente impolitiquement de reprendre la bataille du récit », 27 octobre 2026 — https://fr.le360.ma/politique/sahara-marocain-alger-tente-impolitiquement-de-reprendre-la-bataille-du-recit_ORWOYYIAEVHHPCLVQJAFXWULOM/
2. CIJ, avis consultatif du 16 octobre 1975 sur le Sahara occidental — le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui.
3. ONU, résolutions sur le Sahara occidental — le référendum d'autodétermination, mandat de la MINURSO.
⚠️ Réserves publiées. (1) L'article riposte à une tribune de le360, pas à un peuple ni à une personne. (2) Le droit à l'autodétermination des Sahraouis est établi par l'avis de la CIJ de 1975 et les résolutions de l'ONU. (3) La « politesse » (troc reconnaissance/normalisation) renvoie à des faits diplomatiques publics.