Le Point et le « délire militaire » algérien : quand le réarmement des autres est une vertu, celui de l'Algérie un scandale

Y. Bensalem — Alger, Algérie — 2 novembre 2026

« L'ex-colonie » et son « délire »

Commençons par le vocabulaire, car il trahit tout. Le Point ne dit pas « l'Algérie » : il dit « l'ex-colonie française ». Il ne dit pas « défense nationale » : il dit « délire militaire ». Il ne dit pas « armée » : il dit « barbouzes ». Le lexique n'est pas celui du journalisme : c'est celui du préjugé colonial, qui regarde l'ancienne colonie comme un enfant qui jouerait au soldat. Et comme tout préjugé, il a besoin d'un miroir : la France, elle, ne « délire » jamais — elle « assure sa souveraineté ». Mais que la France se souvienne : ces « enfants » qu'elle regardait de haut, ces soldats qu'elle croyait en train de « jouer », l'ont battue — et l'ont mise dehors. L'armée qu'elle méprise aujourd'hui est celle d'un peuple qui l'a déjà vaincue une fois, en 1962, au terme de cent trente-deux ans de colonisation. La France n'a jamais digéré cette défaite. C'est pour cela qu'elle parle encore de l'Algérie avec le mépris du vaincu qui refuse sa défaite.

Le réarmement des autres est une vertu

Faisons le compte, et il est édifiant. Depuis l'invasion de l'Ukraine, la France a décrété le réarmement massif — une « économie de guerre », des budgets militaires en hausse vertigineuse, des lois de programmation militaire par dizaines de milliards. Et cela, Le Point l'approuve : c'est la « souveraineté », la « défense de l'Europe ». Le réarmement français est une vertu ; le réarmement algérien devient un scandale. La même dépense, le même droit à se défendre — mais deux poids, deux mesures. L'un est un État qui s'assure, l'autre est un « régime » qui « délire ».

La projection, encore et toujours

Et voici la ficelle la plus usée du métier. Le Point prête à l'Algérie un « délire d'invasion imminente ». Mais qui, en Méditerranée occidentale, a réellement vécu l'invasion ? L'Algérie, qui a subi cent trente-deux ans de colonisation, ne prépare aucune invasion : elle prépare sa défense, face à un voisin qui s'est réarmé jusqu'aux dents avec les drones, les avions et la bénédiction de Washington, de Paris et de Tel-Aviv. Le Maroc se réarme : personne ne parle de « délire ». L'Algérie se défend : c'est la « fuite en avant ». C'est cela, la projection : prêter à l'autre le danger que l'on protège chez soi.

La souveraineté a un prix

Et puisque Le Point aime les comptes, faisons-les. L'Algérie paie, seule, de sa poche, la protection de ses intérêts — jusqu'au Niger, où son armée installe sa présence sans tendre la main à personne. La France, elle, ne déploie plus un bataillon sans demander la permission à l'Europe et à l'OTAN. La raison tient en un chiffre : plus de 3 000 milliards d'euros de dettes, soit plus de 100 % de son PIB. Quand votre dette dépasse votre richesse, vous ne bougez plus un soldat seul : vous le bougez avec la caution de vos créanciers. La jalousie a un prix — celui de la souveraineté. Et la souveraineté se perd le jour où l'on doit emprunter pour défendre son propre intérêt. L'Algérie paie ; la France emprunte. Et qui emprunte sa défense ne possède plus sa liberté.

La conclusion

Le Point peut continuer à roucouler « délire », « barbouzes », « ex-colonie ». Qu'il roucoule — c'est tout ce qui lui reste. Chaque insulte est un aveu : celui d'un pays qui a perdu la guerre d'Algérie et qui la rejoue chaque semaine dans ses colonnes, faute de l'avoir digérée. La France a eu cent trente-deux ans pour prouver sa « supériorité ». Elle a fini dehors, en 1962. Et depuis, elle écrit des articles pour se consoler.

Que Le Point l'entende bien : l'Algérie n'a pas peur d'un « 1962 bis ». Nous avons déjà battu la France une fois — contre la première armée d'Europe, avec nos mains, sans créanciers. Nous sommes prêts à recommencer si l'envie lui en prend. Non pas que nous cherchions la guerre : nous ne la fuyons pas, et la dernière fois, c'est elle qui a plié bagage. La souveraineté ne se mendie pas : elle se paie. L'Algérie la paie seule, sans l'OTAN, sans l'Europe, sans créanciers. Le Point, lui, paie son mépris — et son lecteur paie la note. Car l'Algérie a Allah et ses enfants — et elle ne compte sur personne d'autre pour rester debout.