Hespress voit de l'« appréhension » : la peur qu'on prête aux autres pour cacher la sienne

Y. Bensalem — Alger, Algérie — 27 octobre 2026

L'« appréhension » projetée

Le titre est une psychanalyse à l'envers : « le tawajjous algérien » — l'appréhension algérienne. Comme si Alger tremblait à l'idée d'une résolution américaine. Mais depuis quand la position de l'Algérie sur le Sahara dépend-elle de Washington ou de Paris ? Elle n'en a jamais dépendu. Elle tient au droit d'un peuple à disposer de lui-même, point. Ce n'est pas une position qu'on « craint » de voir fragilisée par une résolution : c'est un principe que ni Washington ni Paris ne peuvent abolir à coups de votes. Ceux qui « appréhendent », ce sont ceux qui espèrent qu'une résolution remplacera le référendum.

La résolution qui nie le référendum

Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Le projet de résolution américain, selon Hespress lui-même, consacrerait « l'autonomie réelle sous souveraineté marocaine comme seule solution possible ». Traduisons : on décide à la place des Sahraouis. On leur dit, avant même de les consulter, quelle sera la réponse. C'est exactement le contraire d'un référendum d'autodétermination : c'est une autodétermination confisquée, écrite par un État qui refuse de poser la question. La MINURSO existe pour organiser la consultation. La réécrire pour en faire la greffière d'une annexion, c'est tuer sa raison d'être.

La vraie appréhension

Alors qui appréhende ? Pas l'Algérie, qui répète le même principe depuis un demi-siècle. Mais le Maroc, qui se précipite, avant chaque vote du Conseil de sécurité, pour verrouiller la « souveraineté » et faire disparaître le mot « référendum ». On ne court pas si vite quand on est sûr de son droit : on court quand on craint que la question ne soit finalement posée. Et la question, c'est : les Sahraouis, que veulent-ils ? Tant qu'on refuse de la poser, c'est qu'on craint la réponse.

La conclusion

Hespress peut prêter à l'Algérie une « appréhension » de convention. La vérité est plus simple : l'Algérie n'a rien à craindre d'une résolution qui ne change pas le droit, et le Maroc n'a rien à gagner à fuir la question. La peur, on la prête toujours aux autres pour ne pas regarder la sienne. Et la peur marocaine a un nom : le référendum. Voilà ce que Hespress ne veut pas écrire.

📚 BIBLIOGRAPHIE (règle n°19)

1. Hespress, « L'appréhension algérienne accompagne le rapprochement Washington-Paris sur l'avenir de la MINURSO », 27 octobre 2026 — https://nabd.com/s/179984093-9ea0d1/

2. Conseil de sécurité de l'ONU, résolution 2797 (31 octobre 2025) et projet de résolution sur la MINURSO (vote prévu le 30 octobre 2026).

⚠️ Réserves publiées. (1) La teneur du projet de résolution américain est rapportée d'après Hespress ; elle reste à confirmer sur le texte officiel. (2) L'article riposte à un média et à une thèse, pas à un peuple. (3) Le mandat de la MINURSO (cessez-le-feu + référendum d'autodétermination) est établi depuis 1991.