À Genève, une mère demande que le Maroc soit enfin inscrit sur la liste américaine des pays majeurs de narcotrafic
Sylvie Marchand — Genève, Suisse — 24 septembre 2026
Je m'appelle Meriem Zaidi. J'habite Genève. J'ai un fils de vingt-six ans, et cela fait sept ans que la drogue le tient. Je ne suis ni diplomate, ni journaliste, ni experte. Je suis une mère qui a appris à lire des rapports officiels parce que les rapports officiels étaient la seule chose qu'on ne pouvait pas me contester.
Ce que j'ai découvert en les lisant, je veux le dire ici, depuis cette ville où l'on parle tant de droit international.
Le Maroc ne figure pas sur la liste américaine des pays majeurs de production ou de transit de stupéfiants. Ni sur celle notifiée au Congrès le 15 septembre 2024. Ni sur celle transmise le 15 septembre 2026.
Vingt-trois pays y sont. Le Maroc n'y est pas.
Et je vais expliquer pourquoi cette absence n'a aucun fondement — en citant les documents, pas mes émotions.
D'abord, ce que les États-Unis écrivent eux-mêmes
Le rapport annuel du Département d'État américain sur le contrôle des stupéfiants — l'INCSR — consacre au Maroc une fiche entière, en mars 2025. Voici ce qu'elle dit, noir sur blanc :
- « De janvier à août 2024, les autorités ont saisi 2,1 tonnes métriques de cocaïne au Maroc. »
- « Les cultivateurs marocains continuent de produire du cannabis illicite, ce qui représente 164 tonnes de haschich saisies dans le pays de janvier à août 2024. Ce chiffre est supérieur d'environ 100 tonnes à la même période en 2023. »
- « La cocaïne est souvent expédiée depuis l'Amérique du Sud et transite par les ports marocains à destination de l'Europe. »
2,1 tonnes de cocaïne en huit mois. Cent soixante-quatre tonnes de haschich. Cent tonnes de plus qu'un an auparavant. Et des ports — Tanger-Med en tête — présentés comme des points de passage vers l'Europe.
L'Office des Nations unies contre la drogue et le crime écrit de son côté, dans son rapport mondial 2026 : « Le Maroc demeure l'un des pays d'origine du cannabis acheminé vers l'Europe et à l'intérieur de l'Europe. » Et, dans son rapport sur l'Afrique du Nord de janvier 2026 : « La majeure partie de la résine de cannabis saisie en Afrique du Nord continue d'être signalée comme partant du Maroc. »
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Ce que les documents officiels américains chiffrent au Maroc (INCSR 2025, Département d'État)
!Haschich saisi, janvier–août 2024 | 164 | tonnes
Haschich saisi, janvier–août 2023 | 64 | tonnes
Cocaïne saisie, janvier–août 2024 | 2,1 | tonnes
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Et maintenant, l'argument qui devrait tout régler
On me répondra, comme on me répond toujours : « mais le Maroc coopère ». Le Département d'État l'écrit lui-même — le Maroc est un « partenaire important » des États-Unis et de l'Union européenne.
Alors j'ai lu le texte qui crée cette liste. Et j'ai trouvé une phrase que je demande à chacun de lire attentivement.
Dans la détermination présidentielle elle-même — celle du 15 septembre 2026 —, il est écrit :
« La présence d'un pays sur cette liste n'est pas nécessairement le reflet des efforts actuels de son gouvernement en matière de lutte contre la drogue, ni de sa coordination avec les États-Unis. Conformément à la définition statutaire figurant dans la loi d'assistance étrangère de 1961, les pays majeurs de transit ou de production illicite de drogues sont placés sur la liste en raison d'une combinaison de facteurs géographiques, commerciaux et économiques qui permettent à des drogues ou à des précurseurs chimiques de transiter ou d'être produits, même si un gouvernement a engagé des mesures de contrôle des stupéfiants et d'application de la loi robustes et diligentes. »
Relisez la fin. « Même si un gouvernement a engagé des mesures robustes et diligentes. »
La coopération d'un gouvernement n'est donc pas un motif d'exemption. C'est écrit par le président des États-Unis lui-même, dans le document qui établit la liste. La loi ne demande pas si le pays se défend bien. Elle demande si sa géographie, son commerce et son économie laissent passer la drogue.
Et pour le Maroc, la réponse est documentée par les propres chiffres du Département d'État : deux tonnes de cocaïne en huit mois, cent soixante-quatre tonnes de haschich, des ports de transit transcontinentaux, et la résine qui part de ses côtes vers l'Afrique du Nord.
Ce que je demande
Je ne demande pas qu'on accuse le peuple marocain. Je ne demande pas de sanction contre des familles.
Je demande une seule chose, et elle est de droit : que le Maroc soit inscrit, à la prochaine détermination présidentielle, sur la liste des pays majeurs de production ou de transit de stupéfiants.
Cette inscription ne déclencherait ni embargo ni sanction automatique. Elle rendrait une chose simple, et c'est tout ce que je veux : elle obligerait les États à regarder les chiffres en face, publiquement, chaque année, au lieu de les laisser dans une fiche que personne ne lit.
Pourquoi est-ce que je demande cela depuis Genève ? Parce que c'est ici qu'on parle de droits humains, de santé publique et de traite. Parce que la dépendance n'est pas un problème marocain, ni algérien, ni français — elle est mondiale, et elle commence toujours quelque part.
On me dira que je suis partiale. Je le suis. Je suis la mère d'un garçon qui a commencé par une soirée, qui a continué par un produit de synthèse venu d'ailleurs, et qui vit aujourd'hui une vie que je ne souhaite à personne. Quand on a vu cela de près, on perd le goût des nuances diplomatiques.
Mais ma partialité ne change rien aux chiffres. Ils ne sont pas de moi. Ils sont signés par le Département d'État des États-Unis.
Alors je pose la question, simplement : puisqu'on place sur cette liste vingt-trois pays sur la base de leur géographie et de leur commerce, sur quel critère en exclut-on un vingt-quatrième qui laisse passer deux tonnes de cocaïne et cent soixante-quatre tonnes de haschich en huit mois ?
Je ne connais pas la réponse. Je demande qu'on me la donne — par écrit, et publiée.
Sources : Département d'État des États-Unis, Bureau for International Narcotics and Law Enforcement Affairs — 2025 International Narcotics Control Strategy Report, Volume I: Drug and Chemical Control, mars 2025, fiche « Morocco », pages officielles 269-270 ; liste des pays majeurs notifiée au Congrès le 15 septembre 2024, page officielle 16 · Détermination présidentielle sur les pays majeurs de transit ou de production illicite de drogues pour l'exercice 2027, transmise au Congrès le 15 septembre 2026, Département d'État des États-Unis, section 706(1) du Foreign Relations Authorization Act (P.L. 107-228) · ONUDC, World Drug Report 2026 · ONUDC, rapport régional Afrique du Nord, janvier 2026.