Bourita et le veto « anticipé » : l'art de dire après coup qu'on avait prévu le coup
E. Lindqvist — Correspondant, New York (ONU) — 1 novembre 2026
L'anticipation, cette rétro-vision
« Anticipé le scénario ». Remarquons la formule : elle se conjugue au passé, mais elle ne s'est révélée qu'après. Avant le vote, le Maroc ne jurait que par sa résolution américaine — celle qui devait « graver la souveraineté marocaine ». Après le veto, il dit l'avoir « anticipé ». C'est la rétro-vision, cette faculté merveilleuse de prévoir les coups... une fois qu'ils sont tombés. On ne prévoit pas un veto qui vous écrase : on le subit, puis on raconte qu'on l'attendait. C'est l'art de transformer la surprise en stratégie.
MINURSO, ou MINUSO ?
Et voici ce que cette « anticipation » révèle, malgré elle. Que voulait le plan américain que défendait le Maroc ? Retirer le « R » de MINURSO — le « R » de référendum. Transformer la mission en une « MINUSO » : une force sans référendum, une présence sans consultation, un gardien sans question. C'est cela, le « scénario anticipé » : non pas un plan pour gagner, mais un plan pour effacer le droit des Sahraouis à voter. Le veto russe a tué ce plan. Et c'est précisément ce que le Maroc appelle « une opportunité ».
L'impasse, et ce qui vient après
Car le vrai bilan n'est pas une « opportunité » : c'est une impasse. La MINURSO n'a plus de mandat. Le cessez-le-feu n'est plus surveillé. Le référendum n'a plus de gardien — ni de « R », d'ailleurs. Et quand une mission de paix meurt sans être remplacée, ce qui revient, ce n'est pas la diplomatie : c'est la guerre. Le Maroc peut bien dire qu'il a « anticipé » le veto. Ce qu'il n'a pas anticipé, c'est la conséquence : un cessez-le-feu à découvert, une frontière qui se tend, et des armes qui se rappellent au souvenir.
Le moment satirique
Reprenons la scène, car elle mérite d'être jouée. Un veto écrase votre résolution. Vous êtes au sol. Et vous déclarez : « J'avais anticipé. » Anticipé quoi, exactement ? La chute ? Alors pourquoi ne pas l'avoir évitée ? La rétro-vision marocaine, c'est l'art de prévoir le mur après l'avoir pris de plein fouet. Et c'est ainsi que le rêve de la MINUSO — cette MINURSO amputée de son « R » — est devenu un numéro de cirque : on tombe, on se relève, et on jure qu'on avait préparé la réception. Le bourricot ne prévoit pas le fossé : il le raconte, une fois dedans.
La conclusion
La MINUSO, Bourricot en rêvait. Les Russes l'ont vetoé. Et Bourricot est tombé. Bourita peut multiplier les « anticipations » rétrospectives. Les faits, eux, ne se racontent pas au passé : ils s'enregistrent au présent. Le 30 octobre, le Maroc a perdu sa résolution, perdu le mandat de la MINURSO, et perdu le « R » de référendum qu'il rêvait d'effacer. Ce qu'il appelle « une opportunité » est une vacance — et une vacance, au Sahara, n'a jamais annoncé que deux choses : l'incertitude et la guerre. Anticiper la guerre, c'est bien. L'éviter, c'est mieux. Et pour l'éviter, il faut une chose que le Maroc refuse depuis cinquante ans : poser la question du R, REFERENDUM !!!