Quand le Maroc crie victoire et son allié crie vengeance : la mascarade du veto russe
E. Lindqvist — Correspondant, New York (ONU) — 2 novembre 2026
La « victoire » de Bourita
Écoutons d'abord le vainqueur autoproclamé. Nasser Bourita, chef de la diplomatie marocaine, sur 2M : « Le veto russe n'a pas surpris le Maroc, qui a anticipé le scénario. » Mieux : ce veto serait « une opportunité » — celle de clore la page de la MINURSO. Traduisons : le coup de massue qu'on a reçu, on l'avait prévu ; la défaite, on la présente comme un triomphe. C'est la rétro-vision du vaincu : on ne dit pas « on a perdu », on dit « on a gagné — et on l'avait vu venir ». Le monde entier a vu la claque ; le Maroc, lui, jure qu'il l'avait anticipée.
La vengeance de Wilson
Écoutons maintenant l'allié. Joe Wilson, congressman républicain, l'un des relais les plus fidèles du Maroc à Washington, a publié le 31 octobre un message d'une tout autre tonalité. Pas de « victoire » chez lui : de la fureur. Il dénonce le veto qui a « bloqué » la résolution américaine. Il réclame des sanctions contre l'Algérie et le classement du Polisario comme « organisation terroriste ». Traduisons : la résolution que le Maroc appelle « opportunité » est, pour son allié américain, une défaite à venger. Il n'y a pas de « victoire » chez Wilson : il y a la colère d'un camp qui a perdu.
La dissonance, qui est la preuve
Voilà la dissonance, et elle est la preuve. Le même veto, deux réactions : le client crie « victoire », le sponsor crie « vengeance ». Or ces deux cris ne peuvent pas être vrais en même temps. Si le veto était une victoire, Wilson n'aurait rien à sanctionner. S'il était une défaite, Bourita n'aurait rien à fêter. L'un des deux ment — et l'on sait lequel : le perdant qui a besoin de sauver la face. Le Maroc pleure une victoire que son propre allié appelle une défaite. C'est la définition même de la mascarade.
La mascarade, et sa mécanique
Et la mascarade a une mécanique, parfaitement rodée. Le Maroc ne peut pas avouer qu'il a perdu : il a bâti toute sa diplomatie sur l'idée que le Sahara était « réglé », la souveraineté « irréversible », le référendum « enterré ». Un veto qui réduit tout cela en miettes est insupportable. Alors on inverse : la défaite devient « opportunité », l'échec devient « tournant historique », la claque devient « victoire ». Mais les faits ont un défaut : ils ne suivent pas les communiqués. Et l'allié américain, lui, n'a aucune raison de jouer la comédie. Il dit la vérité : « on a perdu — sanctionnez l'Algérie ».
La conclusion
Le 30 octobre, le Maroc a pris une claque. Pas une défaite militaire — une défaite diplomatique : sa résolution vetoée, sa MINURSO morte, son « autonomie » jamais consacrée. Et depuis, il fait ce que font les vaincus qui refusent de l'être : il crie victoire. Mais un cri ne couvre pas une contradiction. Le client crie victoire, le sponsor crie vengeance. L'un ment, l'autre dit la vérité. Et la vérité, c'est que le Maroc vient de prendre une sacrée claque — en plein visage, devant le monde entier — et qu'il n'a pas fini de la maquiller.