Joe Wilson, le veto russe et le bouc émissaire : quand un élu américain veut sanctionner l'Algérie pour un veto qu'elle n'a pas mis

E. Lindqvist — Correspondant, New York (ONU) — 2 novembre 2026

Le bouc émissaire

Reprenons, car l'absurdité mérite d'être dite lentement. Le 30 octobre, la Russie oppose son veto à la résolution américaine. L'Algérie ne siège pas au Conseil de sécurité. Elle n'a pas voté. Elle n'a pas de droit de veto. Et pourtant, Joe Wilson réclame des sanctions contre elle. C'est comme punir le spectateur d'un match parce que l'arbitre a sifflé. Wilson est furieux contre Moscou — et il s'en prend à Alger. Le bouc émissaire, dans toute sa splendeur : quand on ne peut pas frapper la Russie, on tente de frapper l'Algérie.

La loi fantôme

Et pour « terroriser » le Polisario, Wilson ressort son vieux chiffon : la loi H.R. 4119, dite Polisario Front Terrorist Designation Act. Déposée le 24 juin 2025. Dix-huit mois plus tard, elle dort toujours dans les commissions du Congrès — jamais votée, jamais adoptée, jamais appliquée. Une loi fantôme, ressuscitée à chaque crise pour faire peur. Wilson l'agite comme un épouvantail. Mais un épouvantail ne tue personne : il effraie les moineaux, pas une nation souveraine.

CAATSA, la menace en carton

Même la sanction brandie est en carton. Wilson invoque la loi CAATSA (2017) pour punir les achats d'armes russes de l'Algérie. Or CAATSA n'est pas automatique : elle suppose une évaluation, puis une décision des autorités américaines — qui n'a jamais été prise contre l'Algérie. Un congressman qui « réclame » ne sanctionne pas : il fait un communiqué. Et un communiqué, ce n'est pas une politique — c'est une posture. Wilson le sait. Le Maroc le sait. Le monde, lui, commence à le voir.

Le porte-voix

Car il faut nommer la chose. Joe Wilson n'est pas un observateur neutre : il est l'un des relais les plus fidèles du Maroc au Congrès américain — l'homme qui a fait du « Sahara marocain » un fonds de commerce électoral, financé et applaudi par le lobby de Rabat. Son « indignation » du 31 octobre n'est pas une analyse : c'est une prestation de service. Le veto russe l'a blessé, parce qu'il a blessé la résolution marocaine qu'il portait. Alors il tente de sanctionner l'Algérie — par procuration, pour le compte de son client.

La conclusion

L'Algérie n'a pas mis le veto. L'Algérie n'a pas voté. L'Algérie n'a même pas de siège. Et pourtant, elle est la seule que Joe Wilson veut punir. C'est cela, le bouc émissaire : une colère impuissante qui cherche un coupable à sa portée. Que Wilson continue à agiter sa loi fantôme et sa sanction en carton. Le Conseil de sécurité, lui, a déjà voté — et la résolution de son client est morte. L'Algérie, pendant ce temps, reste debout : elle n'a rien à répondre à un homme qui parle au nom d'un autre pays, pour un veto qu'un troisième a mis.