Après la rupture avec les Émirats : on raconte que l'Algérie s'effondre — voici les dates, et les 9 décisions que nous demandons au Président

Nadia Cherifi — Alger, Algérie — 13 septembre 2026

Note de méthode. Ce dossier est écrit depuis Alger, et il porte sur des décisions intérieures. Chaque chiffre est confronté à un document daté et nommé. Nous ne défendons pas l'État par réflexe : là où la critique est fondée, nous l'écrivons noir sur blanc — et c'est précisément parce que le déficit est réel que les 9 décisions qui suivent ne sont pas négociables.

🇩🇿 Pourquoi nous nous adressons au Président aujourd'hui

Le 10 septembre 2026, l'Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, après des années de tensions et des accusations d'ingérence dans nos affaires intérieures. C'est une décision de souveraineté, et elle a été prise.

Depuis, une campagne circule. Des textes anonymes, des graphiques sans source, des captures d'écran sans date. Leur message est toujours le même : « regardez, l'Algérie paie, l'Algérie s'effondre, l'Algérie avait tort. »

Nous vivons ici, et nous faisons nos courses ici. Nous savons ce qui est vrai dans nos rues et ce qui ne l'est pas. Alors nous avons pris les affirmations une par une, et nous les avons confrontées aux dates.

Et nous terminons par ce qui compte vraiment : les 9 décisions que l'État doit prendre, maintenant. Parce que démentir une rumeur ne nourrit personne. Décider, si.

📉 D'abord la rumeur : nous l'avons vérifiée, et voici les dates

Le dinar n'a pas chuté — il était stable deux jours après la rupture

Le samedi 12 septembre 2026, au Square Port-Saïd, à Alger — le point de change que tout le monde connaît — voici ce qui était affiché :

12 septembre 2026AchatVente
Euro275 dinars277 dinars
Dollar234 dinars236 dinars

Le journal qui relevait ces cours ce jour-là écrit que ce sont « les mêmes chiffres que la veille ». La veille de la rupture, le 9 septembre, l'euro cotait 276 dinars — et il était déjà à ce niveau début août.

Et il faut le dire jusqu'au bout : le dinar ne s'est pas affaissé, il s'est REPRIS. Son plus haut, c'était 292 dinars pour un euro en novembre 2025. Depuis, l'euro est redescendu sous les 280. Une monnaie qui revient de son record n'est pas une monnaie qui s'effondre.

Les prix baissent — et c'est l'Office national des statistiques qui le dit

Ce ne sont pas des chiffres de propagande : ce sont ceux de l'ONS, publiés sur son site officiel.

Indicateur (ONS)Valeur
Inflation annuelle+1,2 %
Biens alimentaires−1,6 %
Produits agricoles frais−2,1 %
Viande et abats de mouton−8,1 %
Café−4,7 %

L'ONS parle d'un taux « des plus réduits dans la région et au-delà ». Et la Banque mondiale confirme une « décélération soutenue » depuis la mi-2024, après des pics de près de 10 % les deux années précédentes.

Dire que les prix explosent quand les prix alimentaires reculent, ce n'est pas une opinion : c'est une contre-vérité vérifiable en trois clics.

Les coupures d'électricité : vraies, mais en juillet et août

Nous ne nions pas les coupures. Nous refusons qu'on leur invente une cause.

Le 15 juillet 2026, une coupure générale a touché Alger, Constantine, Tizi-Ouzou, Bouira et Jijel. Cause officielle : un dysfonctionnement technique sur l'installation de Sidi Okba, dans la wilaya de Biskra, sous une chaleur extrême et une humidité exceptionnelle.

Le 17 août 2026 à 14 h 21, la consommation nationale a atteint 21 650 mégawatts — un record. Le réseau a tenu. Et cette canicule n'a pas frappé que nous : la Tunisie a connu les mêmes coupures, les mêmes jours.

La rupture a eu lieu le 10 septembre. Les coupures : deux mois avant. Ce n'est pas un détail de calendrier : c'est toute la démonstration qui tombe.

Les files d'attente : elles datent de 2021

L'histoire des « longues files d'attente devant les magasins » vient d'un article daté du 12 avril 2021, sur la pénurie d'huile de cuisson. Cinq ans et cinq mois avant la rupture. Et le détail qui trahit la copie : cet article parle de Mila, dans la région de Jijel — pas d'Alger ni d'Oran.

Les enseignes qui ferment : décembre 2024, et pas pour cette raison

Le groupe Inditex — Zara, Stradivarius, Bershka, Pull&Bear, Massimo Dutti, Oysho — a bien fermé une vingtaine de magasins et suspendu plus de 300 emplois. Mais c'était « depuis décembre 2024 », à cause du cadre juridique de la franchise et de la règle du Made in Algeria sur le taux d'intégration. Vingt mois avant la rupture, et pour une raison qui n'a rien à voir avec Abou Dhabi.

La méthode, en quatre étapes — reconnaissable désormais

1. On prend des faits réels : des coupures de juillet, des fermetures de décembre 2024, une pénurie de 2021.

2. On retire les dates.

3. On recolle le tout sur la rupture du 10 septembre.

4. On ajoute une cause que personne n'a démontrée.

Ce que ces textes n'ont jamais : une source, une date, une signature, un chiffre précis, un lien. Retenez cette règle simple : un texte qui ne cite personne ne veut pas être vérifié.

🏛️ Aux décideurs : les 9 décisions que nos correspondants vous demandent de prendre

Nous ne demandons pas qu'on nous écoute. Nous demandons qu'on décide.

Voici les neuf décisions que ce dossier met sur la table du chef de l'État. Elles ne demandent ni budget nouveau ni loi nouvelle : elles demandent de la publication, de l'audit et de la transparence.

DécisionQui décideCe que le terrain montre
1. Publier l'inventaire public des actifs émiratis en Algérie — ports, logistique, énergie, chimie, immobilier — et leur valeurministère des Finances · Direction générale des Douanesentre 6 et 10 milliards de dollars estimés, aucune liste publique n'existe
2. Auditer clause par clause les concessions portuaires et logistiques, y compris celles de DP Worldministère des Transports · autorités portuairesun opérateur étranger gère des portes d'entrée du pays, sans audit public connu
3. Sécuriser et, si nécessaire, reprendre la gestion des infrastructures critiquesArmée nationale populaire · ministère de l'Énergieun port, une usine de chimie, un terminal : ce sont des cibles, pas des commerces
4. Remplacer les importations émiriennes — matières premières, équipements, plastiques — par des fournisseurs européens, chinois ou algériensministère du Commerce · opérateurs publics80 à 85 % du commerce entre les deux pays part d'eux vers nous : c'est là qu'est le levier
5. Accélérer la production nationale des intrants pétrochimiques et plastiquesSonatrach · ministère de l'Industriece que nous importons d'eux, nos usines peuvent le produire
6. Protéger les Algériens établis aux Émirats : droits, rapatriement, accompagnementministère des Affaires étrangères · communauté nationale à l'étranger48 heures ont été données à un ambassadeur — pas à des familles
7. Réviser les conventions fiscales et surveiller les flux financiers avec les Émiratsministère des Finances · Banque d'Algérieun pays qui déstabilise ne doit pas continuer à bénéficier d'avantages fiscaux
8. Publier chaque année un rapport public sur les ingérences étrangères en Algériegouvernement · services de sécuritéla rupture du 10 septembre 2026 doit être expliquée, documentée et suivie d'effets
9. Publier chaque trimestre l'encours de la dette publique en dinars, avec sa répartition intérieure et extérieureministère des Finances · Banque d'Algérie17 000 milliards de dinars ont été annoncés au Conseil de la Nation — mais aucune série publique trimestrielle n'existe

Et une dernière chose, qui n'est pas une décision administrative : que la position de l'Algérie sur la Palestine ne soit jamais mise sur la table d'une négociation, quel que soit le prix proposé. Sur cette question, il n'y a rien à discuter — et c'est ce que nos correspondants demandent qu'on leur garantisse.

⚖️ Ce que nous concédons, depuis Alger, parce que c'est vrai

Nous ne sommes pas venus défendre un gouvernement. Nous sommes venus dire ce qui est.

Le déficit budgétaire est réel, et il est élevé : environ 10,5 % du PIB en 2025, selon le FMI. C'est beaucoup, et le Fonds a raison de le dire.

La dépendance aux hydrocarbures est réelle. Le baril est retombé autour de 72 dollars, proche du prix de référence de notre loi de finances. Quand le pétrole baisse, nos recettes baissent.

Et le financement du déficit par la Banque d'Algérie inquiète les économistes. C'est un débat légitime, et il doit se tenir au grand jour, pas dans les rumeurs.

Voilà pourquoi nous demandons la publication trimestrielle de la dette. Quand l'État publie ses chiffres, les faux meurent tout seuls. C'est la meilleure défense, et elle ne coûte rien.

🎯 La conclusion, en quatre phrases

Le dinar n'a pas chuté : le 12 septembre, deux jours après la rupture, l'euro cotait 275 dinars — les mêmes chiffres que la veille.

Les prix n'explosent pas : l'inflation est à 1,2 % et les prix alimentaires reculent de 1,6 %, selon l'ONS.

Les coupures datent de juillet et d'août, les files d'attente de 2021, les fermetures de décembre 2024 — et aucune n'a de lien avec la rupture du 10 septembre.

Mais le déficit, lui, est bien réel. C'est pourquoi nous ne demandons pas qu'on nous croie : nous demandons qu'on publie, qu'on audite, et qu'on décide.

🔗 Les sources, en accès direct

  • Les cours du dinar au 12 septembre 2026 — Algérie Zoom : https://algeriezoom.com/marche-noir-euro-dollar-restent-stables-dinar-algerien-12-septembre/
  • Les cours au 9 septembre 2026 et le record de novembre 2025 — TSA Algérie : https://www.tsa-algerie.com/dinar-algerien-leuro-et-le-dollar-stagnent-a-des-niveaux-eleves/
  • L'inflation à 1,2 % et les prix alimentaires à −1,6 % — ONS, via L'Algérie Aujourd'hui : https://lalgerieaujourdhui.dz/indice-de-lons-sur-levolution-des-prix-en-algerie-inflation-maitrisee/
  • La coupure du 15 juillet 2026, installation de Sidi Okba — El Moudjahid : https://www.elmoudjahid.dz/fr/actualite/le-premier-ministre-supervise-l-operation-de-retablissement-de-l-electricite-apres-la-panne-survenue-au-niveau-de-l-installation-electrique-de-sidi-okba-biskra-255637
  • Le record de 21 650 MW du 17 août 2026 — Algérie Presse : http://algeriepresse.dz/un-mois-apres-le-black-out-de-biskra-lalgerie-bat-un-nouveau-pic-electrique/
  • Les files d'attente : article du 12 avril 2021 — Panorapost : https://panorapost.ma/post.php?id=31434
  • La fermeture des magasins Inditex « depuis décembre 2024 » — Maghreb Émergent : https://maghrebemergent.news/fr/zara-stradivarius-bershka-la-fin-dun-cycle-pour-les-franchises-etrangeres-en-algerie/
  • Le déficit de 10,5 % du PIB et la dette à 52,1 % (mission du FMI, juillet 2026) — Banker.news : https://www.banker.news/143153
  • Les 17 000 milliards de dinars annoncés par le ministre des Finances — El Khabar : https://www.elkhabar.com/fr/monde/la-dette-interieure-est-sous-controle-261656
  • Le commerce Algérie–Émirats et les 80-85 % — Veto Gate (Égypte), 10 septembre 2026 : https://www.vetogate.com/5729342

Ces liens ouvrent directement les documents cités, avec leurs dates. Ils suffisent à refaire ce dossier, affirmation par affirmation.

Note finale. Les montants en dollars sont ceux publiés par les sources citées. Les séries de la Banque mondiale sont citées avec leur code exact. Là où la critique est fondée — le déficit, la dépendance aux hydrocarbures, le financement du déficit — nous l'écrivons sans la maquiller. Là où un chiffre est faux, nous donnons le chiffre exact et le document qui le porte.