La perfidie marocaine : le mot n'est pas de nous — c'est l'Émir Abdelkader qui l'a écrit, et les archives suivent

Antoine Delcourt — Paris, France — 20 septembre 2026

Note de méthode. Ce dossier ne repose sur aucune insulte et sur aucune supposition. Chaque fait porte sa date et sa source, et les sources sont citées en clair à la fin — archives, agences, arrêts de juridictions internationales, presse nommée. Nous commençons par trois mises au point qui nous coûtent, et nous terminons par ce que nous concédons. C'est ce qui rend le reste difficile à réfuter.

⚠️ Trois mises au point, avant de commencer

Un dossier sur la perfidie d'un État ne vaut que s'il est plus rigoureux que les autres. Voici donc trois corrections que nous nous imposons.

Première mise au point : le mot « perfidie » n'est pas le nôtre. Il est de l'Émir Abdelkader. Dans une lettre adressée aux oulémas d'Al-Azhar, il dénonce « la servilité et la versatilité de la monarchie alaouite » et qualifie d'acte de perfidie ce que le sultan a fait contre lui. Nous ne faisons que reprendre un mot algérien de 1844. Quiconque nous reproche ce mot doit d'abord le reprocher à celui qui l'a écrit.

Deuxième mise au point : nous n'écrirons pas que Hassan II a trahi la Palestine dès 1948. Ce serait faux, et ce serait inutile. Le Maroc a accueilli à Rabat, en 1974, le sommet arabe qui a reconnu l'Organisation de libération de la Palestine comme représentant légitime du peuple palestinien. Et Hassan II a présidé pendant des années le comité Al-Qods de l'Organisation de la coopération islamique. La trahison n'est pas là. Elle est ailleurs, elle est datée, et elle est documentée : décembre 2020. Nous y venons. Être précis n'affaiblit pas l'accusation — cela la rend impossible à écarter.

Troisième mise au point : nous n'écrirons pas que la monarchie marocaine a trahi Dieu. Nous ne portons pas ce jugement, et aucun journal ne devrait le porter. Nous écrivons autre chose, et c'est un fait, pas une opinion : le souverain marocain porte le titre de Commandeur des croyants, et il préside le comité chargé de la défense d'Al-Qods. Nous rapportons ce qu'il a fait de ces deux charges. Le lecteur en tire ce qu'il veut. Il en tirera davantage que si nous l'avions fait à sa place.

1844 — Le traité de Tanger : le Maroc renonce à Abdelkader, puis l'encercle

C'est le point de départ, et il est documenté. En 1844, après la défaite de son armée face aux troupes françaises, le sultan marocain Abderrahmane signe avec la France coloniale le traité de Tanger. Par cet acte, le Maroc renonce officiellement à soutenir l'Émir Abdelkader, qui mène alors la guerre contre l'occupation française.

Et le dossier va plus loin, parce que les faits vont plus loin : l'armée marocaine — celle-là même qui s'était battue quelques semaines plus tôt — est mobilisée pour encercler Abdelkader, facilitant la tâche des troupes françaises. Un allié qui se retire, on peut le comprendre : les rapports de force existent. Un allié qui retourne son armée contre celui qu'il soutenait, cela porte un nom, et ce nom n'est pas de nous.

**Le magazine Algeria Gate a consacré à cet épisode un dossier intitulé « Le Royaume de la trahison… un trône à louer », appuyé sur des archives, dont un texte publié par le New York Times en février 1873. L'Express Algérien en a rendu compte le 5 janvier 2025. Ces deux sources sont citées à la fin de ce dossier, avec leurs adresses.**

Et il faut mesurer ce que cela signifie. L'Émir Abdelkader n'était pas un chef de tribu égaré sur une frontière : c'était l'homme qui tenait tête à l'une des premières armées du monde, et que ses adversaires eux-mêmes reconnaissaient comme un grand chef d'État. Le maréchal Soult le plaçait « parmi les trois hommes les plus dignes d'être placés dans la cour des grands ». Quand un tel homme est livré, ce n'est pas un accident militaire : c'est un choix politique.

Et la lettre qui donne son titre à ce dossier

Nous n'avons pas voulu construire ce dossier sur des jugements contemporains. Alors voici le témoignage de celui qui a subi la trahison — et qui emploie le mot.

Dans sa lettre aux oulémas d'Al-Azhar, Abdelkader déplore « la servilité et la versatilité de la monarchie alaouite ». Et il qualifie ouvertement l'acte du sultan de perfidie.

Relisez ces deux mots : servilité, versatilité. Ils ne désignent pas une erreur, ni une faiblesse, ni un moment d'hésitation. Ils désignent une disposition — une manière d'être. Et ils ne viennent pas d'un militant, ni d'un journaliste, ni d'un anonyme sur un réseau : ils viennent de l'homme qui a combattu, qui a été abandonné, et qui a eu le temps de réfléchir pendant ses années de captivité.

Ajoutons ce que l'histoire retient de la suite, et qui n'arrange personne — ni la France, ni le Maroc : lors de sa reddition, en 1847, des garanties lui avaient été données. Elles n'ont pas été respectées. L'Émir a été envoyé en exil en France. **Le New York Times, dans son édition de février 1873, qualifie cette trahison de « honteuse ». Ainsi, sur cette affaire, ce ne sont pas les Algériens qui accusent le plus durement : c'est un journal américain, un siècle plus tard, et l'intéressé lui-même.**

Et les biens d'Abdelkader furent saisis. Une liste détaillant ces confiscations figure aujourd'hui parmi les documents transmis à la commission mixte algéro-française chargée du dossier de la mémoire. Ce n'est donc pas une légende : c'est un inventaire.

1963 — La guerre des Sables : trois mois après notre indépendance

Nous changeons de siècle, et la méthode ne change pas. En octobre 1963, moins de dix-huit mois après l'indépendance de l'Algérie, un conflit armé éclate entre les deux pays à la frontière algéro-marocaine. On l'a appelé la guerre des Sables.

Les dépêches de l'époque en portent la trace. **Le New York Times, en octobre 1963, titre sur les accusations croisées : le Maroc dit que l'Algérie a ouvert un nouveau front, Alger dément, et l'on parle déjà de « se préparer au pire ». Le même journal rapporte quelques jours plus tard une attaque contre un poste, et un roi qui ordonne à ses troupes de s'arrêter.**

Nous ne dirons pas qui a tiré le premier : nous n'y étions pas, et nous n'avons pas de document qui tranche. Mais nous disons ceci, et c'est établi : l'Algérie sortait d'une guerre de libération de sept ans et demi, son État était en construction, son armée était en formation — et c'est à ce moment précis qu'un différend de frontières a été porté par les armes. Le choix du moment n'appartient à personne d'autre.

Et il faut rappeler d'où venait le différend : d'une frontière fixée par la puissance coloniale, et que le Maroc — quelques années après avoir signé l'acte qui la définissait — contestait désormais. On ne peut pas, dans la même histoire, signer une frontière et reprocher ensuite à celui qui l'a reçue de la tenir.

1965 — Ben Barka : l'opposant enlevé à Paris

Il est un épisode que la diplomatie marocaine préférerait qu'on oublie, et qui ne concerne pas l'Algérie : il concerne la France, et la vérité. Le 29 octobre 1965, à Paris, Mehdi Ben Barka — figure de l'opposition marocaine — est enlevé en plein jour, devant la brasserie Lipp, sur le boulevard Saint-Germain. Il ne sera jamais retrouvé.

L'affaire a été décrite par France Culture comme étant « au cœur des secrets israélo-marocains ». Le soupçon, documenté par l'instruction française, porte sur l'implication de responsables marocains de premier rang. Un État qui fait disparaître son opposant sur le sol d'un pays allié — et qui, soixante ans plus tard, n'a jamais permis que la vérité soit faite — n'a pas de leçon de légalité à donner à ses voisins.

Nous ne jugeons pas ici à la place de la justice française, qui n'a pas conclu. Nous constatons ceci : l'enlèvement a eu lieu, il est établi, et le dossier reste ouvert. Un demi-siècle de silence autour d'un homme disparu vaut tous les discours sur la modération.

1974-1975 — Le Sahara : la Cour dit non, le roi avance quand même

Voici le dossier le plus lourd, et le mieux documenté de tous : il repose sur un arrêt d'une juridiction internationale, que nous avons lu.

Le 13 décembre 1974, l'Assemblée générale des Nations unies demande à la Cour internationale de Justice un avis sur le Sahara occidental. Deux questions : ce territoire était-il, au moment de la colonisation espagnole, un territoire sans maître ? Et si non, quels étaient ses liens juridiques avec le Royaume du Maroc et l'ensemble mauritanien ?

La Cour rend son avis le 16 octobre 1975. Elle répond d'abord négativement à la première question : le Sahara occidental n'était pas un territoire sans maître. Puis, sur la seconde, elle constate l'existence de « liens juridiques d'allégeance entre le sultan du Maroc et certaines des tribus » vivant sur le territoire.

Et voici la phrase décisive, que nous citons telle qu'elle figure dans l'avis :

« En revanche, la Cour a conclu que les éléments et renseignements portés à sa connaissance n'établissaient l'existence d'AUCUN LIEN DE SOUVERAINETÉ TERRITORIALE entre le territoire du Sahara occidental, d'une part, le Royaume du Maroc ou l'ensemble mauritanien, d'autre part. »

La Cour ajoute que ces liens n'étaient pas de nature à modifier l'application de la résolution 1514 de l'Assemblée générale — celle qui porte la déclaration sur l'indépendance des peuples coloniaux — et notamment le principe d'autodétermination, par « l'expression libre et authentique de la volonté des populations du territoire ».

Autrement dit : une allégeance religieuse et tribale, oui. Une souveraineté territoriale, non. Et un droit à l'autodétermination, intact.

Trois semaines plus tard, la marche verte. Le 6 novembre, des dizaines de milliers de marcheurs marocains pénètrent sur le territoire — c'est une source des Nations unies qui l'écrit ainsi. Et quelques jours plus tard, les accords de Madrid transfèrent l'administration du territoire à deux États, sans que la population ait été consultée une seule fois.

Retenons la chronologie, parce qu'elle est sans pitié : le 16 octobre, la plus haute juridiction du monde dit qu'il n'y a pas de souveraineté territoriale et rappelle le droit à l'autodétermination. Le 6 novembre, on marche. La réponse à un avis de droit a été une marche de foules. Cela non plus n'est pas un jugement : c'est un calendrier.

2020 — Jérusalem contre le Sahara : le marché

Et nous voici à la trahison moderne — celle qui a fait dire à la presse internationale ce que nous n'aurions jamais pu écrire sans être accusés d'exagérer.

Le 10 décembre 2020, le Maroc annonce la normalisation de ses relations avec Israël. **Le New York Times titre : le Maroc rejoint la liste des nations arabes qui normalisent leurs relations avec Israël. La contrepartie est explicitement annoncée : la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.**

Un an plus tôt, le même journal avait publié une enquête au titre éloquent : « L'accord Israël–Maroc s'inscrit dans une longue histoire de coopération en matière d'armement et d'espionnage. » Autrement dit : le rapprochement n'a pas commencé en 2020. Il a été préparé pendant des décennies, discrètement, pendant que la cause palestinienne servait de discours officiel.

Et c'est ici que la question se pose, posée non par nous mais par des médias européens : « Le Maroc a-t-il troqué les Palestiniens contre le Sahara occidental ? » C'est le titre d'une émission de France Culture. « Le Sahara occidental comme monnaie d'échange ? » C'est le titre de la RTBF. Ces questions ne viennent pas d'Alger.

Ce qui s'est passé ce jour-là se résume en une phrase, et elle est cruelle : un pays a monnayé la cause d'un peuple contre la reconnaissance de sa propre conquête. Que l'on soit d'accord ou non avec notre dossier, cette phrase est factuelle. Et elle explique pourquoi le mot « perfidie » a quitté les livres d'histoire pour revenir dans le débat public.

2026 — Ceuta : quand l'Europe parle de « guerre hybride »

Il reste à parler de l'année en cours, et là encore, nous ne nous appuyons que sur des documents.

Fin juillet 2026, des dizaines de milliers de personnes entrent dans l'enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc — plus de 70 000, selon les chiffres rapportés. Le 17 septembre 2026, le Parlement européen adopte, par 339 voix contre 225 et 16 abstentions, une résolution intitulée « Attaques hybrides récentes et instrumentalisation des migrants à Ceuta ».

Ce texte condamne fermement les entrées massives depuis le Maroc et qualifie l'instrumentalisation de la migration irrégulière d'outil de « guerre hybride » contre l'intégrité territoriale d'un État membre. Il demande à Rabat d'assumer ses responsabilités.

Ce n'est pas Alger qui écrit cela. C'est le Parlement européen, par 339 voix. Et c'est la formulation la plus dure qu'une institution européenne ait employée à l'égard de Rabat depuis des années.

2026 — Jabaroot : accuser Alger pour ne pas regarder chez soi

Dernier épisode, et il est récent. Le 24 août 2026, un collectif de hackers nommé Jabaroot publie sur Telegram les noms de 70 000 agents des services de sécurité marocains — dont celui d'Abdellatif Hammouchi, qui dirige à la fois la police et le renseignement intérieur, avec ses données bancaires.

La presse marocaine a lié ce groupe à l'Algérie — pendant des mois. **Mais le 26 août 2026, Le Monde écrit l'inverse : l'attaque est l'œuvre d'anciens agents du renseignement marocain. Et El Confidencial, média espagnol, rapporte que d'anciens agents marocains ont confirmé l'authenticité de plusieurs noms.**

Nous avons consacré un dossier entier à cette affaire, et nous n'y revenons pas. Mais nous en tirons une observation qui a sa place ici : la première réaction n'a pas été de chercher la brèche. Elle a été de chercher un coupable à l'extérieur. C'est un réflexe que ce dossier met en lumière depuis 1844, et il est remarquablement constant.

🔴 2017-2020 — La parole donnée, la parole reprise : et l'aveu du ministre

Il reste un épisode à documenter, et c'est le plus récent — donc le plus embarrassant. Nous ne l'avons pas écrit de mémoire : chaque pièce porte sa source et sa date.

2017 — Le roi écrit à l'ONU

Trois ans avant la normalisation, le roi Mohammed VI adresse une lettre au secrétaire général des Nations unies, António Guterres. Il y dénonce la politique « inacceptable » d'Israël à Jérusalem, qualifiée de « violation flagrante des décisions de la légalité internationale ».

Ce n'est pas une déclaration de circonstance : c'est une lettre officielle, adressée à la plus haute autorité administrative du monde. **Elle est citée par le média Middle East Eye, et nous la lui attribuons.**

Et il faut mesurer ce qu'elle dit : en 2017, la position officielle du royaume est que la politique israélienne viole le droit international. Trois ans plus tard, le même royaume normalise, et son ministre explique que les relations n'avaient jamais cessé. Entre les deux, il n'y a pas eu de changement de gouvernement, ni de changement de roi. Il y a eu un changement d'intérêt.

2019 — La rencontre secrète

**Toujours selon Middle East Eye, citant la chaîne israélienne Channel 13 :**

« Israël aurait fait pression sur les États-Unis pour qu'ils reconnaissent la souveraineté marocaine, contestée, sur la région du Sahara occidental. En échange, Rabat s'engagerait à normaliser ses relations avec Israël. »

« Netanyahou aurait même secrètement rencontré le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, pour discuter de cette proposition. »

La révélation est publiée le 5 février 2020 — dix mois avant l'annonce officielle. Autrement dit : au moment où le royaume démentait publiquement toute normalisation, une chaîne israélienne affirmait que son ministre des Affaires étrangères en négociait déjà les termes.

10 décembre 2020 — L'annonce, et le prix

Le 10 décembre 2020, le président américain sortant annonce deux choses dans le même mouvement : la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, et un accord de normalisation entre le Maroc et Israël. Le Premier ministre israélien s'en félicite aussitôt. Deux jours plus tard, les États-Unis publient une « nouvelle carte officielle » du Maroc intégrant l'ensemble du territoire disputé.

Le Maroc devient le quatrième pays arabe à annoncer une normalisation cette année-là, après les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan.

13 décembre 2020 — Et l'aveu, trois jours plus tard

**Trois jours après l'annonce, le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita accorde un entretien au quotidien israélien Yediot Aharonot. L'entretien est rapporté par le média marocain H24info, citant l'AFP. Et voici ce qu'il dit :**

« De notre point de vue, nous ne parlons pas de normalisation parce que les relations étaient déjà normales — nous parlons de rétablir les relations entre les deux pays comme elles l'étaient — car il y a toujours eu des relations. Elles n'ont jamais cessé. »

« Les relations entre Israël et le Maroc sont spéciales et ne peuvent être comparées aux relations qu'Israël entretient avec aucun autre pays arabe. »

Relisons cette première phrase, lentement, parce qu'elle est extraordinaire. Le ministre ne dit pas « nous avons changé d'avis ». Il ne dit pas « les circonstances ont évolué ». Il dit que les relations ont toujours existé, et qu'elles n'ont jamais cessé.

Or la position officielle, jusqu'à cette semaine-là, était qu'il n'y avait pas de relations diplomatiques avec Israël. Le ministre vient donc de dire, en une phrase, que ce qui était démenti existait. Ce n'est pas nous qui le constatons : c'est la contradiction entre ses propres déclarations, à trois jours d'intervalle.

🎥 La séquence vidéo, publiée ici pour que chacun l'entende

Nous publions cette séquence, parce que nos lecteurs arabophones l'entendront eux-mêmes — et cela vaut mieux que n'importe quel résumé de notre part.

Son origine : elle émane d'un média marocain, « كود », et elle est reprise sur les réseaux sociaux.

Sa provenance, nous l'avons vérifiée de nos propres yeux : nous avons téléchargé la séquence et extrait trente images, une par seconde. On y voit Nasser Bourita, le ministre marocain des Affaires étrangères, en costume, dans un cadre officiel, entouré de plusieurs personnes en tenue de cérémonie. Et le filigrane du média « كود » est présent en haut à droite sur toute la durée.

Ce qu'elle est présentée comme montrant : un démenti, par le ministre, de la normalisation alors en préparation — et la désignation de l'Algérie comme source des rumeurs. Elle est datée de 2018 par ceux qui la diffusent.

Et voici ce que nous n'avons pas pu établir — nous le disons au lieu de le passer sous silence :

1. Aucune date. Sur les trente images examinées, il n'existe aucun bandeau, aucun titre d'émission, aucun sous-titre, aucun compteur horaire. La séquence ne porte aucune indication de date, et nous ne pouvons pas confirmer celle de 2018.

2. Aucun contexte. Rien n'indique où elle a été tournée, à quelle occasion, ni devant qui.

Nous ne reproduisons donc pas les propos du ministre, et nous ne les présentons pas comme des citations. Nous ne les avons pas fait dire : nous les laissons à l'écoute de ceux qui comprennent la langue. C'est la seule position honnête — et c'est aussi la plus forte : un lecteur qui entend de ses oreilles n'a besoin d'aucun commentateur.

Ce que nous pouvons écrire, en revanche, est déjà suffisant, et cela ne dépend d'aucune vidéo : en 2018 et en 2019, le royaume démentait publiquement toute normalisation. En décembre 2020, il l'a faite — et son ministre a expliqué, trois jours après, que les relations n'avaient jamais cessé. Le démenti et l'aveu sortent de la même bouche. Cela, personne n'a besoin de nous croire pour le vérifier : il suffit de lire les deux dépêches.

Et si la date et le contexte de cette séquence sont établis un jour — par le média qui l'a diffusée, nommément — nous compléterons ce dossier, et nous dirons que nous l'avions signalé.

Et la question qui reste, la même qu'en 1844

Nous avons ouvert ce dossier avec un sultan qui renonce à un allié, puis retourne son armée contre lui. Nous le fermons avec un ministre qui dément pendant deux ans, puis signe, puis explique que tout était déjà en place.

Entre les deux, il y a cent soixante-seize ans, deux rois, trois royaumes et deux républiques françaises. Et une méthode qui n'a pas varié d'un millimètre : nier tant qu'on peut, faire quand on veut, et appeler rumeur ce qui était déjà décidé.

⚖️ Ce que nous concédons, parce que c'est vrai

Premièrement : nous n'avons pas de document qui établisse la responsabilité marocaine dans le déclenchement de la guerre des Sables de 1963, ni dans le sens des premiers tirs. Nous n'en inventerons pas. Nous avons dit ce qui est établi — le moment, les accusations croisées, l'ordre d'arrêt donné par le roi.

Deuxièmement : l'affaire Ben Barka n'est pas jugée. L'instruction française n'a pas conclu, et nous ne la remplaçons pas. Nous avons constaté un enlèvement établi et un dossier resté ouvert — rien de plus.

Troisièmement : le Maroc a réellement défendu la cause palestinienne sur le plan diplomatique, et nous l'avons écrit plus haut. Le sommet de Rabat de 1974 et le comité Al-Qods ne sont pas des inventions. C'est précisément ce qui rend 2020 si lourd : ce n'est pas un pays indifférent qui a changé d'avis, c'est un pays engagé qui a monnayé son engagement.

Quatrièmement : la monarchie alaouite n'est pas la seule responsable. Les traités de 1844 et 1845 ont été imposés par une puissance coloniale qui avait battu son armée. Un sultan vaincu qui signe n'est pas libre. Nous ne confondons pas la contrainte et le choix — sauf que le choix commence toujours quelque part, et qu'à un moment, on cesse d'être vaincu.

Cinquièmement, et c'est le plus important : rien de tout cela ne justifie de mépriser le peuple marocain. Ce peuple n'a pas signé le traité de Tanger, n'a pas marché sur le Sahara contre un avis de justice, et n'a pas monnayé Jérusalem. Il subit les mêmes choix que nous subissons, souvent plus durement. Notre dossier vise des décisions, pas des hommes et des femmes. Nous n'oublierons pas cette distinction : c'est elle qui fait de nous un journal et non un porte-voix.

🎯 La conclusion, en cinq phrases

Le mot « perfidie » n'est pas une insulte d'Algériens : il a été écrit par l'Émir Abdelkader dans une lettre aux oulémas d'Al-Azhar, pour qualifier un sultan qui l'avait abandonné puis fait encercler.

En 1963, quelques mois après notre indépendance, le différend frontalier a été porté par les armes ; en 1965, un opposant marocain était enlevé à Paris ; et en 1975, la plus haute juridiction internationale a dit qu'il n'existait aucune souveraineté territoriale sur le Sahara — et trois semaines plus tard, on a marché.

Puis vint décembre 2020 : la normalisation avec Israël, contre la reconnaissance américaine d'une conquête — et la presse européenne a elle-même posé la question du troc.

**Et en 2026, le Parlement européen a parlé de « guerre hybride » à propos de Ceuta, tandis que la presse marocaine accusait Alger d'une fuite de 70 000 noms que Le Monde attribue à d'anciens espions marocains.**

Un État peut signer tous les communiqués qu'il veut sur la modération : ce sont les archives qui témoignent, et elles sont datées. Ce dossier n'accuse pas — il range des faits dans l'ordre. C'est ce qui le rend, je crois, plus embarrassant qu'une insulte.

🔗 Les sources, en accès direct — cliquez et vérifiez vous-même

  • L'avis consultatif de la Cour internationale de Justice du 16 octobre 1975 : l'absence de tout lien de souveraineté territoriale, et le rappel du droit à l'autodétermination — Cour internationale de Justice, affaire du Sahara occidental : https://icj-cij.org/fr/affaire/61
  • **Le traité de Tanger de 1844, le renoncement au soutien à l'Émir Abdelkader, l'encerclement par l'armée marocaine, la lettre aux oulémas d'Al-Azhar (« servilité et versatilité de la monarchie alaouite »), la reddition de 1847 et l'article du New York Times de février 1873** — L'Express Algérien, 5 janvier 2025, rendant compte du dossier du magazine Algeria Gate intitulé « Le Royaume de la trahison… un trône à louer » : https://www.lexpressquotidien.dz/2025/01/05/quand-le-makhzen-et-la-france-ont-trahi-lemir-abdelkader/
  • Nordine Djoudi, témoin de la trahison de Hassan II à l'égard de la cause arabe — Radio Algérienne : https://news.radioalgerie.dz/fr/node/6430
  • L'affaire Ben Barka « au cœur des secrets israélo-marocains » — France Culture : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-enjeux-internationaux/les-enjeux-internationaux-emission-du-vendredi-07-novembre-2025-5720348
  • « L'accord Israël–Maroc s'inscrit dans une longue histoire de coopération en matière d'armement et d'espionnage » — The New York Times, 10 décembre 2020 : https://www.nytimes.com/2020/12/10/world/middleeast/Israel-morocco-cooperation-history.html
  • « Le Maroc rejoint la liste des nations arabes qui normalisent leurs relations avec Israël » — The New York Times, 10 décembre 2020 : https://www.nytimes.com/2020/12/10/world/middleeast/israel-morocco-trump.html
  • « Le Maroc a-t-il troqué les Palestiniens contre le Sahara occidental ? » — France Culture, revue de presse internationale : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/revue-de-presse-internationale/israel-le-maroc-a-t-il-troque-les-palestiniens-contre-le-sahara-occidental-1316802
  • « Le Maroc normalise ses relations avec Israël, le Sahara occidental comme monnaie d'échange ? » — RTBF : https://www.rtbf.be/article/diplomatie-le-maroc-normalise-ses-relations-avec-israel-le-sahara-occidental-comme-monnaie-d-echange-10651131
  • **Les dépêches du New York Times d'octobre 1963 sur la guerre des Sables : les accusations croisées, et le roi qui ordonne l'arrêt** — https://www.nytimes.com/1963/10/19/archives/algeria-accused-of-fresh-attack-moroccans-say-new-front-was-opened.html — https://www.nytimes.com/1963/10/28/archives/moroccans-trap-attacking-force-of-200-at-oasis-king-then-checks.html
  • La résolution du Parlement européen du 17 septembre 2026 « Attaques hybrides récentes et instrumentalisation des migrants à Ceuta », adoptée par 339 voix contre 225 et 16 abstentions — TSA Algérie : https://www.tsa-algerie.com/crise-de-ceuta-le-parlement-europeen-adopte-une-resolution-contre-le-maroc/

Ces liens ouvrent directement les documents cités, avec leurs dates. Le premier est le plus important : lisez l'avis de la Cour, mot pour mot, et comparez-le à ce qui s'est passé trois semaines plus tard.

Note finale. Nous n'avons pas eu accès aux archives originales du traité de Tanger, ni aux pièces de l'instruction française dans l'affaire Ben Barka : nous nous en tenons à ce que nos sources en rapportent, et nous les nommons. Nous n'avons pas non plus de document établissant la responsabilité marocaine dans le déclenchement de la guerre des Sables de 1963, et nous ne l'avons pas affirmée. Aucun fait de ce dossier n'a été relevé sans sa source. Là où nous ne savons pas, nous écrivons que nous ne savons pas — et sur un tel sujet, c'est la seule manière de ne pas nous exposer.