On nous juge sur des pourcentages. Voici les vrais chiffres.
Fahd Al-Otaibi — Riyad, Arabie saoudite — 5 octobre 2026
Le pourcentage ment. Le montant dit la vérité.
Il existe une façon très simple de faire passer un pays pour pauvre : donner ses dépenses en pourcentage de son PIB.
En voici un exemple, réel. En 2023, l'Algérie a consacré 4,35 % de son PIB à la santé. Le Maroc, 6,06 %.
Conclusion qu'on lit partout : le Maroc investit davantage dans la santé de ses habitants.
C'est faux. Voici pourquoi.
L'Algérie a un PIB de 247,9 milliards de dollars. Le Maroc, 146,0 milliards.
4,35 % de 247,9 = 10,78 milliards de dollars.
6,06 % de 146,0 = 8,85 milliards de dollars.
L'Algérie a dépensé près de 2 milliards de dollars de PLUS que le Maroc.
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Dépenses de santé — le pourcentage contre le montant réel
# | Algérie | Maroc | Tunisie | France
Part du PIB consacrée à la santé | 4,35 | 6,06 | 7,99 | 11,52 | %
Montant réellement dépensé | 10,78 | 8,85 | 3,85 | 364,57 | Md$
Par habitant | 233 | 232 | 318 | 5 318 | $
Source : Banque mondiale, dépenses de santé (SH.XPD.CHEX.GD.ZS et .PC.CD), année 2023 pour l'Algérie, le Maroc et la Tunisie, 2024 pour la France — croisées avec le PIB de la même année.[[/CHART]]
Et le plus parlant : par habitant, l'Algérie et le Maroc dépensent la même chose — 233 dollars contre 232.
Deux pays qui dépensent autant par habitant pour se soigner, mais dont l'un affiche un pourcentage 40 % plus élevé. Ce n'est pas un effort plus grand. C'est un PIB plus petit.
Tout ce qui suit applique la même méthode. Pour chaque indicateur, nous donnons le montant réel en dollars, rapporté au PIB et à la population. Et quand l'Algérie est derrière, nous l'écrivons.
Quinze chapitres, vingt et un graphiques, et ce qu'ils disent
1. La richesse produite
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Le produit intérieur brut, 2024
# | Algérie | Maroc | Tunisie | France
PIB total | 269,3 | 160,6 | 51,4 | 3 160,4 | Md$
PIB par habitant | 5 753 | 4 218 | 4 188 | 46 103 | $
PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat (2025) | 18 586 | 11 112 | 15 233 | 63 975 | $
Source : Banque mondiale, WDI — PIB nominal (NY.GDP.MKTP.CD) et population (SP.POP.TOTL), 2024 ; parité de pouvoir d'achat (NY.GDP.PCAP.PP.CD), 2025.[[/CHART]]
L'Algérie produit plus que le Maroc — 269 contre 161 milliards — avec 8 millions d'habitants de plus. Par tête, l'écart se réduit : 5 753 contre 4 218 dollars. En parité de pouvoir d'achat, qui tient compte du coût de la vie, l'écart se creuse en faveur de l'Algérie : 18 586 contre 11 112 dollars.
2. La dette et les réserves nettes — le chiffre qu'aucun journal ne calcule
Voici l'indicateur que personne ne publie, et c'est le plus important.
Un pays peut afficher des réserves de change spectaculaires tout en étant surendetté. Ce qui compte, c'est ce qu'il possède une fois ses dettes payées.
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Les réserves nettes : ce qui reste quand on a tout remboursé
# | Algérie | Maroc | Tunisie | France
Réserves de change | 83,01 | 37,13 | 9,34 | 330,27 | Md$
!!Dette extérieure | 6,90 | 67,99 | 40,46 | — | Md$
Réserves nettes | 76,11 | -30,86 | -31,12 | -956 | Md$
!Réserves nettes, en % du PIB | 28,3 | -19,2 | -60,5 | -29,6 | %
!!Dette extérieure par habitant | 145 | 1 769 | 3 276 | — | $
Source : Banque mondiale (FI.RES.TOTL.CD et DT.DOD.DECT.CD), 2024, pour l'Algérie, le Maroc et la Tunisie. Banque de France, « La balance des paiements et la position extérieure de la France », rapport annuel 2025, pour la France (position extérieure nette). Attention : pour la France, il s'agit de la position extérieure nette, un concept plus large que les réserves nettes — il inclut les actions et les investissements directs. La Banque de France précise que c'est la mesure retenue par les procédures européennes de déséquilibres macroéconomiques, « du fait de sa comparabilité entre pays ». L'Algérie est le pays le moins endetté de cette comparaison : 6,90 milliards de dollars de dette extérieure, soit 2,67 % de son PIB, contre 44,72 % pour le Maroc et 77,70 % pour la Tunisie (Banque mondiale, dette extérieure en pourcentage du PIB, DT.DOD.DECT.GN.ZS, 2024).[[/CHART]]
Un seul pays est créditeur. Les trois autres sont débiteurs nets du reste du monde.
L'Algérie possède 76,1 milliards de dollars de plus qu'elle ne doit. Le Maroc doit 30,9 milliards de plus qu'il ne possède. La France, 885 milliards d'euros. La Tunisie, 31,1 milliards de dollars.
Et ramené à chaque habitant, c'est encore plus violent : un Marocain porte 1 769 dollars de dette extérieure. Un Algérien, 145 dollars. Douze fois moins.
Une précision, et elle est décisive : parmi les pays comparés ici, l'Algérie est celui dont la dette extérieure est la plus petite. 6,90 milliards de dollars, soit 2,67 % de son PIB — contre 44,72 % pour le Maroc et 77,70 % pour la Tunisie. Banque mondiale, dette extérieure en pourcentage du PIB (DT.DOD.DECT.GN.ZS), 2024. La France n'est pas comparable sur cette ligne : la Banque de France publie une position extérieure nette, plus large, qui inclut les actions et les investissements directs. Des réserves qui baissent, adossées à la dette extérieure la plus faible de la comparaison : c'est l'inverse d'une faillite.
Il faut dire la tendance, parce qu'elle ne nous arrange pas. Les réserves algériennes ont baissé de 14,9 milliards entre 2018 et 2025 (87,4 → 72,5 milliards) alors que celles du Maroc ont augmenté de 24 milliards (24,5 → 48,5). Mais sur la même période, la dette extérieure marocaine a grimpé de 17,3 milliards. Le Maroc augmente ses réserves en empruntant.
Où est passé l'argent des réserves — la question que personne ne pose
Un pays qui dépense son épargne n'est pas un pays qui s'appauvrit. Mais tout dépend de ce qu'il en fait — et de ce qu'on accepte d'écrire.
Reprenons les faits à la source algérienne, pas à une compilation étrangère. Selon la Banque d'Algérie, les réserves de change sont passées de 194,01 milliards de dollars fin 2013 à 45,30 milliards fin 2021 : 148,7 milliards envolés, soit 76,65 %. Banque d'Algérie, rapport annuel 2024, juin 2025. Le point bas n'est ni 2019 ni 2020 : il est fin 2021.
Et voici ce qu'il faut écrire même si cela ne nous arrange pas : l'effort d'investissement de l'État s'est bel et bien contracté pendant le contre-choc. Les dépenses d'équipement réellement décaissées sont tombées de 3 039,3 milliards de dinars en 2015 à 1 893,5 milliards en 2020, soit −37,7 %, et sont restées autour de 1 950 milliards en 2021-2022. Elles n'ont retrouvé le niveau de 2015 qu'en 2023 (2 895,4) et ne l'ont dépassé qu'en 2024 (3 359,3). Ministère des Finances, Direction générale du Trésor, « Situation résumée des opérations du Trésor 2000-2024 », décembre 2025. Le redressement est réel — mais il date de 2023, pas de 2014.
Une chose, en revanche, n'a jamais bougé : l'Algérie n'a pas emprunté à l'étranger. Sa dette extérieure s'élève à 2,87 milliards de dollars fin 2024, soit 1,08 % de son PIB — moins qu'en 2013 (3,4 milliards). Banque d'Algérie, rapport annuel 2024. Elle n'a aucun encours auprès du Fonds monétaire international : son dernier programme s'est achevé le 21 mai 1998, et elle est aujourd'hui créancière nette du Fonds. Elle n'a aucune obligation internationale en circulation. FMI, position financière au 30 juin 2026 ; Banque d'Algérie, rapport annuel 2024.
Le Maroc, lui, a accès aux marchés internationaux — et il s'en sert. Cinq opérations depuis 2020, dont un emprunt international de 2 milliards d'euros en mars 2025 et un autre de 2,25 milliards d'euros en mai 2026. Mais soyons précis : il a été absent du marché en 2021, en 2022 et en 2024. Et sur les 40,4 milliards de dirhams de tirages extérieurs de son Trésor en 2024, 9,4 % seulement sont allés à des projets — le reste a financé du soutien budgétaire. Direction du Trésor et des finances extérieures (Maroc) ; ministère de l'Économie et des Finances, rapport sur la dette publique accompagnant le projet de loi de finances 2026. Avec le Fonds monétaire international : sept accords depuis 2012, mais deux décaissements seulement — environ 3 milliards de dollars en 2020, et 1,24 milliard au titre du financement de la résilience. À périmètre identique, la dette extérieure marocaine reste aujourd'hui près de 24 fois la dette algérienne.
Nous n'écrirons pas pour autant que l'Algérie ne s'endette pas : ce serait faux. Elle porte une dette intérieure de 17 243,4 milliards de dinars fin 2024, dont 5 864,2 milliards de créances à long terme de la Banque d'Algérie fin 2024, nées de la loi du 11 octobre 2017 (6 556,2 au plus haut, en 2020-2021) — un financement par création monétaire, pas par les marchés. Banque d'Algérie, rapport annuel 2024. Et son Fonds de régulation des recettes, qui atteignait 5 633,8 milliards de dinars fin 2012, est à zéro fin 2024. Ministère des Finances, Direction générale du Trésor, décembre 2025. La vraie différence avec le Maroc n'est donc pas « endettée ou pas ». Elle est : envers qui, et dans quelle monnaie.
L'investissement total du pays — public et privé — atteint 129,93 milliards de dollars en 2025. Celui du Maroc : 58,12. Soit 2,24 fois plus. Banque mondiale, formation brute de capital (NE.GDI.TOTL.ZS) appliquée au PIB de 2025. Précision : cet indicateur mesure l'investissement de toute l'économie, pas seulement celui de l'État.
Et ces chantiers, les voici — datés, et sans embellissement.
- Le fer de Gara Djebilet, dans le Sud-Ouest : le gisement est entré en production et les premières cargaisons de minerai sont arrivées à Oran en février 2026 (L'Espoir Libéré, 2 février 2026). La gare ferroviaire de Gara Djebilet a été inaugurée le 27 janvier 2026 (L'Espoir Libéré, 27 janvier 2026 ; APS et ministère de l'Intérieur, 1er février 2026). Attention : il s'agit d'un flux national, vers le complexe sidérurgique de Tosyali à Oran. Aucune exportation de minerai de fer n'a encore eu lieu.
- La ligne minière de l'Est, qui doit relier le phosphate de Bled El Hadba, à Tébessa, au port d'Annaba : 174 kilomètres de voies étaient livrés au 7 septembre 2026, et le tronçon Annaba-Bouchegouf devait être achevé avant fin septembre (APS ; Radio Algérienne). Le complexe de Bled El Hadba, lui, n'a encore rien produit.
- Les travaux publics : 420 milliards de dinars inscrits dans la loi de finances 2026 — routes, ouvrages d'art et entretien du réseau (Algerie-Éco, 7 novembre 2025). À quoi s'ajoutent 413,2 milliards de dinars pour le ferroviaire la même année (TSA, 31 décembre 2025).
Voilà ce que la baisse des réserves a payé : des salaires, des transferts sociaux, des subventions — et, depuis 2023 seulement, des chantiers. Pas des traites signées à l'étranger.
3. Ce que l'État dépense réellement
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Les cinq grands postes de dépense publique — en dollars, pas en pourcentages
# | Algérie | Maroc | Tunisie | France
!Éducation | 13,91 | 8,79 | 3,24 | 148,68 | Md$
Investissement | 129,93 | 58,12 | 8,76 | 738,52 | Md$
Militaire | 21,47 | 5,65 | 1,29 | 64,87 | Md$
Santé | 10,78 | 8,85 | 3,85 | 364,57 | Md$
Recherche et développement | 1,20 | 0,67 | 0,31 | 66,57 | Md$
!Dépense d'éducation par habitant | 301 | 233 | 266 | 2 181 | $
Source : Banque mondiale — éducation (SE.XPD.TOTL.GD.ZS), investissement (NE.GDI.TOTL.ZS), militaire (MS.MIL.XPND.GD.ZS), santé (SH.XPD.CHEX.GD.ZS), recherche (GB.XPD.RSDV.GD.ZS). Chaque taux est appliqué au PIB de SON année. Éducation : Algérie, Maroc et Tunisie 2023, France 2022. Investissement : 2025. Militaire : 2024. Santé : 2023 pour les trois du Maghreb, 2024 pour la France. Recherche : Algérie 2024, Maroc 2010, Tunisie 2019, France 2023.[[/CHART]]
L'Algérie dépense 13,91 milliards de dollars pour l'éducation de ses enfants. Le Maroc, 8,79 milliards. Soit 1,58 fois plus — et 301 dollars par habitant contre 233.
⚠️ Une mise en garde, parce qu'elle compte. La Banque mondiale affiche pour l'Algérie 8,98 % du PIB en 2024, contre 5,61 % en 2023 — un bond de 60 % en un an. Nous ne l'utilisons pas : un tel saut supposerait une réforme budgétaire majeure dont nous n'avons trouvé aucune trace. Nous retenons la série stable, et nous signalons l'anomalie. (Si elle est réelle, elle nous donne raison ; si elle est fausse, nous avons évité de publier un chiffre inventé.)
Et le cas le plus révélateur est la recherche. L'Algérie consacre 0,44 % de son PIB à la recherche — le Maroc 0,66 %. Le pourcentage donne le Maroc gagnant. Le montant dit l'inverse : 1,20 milliard contre 0,67 milliard. L'Algérie dépense presque deux fois plus. (Le chiffre marocain date de 2010 — quinze ans. C'est la dernière donnée disponible.)
4. Ce que le pays fait pour ses chômeurs — le chiffre qui change tout
C'est peut-être la comparaison la plus malhonnête de toutes celles qu'on lit sur le Maghreb.
On nous oppose sans arrêt : l'Algérie a 29,44 % de chômage des jeunes, le Maroc 21,88 %.
Le chiffre est exact. Mais il ne raconte pas la même histoire — parce que les deux États ne font pas la même chose de leurs chômeurs.
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Ce que chaque pays verse à ses chômeurs
# | Algérie | Maroc
!Bénéficiaires d'une allocation chômage | 1 900 000 | 26 706 | personnes
Budget annuel consacré | 3,23 | — | Md$
Allocation mensuelle | 18 000 DA (≈139 $) | — | par mois
Source : Algérie — ministre du Travail Abdelhak Saihi, conférence nationale, Alger, 8 décembre 2025 (APS et Radio algérienne) : 420 milliards de dinars pour 2026 et 1,9 million de bénéficiaires. Maroc — ministre délégué au Budget Fouzi Lekjaa, réponse écrite au Parlement, mai 2026 : entre 20 842 et 26 706 bénéficiaires par an du régime d'indemnité pour perte d'emploi (CNSS, loi n° 03-14, en vigueur depuis le 1er décembre 2014).[[/CHART]]
Un million neuf cent mille Algériens touchent une allocation. Vingt-six mille sept cent Marocains. Soixante et onze fois plus.
Et la différence n'est pas seulement un chiffre — elle est de nature.
L'allocation algérienne est versée aux primo-demandeurs d'emploi : des jeunes qui n'ont JAMAIS travaillé. Aucune cotisation préalable. Depuis le décret exécutif n° 26-87, elle est de 18 000 dinars par mois, pour un an renouvelable une fois, avec validation tous les six mois.
L'indemnité marocaine n'est versée qu'à ceux qui ont PERDU un emploi — et qui ont cotisé 0,57 % de leur salaire, dans la limite d'un plafond de 6 000 dirhams.
Comparer les deux taux de chômage sans écrire cela, c'est comparer deux pays qui ne mesurent pas la même chose.
5. La santé
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Se soigner : les moyens réels
# | Algérie | Maroc | Tunisie | France
!Médecins pour 1 000 habitants | 1,66 | 0,79 | 1,24 | 4,01 | pour 1 000
Infirmiers pour 1 000 habitants | 2,51 | 0,87 | 2,16 | 9,42 | pour 1 000
Lits d'hôpital pour 1 000 habitants | 1,61 | 0,73 | 1,82 | 5,65 | pour 1 000
Mortalité infantile | 19,5 | 14,7 | 9,7 | 3,4 | pour 1 000
Mortalité maternelle | 62 | 70 | 36 | 7 | pour 100 000
Espérance de vie | 76,48 | 75,49 | 76,71 | 82,98 | ans
Source : Banque mondiale et OMS — médecins et infirmiers (OMS, Global Health Observatory) ; lits d'hôpital 2017 pour l'Algérie, 2023 pour le Maroc et la Tunisie, 2022 pour la France ; mortalité infantile et espérance de vie 2024 ; mortalité maternelle 2023. Réserve : les densités de lits pour l'Algérie, le Maroc et la Tunisie portent sur le secteur public seul — la France inclut le privé. La comparaison est donc imparfaite et nous le signalons.[[/CHART]]
L'Algérie a deux fois plus de médecins que le Maroc, presque trois fois plus d'infirmiers, et plus de deux fois plus de lits d'hôpital.
Trente-huit mille lits d'hôpital d'écart : 70 478 contre 39 529.
Mais l'Algérie a la pire mortalité infantile des quatre : 19,5 pour mille, contre 14,7 au Maroc. C'est un fait, nous l'écrivons, et il mérite une enquête à lui seul. La mortalité maternelle, elle, est meilleure en Algérie : 62 contre 70.
6. L'éducation
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L'école et l'université
# | Algérie | Maroc | Tunisie | France
Années moyennes de scolarité | 7,42 | 6,20 | 7,60 | 11,77 | ans
Années de scolarité attendues | 15,50 | 15,08 | 14,67 | 16,10 | ans
Taux de scolarisation supérieure | 54,4 | 48,2 | 38,1 | 71,5 | %
Nombre d'étudiants | 1 658 941 | 1 439 638 | 305 918 | 2 879 212 | étudiants
Indice de développement humain (2023) | 0,763 | 0,710 | 0,746 | 0,920 | sur 1
!Classement mondial de l'IDH | 96 | 120 | 105 | 26 | sur 193
Source : UNESCO Institute for Statistics, Banque mondiale et PNUD, Rapport sur le développement humain 2025 (données 2023, 193 pays). L'IDH est celui du HDR 2025 — il n'existe pas d'IDH sur des données 2024.[[/CHART]]
Le classement du Maghreb sur le développement humain est sans ambiguïté : Algérie 96ᵉ, Tunisie 105ᵉ, Maroc 120ᵉ.
Les années moyennes de scolarité — un indicateur qui mesure le niveau réellement atteint, pas le nombre d'inscrits — donnent l'Algérie devant le Maroc : 7,42 contre 6,20.
Deux réserves, et elles comptent. L'Algérie et la Tunisie ne participent pas à l'enquête PISA de l'OCDE : leurs résultats scolaires ne sont donc pas comparables internationalement. Et l'alphabétisation algérienne n'a pas été mesurée depuis 2008 (75,1 %) — le Maroc depuis 2014 (64,3 %). Deux chiffres périmés. Nous les donnons avec leur année, jamais sans.
7. Les femmes
Ici, l'Algérie est à la fois devant et très en retard. Et il faut le dire des deux côtés.
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Les femmes : l'école, l'université, le travail, le pouvoir
# | Algérie | Maroc | Tunisie | France
!Part des femmes au Parlement | 6,14 | 24,30 | 15,79 | 36,17 | %
Part des femmes à l'université | 59,5 | 54,2 | 63,2 | 55,7 | %
!Participation des femmes au marché du travail | 14,14 | 19,70 | 26,50 | 51,48 | %
Femmes magistrates | 47,03 | 28 | ≈46 | 69,83 | %
Droit des femmes, indice Banque mondiale « Women, Business and the Law » 2026 | 45,53 | 60,95 | 46,38 | 92,93 | sur 100
Source : Union interparlementaire pour les parlements (Algérie : élection du 2 juillet 2026 ; Maroc : 24,30 % après l'élection de 2021 — le ministère de l'Intérieur marocain annonce 27,09 % après le scrutin du 23 septembre 2026 ; Tunisie 2022 ; France 2024). UNESCO Institute for Statistics pour l'université (2024, Tunisie 2023). Banque mondiale et OIT pour la participation (estimations modélisées, 2025). Magistrature : Conseil supérieur du pouvoir judiciaire marocain (30 avril 2026), ministère français de la Justice (RSJ 2023), portail de l'État algérien d'après le ministère de la Justice (mars 2022), Legal Agenda pour la Tunisie. ⚠️ Pour les magistrates, les chiffres de presse — 42 % en Algérie, 43 % en Tunisie — circulent largement mais ne viennent d'aucune source officielle : nous ne les utilisons pas. ⚠️ La Banque mondiale ne publie plus de classement pour l'indice « Women, Business and the Law », seulement des scores.[[/CHART]]
L'Algérie élit 6,14 % de femmes — 25 sur 407. Le Maroc en élit 24,30 %, selon l'Union interparlementaire. L'Algérie a reculé : elle était à 8,11 % en 2021.
Et voici l'histoire que personne ne raconte.
La loi électorale algérienne impose un tiers de femmes candidates, sous peine de rejet de la liste. Ce n'est pas une recommandation vague — c'est écrit noir sur blanc dans la loi organique n° 26-05 du 4 avril 2026, Journal officiel n° 24 :
« La liste présentée, doit comprendre sous peine de rejet, un tiers (1/3) des candidats des femmes… »
Mais deux dispositions vident la loi d'une partie de sa portée.
La première est une dérogation inscrite dans la loi elle-même : l'article 12 prévoit que les listes n'ayant pas pu réunir le tiers de femmes peuvent solliciter auprès de l'Autorité indépendante une dérogation.
La seconde est décisive, et l'article 176 la dit :
« Le classement des candidats dans les listes de candidature est établi, selon le cas, par le parti politique… »
L'ordre sur la liste appartient au parti. Et l'Assemblée populaire nationale est élue à liste ouverte, avec vote préférentiel. Le quota garantit qu'une femme est candidate. Il ne garantit pas qu'elle est élue.
⚠️ Mise en garde qui vaut pour cet article entier : la base de l'Union interparlementaire s'est révélée fausse ou périmée dans trois des quatre pays étudiés. Pour l'Algérie, elle affiche encore la règle de 2021 — et le quota « 20 à 50 % » qu'elle attache au pays correspond en réalité à la loi de 2012. Pour la Tunisie, elle attribue la suppression de la parité à un article qui traite des recours. Nous ne l'avons utilisée que comme piste, jamais comme source de référence.
Ce que les autres ont écrit : le Maroc impose par la loi organique n° 53.25 du 16 janvier 2026 que les listes des circonscriptions régionales soient exclusivement féminines. La France a supprimé le seuil de 1 000 habitants par la loi n° 2025-444 du 21 mai 2025 — les municipales de mars 2026 ont appliqué la parité sur tout le territoire. La Tunisie, elle, a supprimé la parité par décret-loi n° 2022-55 du 15 septembre 2022 : les conseils locaux sont passés de 47 % de femmes en 2018 à 7,94 % en 2024.
Mais l'Algérie est DEVANT sur trois autres indicateurs :
59,5 % des étudiants algériens sont des femmes — contre 54,2 % au Maroc — et l'Algérie compte 986 794 étudiantes contre 780 369 au Maroc. 47 % des magistrats algériens sont des femmes, contre 28 % au Maroc.
Et voici la vraie conclusion, qui vaut pour les quatre pays : les universités du Maghreb sont majoritairement féminines. Le verrou n'est pas l'école. Il est sur le marché du travail et dans le système électoral.
Le droit de la famille — ce que la loi dit, article par article
Nous ne jugeons pas. Nous donnons le droit applicable, tel qu'il est écrit.
L'âge du mariage : 19 ans en Algérie, 18 ans au Maroc, en Tunisie et en France — identique pour les deux sexes dans les quatre pays, avec une dérogation judiciaire possible partout. L'Algérie est passée à 19 ans pour les deux en 2005 ; la Tunisie à 18 ans en 2007 — avant, c'était 20 ans pour l'homme et 17 pour la femme ; la France à 18 ans en 2006 — avant, 18 pour l'homme et 15 pour la femme.
La succession :
| Règle écrite | |
|---|---|
| 🇩🇿 Algérie | Article 155 du code de la famille : « l'héritier reçoive une part double de celle de l'héritière. » La fille seule reçoit la moitié (art. 144), les deux filles et plus les deux tiers (art. 147). La veuve 1/4 ou 1/8 ; le veuf 1/2 ou 1/4. |
| 🇲🇦 Maroc | Article 351 : la part de l'héritier masculin est le double. La fille seule la moitié (art. 342), les deux et plus les deux tiers (art. 345). |
| 🇹🇳 Tunisie | Le droit successoral islamique s'applique. Les articles 104 et 119 portent la règle « للذكر مثل حظ الأنثيين » — « au garçon une part égale à celle de deux filles ». |
| 🇫🇷 France | Aucune distinction de sexe. Article 735 du code civil : « sans distinction de sexe, ni de primogéniture ». |
Le divorce, en Algérie, n'est pas symétrique. Le mari divorce par volonté unilatérale (article 48). L'épouse ne le peut que sur les dix motifs limitativement énumérés à l'article 53, ou par khol'â — en rendant la dot (article 54). Au Maroc, six causes sont réservées à l'épouse (article 98), la procédure de discorde étant ouverte aux deux. En France, les quatre cas de divorce sont identiques pour les deux époux (article 229).
La garde des enfants : en Algérie, elle cesse à 10 ans pour les garçons — prorogeable à 16 ans — et à 19 ans pour les filles (article 65). Précision : l'emploi de la mère ne peut pas être un motif de retrait de la garde (article 67). Au Maroc, elle dure jusqu'à 18 ans pour les deux sexes, l'enfant choisissant à 15 ans.
Deux réformes annoncées… et jamais votées
1. La réforme marocaine de la Moudawana, annoncée en 2024, n'était pas adoptée au 4 octobre 2026. Elle est restée à l'état de projet de loi devant le Parlement (janvier 2026), absente de la campagne électorale de 2026, et aucune loi modificative ne figure au Bulletin officiel. Un guide professionnel du 11 septembre 2026 écrit encore : « le socle demeure la loi n° 70-03 ».
2. La proposition tunisienne d'égalité successorale de 2018 n'a jamais été adoptée. Le rapport officiel du Comité supérieur des droits de l'homme (2016-2019) le confirme : le législateur n'a pas révisé le livre IX du code du statut personnel.
Des réformes annoncées et non votées sont présentées partout comme acquises. Elles ne le sont pas.
Violences faites aux femmes : trois enquêtes, et un trou
Le point le plus important est que les trois enquêtes ne mesurent pas la même chose.
| Toutes formes, vie entière | Physiques et/ou sexuelles par un partenaire, vie entière | |
|---|---|---|
| 🇹🇳 Tunisie | 84,7 % | non publié séparément |
| 🇲🇦 Maroc | 82,6 % | 39,3 % physiques · 29,0 % sexuelles |
| 🇫🇷 France | — | 15,9 % — soit 3,6 millions de femmes |
| 🇩🇿 Algérie | indisponible | indisponible |
Les 82,6 % du Maroc et les 84,7 % de la Tunisie couvrent TOUTES les formes — physiques, sexuelles, psychologiques, économiques et cyber. Les 15,9 % de la France ne couvrent QUE les violences d'un partenaire, et seulement physiques ou sexuelles. Les placer côte à côte sans le dire induirait en erreur.
La comparaison honnête, c'est : 39,3 % de violences physiques au Maroc contre 15,9 % en France.
Sources : HCP marocain, enquête nationale 2019. INS tunisien, terrain novembre-décembre 2022, femmes de 15 à 74 ans. SSMSI français, enquête « Genese » — service statistique du ministère de l'Intérieur, conduite avec le questionnaire de la task-force de la Commission européenne, terrain mars-juillet 2021 : c'est la même famille d'instruments que les enquêtes marocaine et tunisienne, et c'est ce qui rend la comparaison possible.
Pour l'Algérie, il n'existe aucune donnée — ni enquête, ni estimation modélisée. L'OMS ne renvoie aucune ligne, ONU Femmes répond « donnée non disponible », et l'Algérie ne figure pas dans le programme d'enquêtes démographiques et de santé (DHS), qui couvre 92 pays.
🔴 Nous ne remplacerons pas ce trou par une estimation. Un chiffre inventé sur les violences faites aux femmes serait la pire faute que ce journal puisse commettre.
⚠️ Trois pièges évités. Le 57,1 % que l'on cite partout pour le Maroc n'est pas la prévalence sur la vie entière — c'est celle des douze derniers mois (toute la série du HCP est construite sur douze mois). Les 18,20 % pour la France et 20,10 % pour la Tunisie que l'on lit dans certains rapports internationaux sont des estimations modélisées de l'OMS, pas des enquêtes nationales. Et le document officiel français du SSMSI a une couche de texte défectueuse : une recherche sur « 15,9 » n'y renvoie rien, alors que le chiffre est bien dans le document.
8. La sécurité
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Sécurité : qui tue, qui enferme, qui se tue
# | Algérie | Maroc | Tunisie | France
!Homicides pour 100 000 habitants | 1,16 | 1,71 | 4,69 | 1,34 | pour 100 000
Nombre de détenus | 94 749 | 99 366 | 33 000 | 89 668 | détenus
!Taux de détention pour 100 000 | 217 | 253 | 267 | 131 | pour 100 000
Taux d'occupation des prisons | 119 | 153 | 194 | 142 | %
Suicides pour 100 000 habitants | 2,32 | 2,96 | 1,84 | 11,78 | pour 100 000
Classement mondial de la paix (163 pays) | 91 | 65 | 77 | 99 | rang
Source : Banque mondiale et UNODC pour les homicides (2023 ; la Tunisie 2020, faute de donnée plus récente) ; World Prison Brief pour les prisons (Algérie septembre 2021, Maroc 31 décembre 2025, Tunisie mai 2025, France août 2026) ; OMS pour les suicides (2021, taux standardisé par âge) ; Institute for Economics and Peace, Global Peace Index 2026. Réserve : le chiffre algérien de détention date de 2021 — il a près de cinq ans.[[/CHART]]
L'Algérie a le taux d'homicides le plus bas des quatre — 1,16 pour 100 000, plus bas que la France (1,34).
Le Maroc enferme plus de gens que l'Algérie : 99 366 détenus contre 94 749 — avec neuf millions d'habitants de moins. Et ses prisons sont occupées à 153 % contre 119 %.
La France a cinq fois le taux de suicide de l'Algérie. Et l'Institute for Economics and Peace la classe 99ᵉ sur 163 pays pour la paix — derrière le Maroc (65ᵉ), la Tunisie (77ᵉ) et l'Algérie (91ᵉ).
Aucune exécution dans les quatre pays en 2025 (Amnesty International). Les quatre sont abolitionnistes en pratique ; la France seule est abolitionniste en droit.
9. L'infrastructure
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Routes, hôpitaux, électricité, réseau
# | Algérie | Maroc | Tunisie | France
Réseau routier | 141 500 | 58 835 | 19 963 | 1 310 184 | km
Voies ferrées | 3 995 | 2 295 | 2 200 | 27 562 | km
Aéroports avec piste aménagée | 67 | 36 | 15 | 294 | aéroports
!Consommation d'électricité par habitant | 1 828 | 997 | 1 629 | 6 447 | kWh
Accès à Internet | 77,4 | 91,2 | 76,5 | 88,7 | %
Abonnements haut débit fixe | 13,3 | 7,3 | 15,0 | 48,9 | pour 100 hab.
!Part du renouvelable dans la capacité électrique | 2,1 | 36,9 | 15,1 | 47,4 | %
Source : Banque mondiale et organismes nationaux — routes : ministère algérien des Travaux publics (2024), HCP marocain (2024), INS tunisien (2022), SDES français (2024) ; attention, l'Algérie et la France comptent toutes les routes, le Maroc et la Tunisie seulement le réseau classé. Électricité : Banque mondiale et IEA. Internet : UIT. Renouvelables : IRENA et Ember (part de la capacité installée, pas de la production).[[/CHART]]
2,4 fois plus de routes que le Maroc. 83 % d'électricité en plus par habitant. Et plus de haut débit fixe — 13,3 contre 7,3 pour cent habitants.
Mais le Maroc est devant sur deux points, et l'un est sérieux : l'accès à Internet (91,2 % contre 77,4 %) et surtout les énergies renouvelables : 36,9 % de sa capacité électrique, contre 2,1 % pour l'Algérie.
Un pays qui vit de ses hydrocarbures et ne prépare pas l'après : c'est un fait, et il est plus important que tous les classements de ce chapitre.
10. Coût de la vie, bonheur, diaspora
[[CHART]]
Vivre : combien ça coûte, et comment on s'y sent
# | Algérie | Maroc | Tunisie | France
!Niveau des prix (base États-Unis = 100) | 32,56 | 42,05 | 30,57 | 76,57 | indice
Classement mondial du bonheur (147 pays) | 83 | 112 | 105 | 35 | rang
Émigrés nés dans le pays, vivant à l'étranger | 1 780 399 | 3 627 829 | 715 249 | 2 547 158 | personnes
Part de la population émigrée | 3,8 | 9,4 | 5,8 | 3,7 | %
Transferts reçus de la diaspora | 1,80 | 13,66 | 3,26 | 40,40 | Md$
!Part des transferts dans le PIB | 0,67 | 7,49 | 6,34 | 1,20 | %
Source : Banque mondiale et Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (indice de niveau des prix, ICP 2025, base États-Unis = 100) ; UN SDSN, Gallup et Oxford, World Happiness Report 2026 (147 pays, fenêtre 2023-2025) ; UN DESA pour les stocks d'émigrés (2024) et Banque mondiale pour les transferts (2025 pour le Maroc et la France, 2024 pour l'Algérie et la Tunisie).[[/CHART]]
Vivre en Algérie coûte 23 % moins cher qu'au Maroc (indice 32,56 contre 42,05) — et deux fois et demie moins cher qu'en France.
L'Algérie est le pays le plus heureux du Maghreb : 83ᵉ sur 147. Le Maroc est 112ᵉ, la Tunisie 105ᵉ.
Et un chiffre qui devrait faire réfléchir : 9,4 % de la population marocaine vit à l'étranger, contre 3,8 % de la population algérienne. Le Maroc tire 13,66 milliards de dollars de transferts — 7,49 % de son PIB — contre 1,80 milliard pour l'Algérie (0,67 %). C'est une dépendance onze fois plus forte.
11. Le chômage et l'inflation — sans filtre
[[CHART]]
Chômage et inflation — les chiffres bruts, sans ajustement
# | Algérie | Maroc | Tunisie | France
!Chômage des jeunes (15-24 ans, 2025) | 29,44 | 21,88 | 38,08 | 18,89 | %
Chômage total (2025) | 11,63 | 9,00 | 15,11 | 7,54 | %
Inflation (2025) | 1,42 | 0,70 | 5,15 | 0,94 | %
Croissance du PIB (2025) | 3,82 | 4,60 | 2,49 | 0,84 | %
Source : Banque mondiale, WDI (SL.UEM.TOTL.ZS, SL.UEM.1524.ZS, FP.CPI.TOTL.ZG, NY.GDP.MKTP.KD.ZG), 2025. Réserve : le taux de chômage marocain a changé de méthode en 2026 — le HCP a remplacé son enquête et adopté le « chômage strict », faisant passer le chiffre de 13,3 % à 9,5 % sans création d'emplois correspondante.[[/CHART]]
Soyons directs : sur le chômage des jeunes, l'Algérie est derrière le Maroc (29,44 % contre 21,88 %). Sur l'inflation aussi — et il faut le dire dans le bon sens : plus le taux est bas, mieux c'est. Le Maroc est donc devant, avec 0,70 % contre 1,42 %.
Mais deux réserves, et elles sont lourdes.
La première, nous l'avons vue : l'Algérie paie une allocation à 1,9 million de ses chômeurs. Le Maroc à 27 000. Un taux de chômage identique ne veut pas dire la même chose dans les deux pays.
La deuxième : le chiffre marocain a changé de méthode en 2026. Le HCP a remplacé son enquête nationale sur l'emploi et adopté le « chômage strict ». Le taux est passé de 13,3 % à 9,5 % — par redéfinition, pas par création d'emplois.
12. La terre, ce qu'on y plante, ce qu'on en sort
[[CHART]]
La terre et ce qu'on en tire
# | Algérie | Maroc | Tunisie | France
Superficie totale | 2 381 740 | 446 300 | 155 360 | 538 950 | km²
Terres arables | 75 310 | 68 741 | 28 313 | 168 992 | km²
!Part du territoire en terres agricoles | 17,36 | 66,74 | 62,44 | 52,50 | %
!Production céréalière (2024) | 4,12 | 3,21 | 1,50 | 53,55 | M tonnes
Production d'électricité (2024) | 96,36 | 42,40 | 21,37 | 561,78 | TWh
Production d'acier (2025) | 5,5 | 1,5 | — | — | M tonnes
Source : Banque mondiale (AG.LND.TOTL.K2, AG.LND.ARBL.HA, AG.LND.AGRI.ZS, AG.PRD.CREL.MT, EG.ELC.PROD.KH) pour les terres, les céréales et l'électricité ; World Steel Association, World Steel in Figures 2026, pour l'acier (classement limité aux 50 premiers producteurs mondiaux sur 70 pays déclarants — la Tunisie et la France n'y figurent pas dans le tableau publié).[[/CHART]]
Deux faits qui surprennent.
L'Algérie a plus de terres arables que le Maroc : 75 310 km² contre 68 741. Et elle produit plus de céréales : 4,12 millions de tonnes contre 3,21.
Mais elle n'utilise que 17 % de son territoire pour l'agriculture, contre 67 % pour le Maroc. C'est le Sahara — 2,38 millions de km² dont l'immense majorité est désertique. Le Maroc a un potentiel agricole mieux réparti ; l'Algérie a une surface brute plus grande mais concentrée sur une frange côtière.
Et un chiffre au passage : l'Algérie produit 5,5 millions de tonnes d'acier, contre 1,5 pour le Maroc. Elle a dépassé son voisin.
Sur le commerce agricole, une surprise que personne ne relève :
[[CHART]]
Le commerce agricole — qui vend, qui achète
# | Algérie | Maroc | Tunisie | France
!Balance commerciale agricole | -11,3 | -3,66 | — | +1,96 | Md$
Solde de la pêche | — | +2,79 | — | — | Md$
!Balance agricole du Maroc, pêche comprise | — | -1,70 | — | — | Md$
Source : FAOSTAT, bilans du commerce des cultures et de l'élevage, 2024. Pour la France, le solde agricole brut est de +10,58 Md$ : les importations de produits de la pêche en détruisent 81 %, le ramenant à +1,96 Md$. Pour l'Algérie, le déficit agricole de 11,3 Md$ représente environ trois fois son excédent commercial total, tous produits confondus.[[/CHART]]
Le Maroc, qu'on présente partout comme la grande puissance agricole du Maghreb, est importateur net de produits agricoles : −3,66 milliards de dollars. Et il le reste même en ajoutant son excédent de la pêche (+2,79 milliards) : −1,70 milliard.
La France, première puissance agricole d'Europe, voit ses importations de poisson détruire 81 % de son excédent agricole brut. De 10,58 milliards, il tombe à 1,96.
Et le déficit agricole algérien — 11,3 milliards de dollars — représente environ trois fois l'excédent commercial total du pays, toutes marchandises confondues. C'est le vrai visage de la dépendance alimentaire.
13. Les fruits, les légumes, le troupeau — les rangs mondiaux
L'Algérie est un grand pays agricole sur des produits précis. Voici les rangs, avec le nombre de pays classés — parce qu'un rang sans son total ne veut rien dire.
| Les rangs mondiaux de l'Algérie | Algérie | Producteurs classés | Production |
|---|---|---|---|
| Dattes | 3 | 37 | 1 337 301 t |
| Figues | 3 | 50 | — |
| Pastèques | 5 | 125 | — |
| Olives | 8 | — | — |
| Oignons | 12 | — | — |
| Tomates | 15 | — | — |
| Troupeau ovin (tête) | 12 | — | 32,35 M têtes |
| Viande ovine et caprine | 10 | 187 | 403 045 t |
Source : FAOSTAT (bilans alimentaires et production), 2024. Les rangs doivent toujours être lus avec leur dénominateur : le classement des dattes porte sur 37 pays déclarants, celui des pastèques sur 125. Un rang de 3ᵉ sur 37 pays n'a pas la même valeur qu'un rang de 3ᵉ sur 200.
Le troupeau ovin algérien — 32,35 millions de têtes — est plus important que ceux du Maroc et de la Tunisie RÉUNIS.
Et le pays produit plus de lait que le Maroc (3,30 millions de tonnes contre 1,94) — avec un cheptel bovin plus petit.
Sur les olives, le Maroc (1 079 874 t) et la Tunisie (1 056 228 t) sont pratiquement à égalité aux 6ᵉ et 7ᵉ rangs mondiaux.
14. Ce que chaque pays exporte — et sa dépendance
[[CHART]]
La dépendance des exportations
# | Algérie | Maroc | France
Part du premier produit dans les exportations | 92,2 | 14,9 | —
!La part des hydrocarbures dans les exportations algériennes | 92,2 | — | %
Exportations hors hydrocarbures (Algérie) | 3,84 | — | Md$
Exportations de voitures (Maroc, 2024) | — | 559 645 | véhicules
Véhicules produits par l'usine Fiat d'Oran | 53 000 | — | véhicules (2025)
Valeur ajoutée manufacturière | 25,46 | 24,52 | — | Md$
!Part du manufacturier dans le PIB | 9,45 | 15,27 | %
Source : Banque d'Algérie (rapport annuel 2024) pour la structure des exportations algériennes ; Office des changes marocain pour le Maroc ; Banque mondiale (NV.IND.MANF.CD et NV.IND.MANF.ZS) pour la valeur ajoutée manufacturière, 2024 ; OICA via la presse espagnole et Hespress pour la production automobile marocaine ; Fiat pour l'usine d'Oran.[[/CHART]]
Voilà le vrai déséquilibre, et il n'est pas où on l'attend.
L'Algérie tire 92,2 % de ses exportations des hydrocarbures. Ses exportations hors hydrocarbures ne pèsent que 3,84 milliards de dollars — et elles ont reculé de 24 %. C'est la fragilité structurelle du pays, et elle est plus grave que n'importe quel classement.
Le Maroc est le plus diversifié des quatre. Son premier produit d'exportation — les voitures particulières — ne pèse que 14,9 %. Il est passé de 40 000 véhicules produits en 2010 à 559 645 en 2024, ce qui le place 23ᵉ producteur mondial — l'OICA nommant 34 pays et regroupant tous les autres dans une catégorie « autres ». Nous donnons le dénominateur, parce qu'un rang sans lui ne veut rien dire.
Mais attention à un chiffre qui circule : la valeur ajoutée manufacturière algérienne et marocaine sont quasiment identiques en dollars — 25,46 contre 24,52 milliards. La différence est le poids dans l'économie : 15,27 % du PIB au Maroc contre 9,45 % en Algérie.
⚠️ Et un piège dans lequel tombent beaucoup de commentateurs : on lit souvent que « l'industrie représente 36 % du PIB algérien ». C'est vrai — mais c'est du pétrole et du gaz, pas des usines. L'Algérie a la part industrielle la plus élevée des quatre et la part manufacturière la plus faible. Ce sont deux choses différentes.
Et voici la mesure la plus dure de cet écart, publiée par l'ONUDI :
[[CHART]]
L'indice de performance industrielle compétitive (ONUDI, 2024)
# | Rang | Score | Pays classés
!Algérie | 93 | — | sur 152
Maroc | 45 | — | sur 152
Tunisie | 70 | — | sur 152
France | 12 | — | sur 152
Source : Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), indice de performance industrielle compétitive (CIP), édition 2024 ; classement établi sur 152 pays recensés par nos soins. Réserve : le Yearbook 2025 de l'ONUDI donne, pour les données 2023, des rangs légèrement différents (Algérie 88 ou 95 selon la série, Maroc 57 ou 58) — les vintages ne sont pas homogènes et nous le signalons.[[/CHART]]
L'Algérie est 93ᵉ sur 152. Le Maroc, 45ᵉ. Quarante-huit places d'écart — et un score environ quatre fois inférieur.
C'est le constat le plus dur de tout ce comparatif pour l'Algérie, et il est d'autant plus frappant qu'il contredit l'apparence : la part de l'« industrie » dans le PIB algérien est plus élevée que celle du Maroc. Mais elle est faite de puits, pas d'usines.
15. L'insuline — et là, l'Algérie fait quelque chose que personne d'autre ne fait en Afrique
Il faut le dire nettement, parce que c'est vérifiable et que c'est rare : l'Algérie fabrique de l'insuline. Pas du conditionnement — de la production complète.
Et elle en exporte.
| L'insuline : où en est chaque pays | Algérie | Maroc | France |
|---|---|---|---|
| Production locale d'insuline | oui, en « full process » | oui (Sothema) | conditionnement (Novo Nordisk, Chartres) |
| Capacité annuelle de stylos | 60 000 000 stylos/an | — | — |
| Investissement industriel | 13 Md DA | — | — |
| Couverture des besoins pharmaceutiques nationaux | 83 % | — | — |
| Nombre d'unités de production pharmaceutique | 233 usines | — | — |
| Part des usines de médicaments du continent africain | un tiers | — | — |
| Exportation d'insuline | oui, vers la Tunisie (mai 2026) | — | — |
Source : Esseha (4 mars 2026) pour la production de Biocare Biotech, sa capacité et son investissement ; Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP), Dr Khadija Bouguerra, Radio nationale, pour le taux de couverture, le nombre d'unités et la part continentale ; Esseha (22 mai 2026) pour l'accord d'exportation vers la Tunisie. ⚠️ Réserve : la même source annonce une capacité de 60 millions de stylos puis « plus de 120 millions » dans le même article — nous retenons le chiffre le plus prudent.
Deux producteurs, deux modèles.
Biocare Biotech, filiale du groupe Biocare, produit Glarus plus® 300 U/ML — une insuline entièrement fabriquée sur le sol algérien. Capacité : 60 millions de stylos par an. Investissement : 13 milliards de dinars. Stock stratégique : trois mois de produits finis et de matières premières. L'entreprise annonce une réduction de 23 millions d'euros de la facture d'importation.
Saidal, le groupe public, avance de son côté avec Novo Nordisk. Le 29 décembre 2025, les deux ont lancé sur le marché algérien les stylos de dernière génération Tresiba. Et le communiqué de Saidal est explicite : « le processus de production en full process a d'ores et déjà été engagé au niveau du site de Constantine ».
À la cérémonie de lancement, au siège de Novo Nordisk à Boufarik (Blida), étaient présents Nabila Benygzer, PDG du groupe Saidal, et Hamza Benharkat, directeur général de Novo Nordisk Algérie.
Et le 20 mai 2026, à Alger, le groupe Biocare a signé un protocole avec DORCAS Laboratoires, de Tunisie.
Objet : le transfert de technologie et l'exportation d'insulines produites en Algérie.
Un pays du Maghreb qui exporte de l'insuline vers un autre pays du Maghreb, en 2026. C'est un fait, et il mérite d'être dit.
Le reste du tableau pharmaceutique, selon l'ANPP :
233 unités de production, plus de 780 lignes, un tiers des usines de médicaments de tout le continent africain, et 100 nouveaux projets en construction. Sur les 200 médicaments anticancéreux de la nomenclature nationale, 54 sont déjà fabriqués en Algérie. Le pays couvre 83 % de ses besoins pharmaceutiques.
L'ANPP affirme que l'Algérie est « le seul pays d'Afrique et du monde arabe à produire des stylos d'insuline 100 % localement ». Le pays vise par ailleurs le niveau de maturité 3 de l'Organisation mondiale de la santé.
Ce que font les trois autres, pour situer :
Le Maroc a un véritable fabricant, Sothema, protégé jusqu'au 1ᵉʳ octobre 2025 par des droits anti-dumping de 13,89 % sur l'insuline danoise — protection expirée après que Sothema a retiré sa propre demande.
La France ne fabrique pas la molécule : Sanofi produit la sienne à Francfort, y compris sa nouvelle usine de 1,3 milliard d'euros. En revanche, l'usine Novo Nordisk de Chartres fabrique bien des cartouches et des flacons d'insuline, et assemble des stylos. La molécule est danoise ; le format est français.
Et la Tunisie importe donc désormais de l'insuline algérienne.
Une dernière précision, pour être exact : l'Algérie a longtemps été dépendante. La production avait été interrompue en 2013, relancée en mars 2023 à Constantine, avant l'arrivée de Biocare et l'accord avec Novo Nordisk. Ce qui se passe aujourd'hui est le résultat d'une reconstruction, pas d'un héritage.
Le classement : où est-ce qu'on vit le mieux ?
Nous avons construit un classement à partir de six indicateurs vérifiables : développement humain, revenu par habitant en parité de pouvoir d'achat, bonheur, État de droit, espérance de vie et niveau des prix. Chaque indicateur est converti en rang percentile à l'intérieur de sa région, puis pondéré.
Ce classement est notre construction, pas un indice officiel. Nous l'écrivons clairement — et nous signalons sa limite : l'IDH contient déjà l'espérance de vie et le revenu, ce qui double partiellement leur poids.
[[CHART]]
Le classement — Afrique (15 premiers sur 41 pays classables)
# | Rang | Score | Populat
!Maurice | 1 | — | —
!Algérie | 2 | — | —
Tunisie | 3 | — | —
Afrique du Sud | 4 | — | —
Maroc | 5 | — | —
Namibie | 6 | — | —
Gabon | 7 | — | —
Botswana | 8 | — | —
Libye | 9 | — | —
Égypte | 10 | — | —
Ghana | 11 | — | —
Sénégal | 12 | — | —
Kenya | 13 | — | —
Côte d'Ivoire | 14 | — | —
Mauritanie | 15 | — | —
Source : classement construit par Algeria Vanguard à partir du Rapport sur le développement humain 2025 (PNUD), de la Banque mondiale, du World Happiness Report 2026 et du World Justice Project 2025. Chaque indicateur est converti en rang percentile régional, pondéré : IDH 25 %, revenu par habitant en PPA 20 %, bonheur 20 %, État de droit 20 %, espérance de vie 15 %. Limite importante : seuls 41 des 54 États africains sont classables, le World Happiness Report ne couvrant que 147 pays et en omettant treize en Afrique.[[/CHART]]
L'Algérie est deuxième d'Afrique. La Tunisie troisième. Le Maroc cinquième. Le premier est Maurice.
[[CHART]]
Le classement — Europe (15 premiers sur 39 pays classables)
# | Rang | Score | Populat
!Norvège | 1 | — | —
Suisse | 2 | — | —
Islande | 3 | — | —
Danemark | 4 | — | —
Suède | 5 | — | —
Pays-Bas | 6 | — | —
Finlande | 7 | — | —
Irlande | 8 | — | —
Luxembourg | 9 | — | —
Allemagne | 10 | — | —
Belgique | 11 | — | —
Autriche | 12 | — | —
Royaume-Uni | 13 | — | —
!France | 14 | — | —
Malte | 15 | — | —
Source : même méthode. La France est 13ᵉ ou 14ᵉ selon la pondération retenue — solidement dans les quinze premiers, jamais dans les dix premiers.[[/CHART]]
Et voici où se situent réellement les quatre pays du comparatif, en rangs mondiaux :
[[CHART]]
Les quatre pays dans le monde — les classements qui comptent
# | Algérie | Maroc | Tunisie | France
Développement humain (193 pays) | 96 | 120 | 105 | 26
PIB par habitant en PPA (232 pays) | 125 | 158 | 138 | 34
!Bonheur (147 pays) | 83 | 112 | 105 | 35
Perceptions de la corruption (182 pays) | 109 | 91 | 91 | 27
Liberté de la presse (180 pays) | 145 | 105 | 137 | 25
Paix (163 pays) | 91 | 65 | 77 | 99
!État de droit (143 pays) | 88 | 91 | 85 | 22
Innovation (139 pays) | 111 | 54 | 71 | 13
Prospérité (Legatum, 161 pays) | 83 | 76 | 75 | 21
Source : PNUD (HDR 2025), Banque mondiale, UN SDSN (WHR 2026), Transparency International (CPI 2025, publié le 10 février 2026), Reporters sans frontières (RSF 2026), Institute for Economics and Peace (GPI 2026), World Justice Project (2025), WIPO (GII 2026, publié le 29 septembre 2026), Legatum Institute (2026). Le Maroc et la Tunisie sont à égalité exacte au classement de la corruption, avec un score de 39 sur 100 : les présenter dans un ordre serait inventer une hiérarchie que la donnée ne soutient pas.[[/CHART]]
Il faut lire ce tableau sans tricher.
L'Algérie est devant le Maroc sur le développement humain, le bonheur, la paix et l'État de droit. Elle est derrière sur la corruption, la liberté de la presse et l'innovation. Sur l'innovation, elle est 111ᵉ sur 139 — et c'est, avec la part du renouvelable dans son électricité, le plus mauvais chiffre de tout ce comparatif.
Alors, où est-ce qu'on vit le mieux ?
Il n'y a pas une réponse. Il y en a quatre, et elles ne désignent pas le même pays.
Pour se soigner, l'Algérie et le Maroc dépensent la même chose par habitant (233 et 232 dollars), mais l'Algérie a deux fois plus de médecins, presque trois fois plus d'infirmiers et 38 000 lits d'hôpital en plus. En revanche, la mortalité infantile y est la pire des quatre. Pour un accouchement et pour la survie d'un nouveau-né, la Tunisie et la France sont nettement devant.
Pour élever ses enfants, l'Algérie dépense 1,58 fois plus que le Maroc — 301 dollars par habitant contre 233. Les résultats suivent partiellement : 7,42 années de scolarité contre 6,20.
Pour un jeune qui cherche du travail, la réponse est plus dure. L'Algérie a le plus faible taux d'activité féminine des quatre pays étudiés — 14,14 %, contre 19,70 % au Maroc, 26,50 % en Tunisie et 51,48 % en France — et 29,44 % de chômage des jeunes. Mais elle est le seul des quatre pays à verser une allocation à un jeune qui n'a jamais travaillé. Le Maroc, lui, ne l'accorde qu'à ceux qui ont perdu un emploi après avoir cotisé.
Pour se nourrir, l'Algérie a plus de terres arables que le Maroc et produit plus de céréales, plus de lait, et possède un troupeau ovin plus gros que ceux du Maroc et de la Tunisie réunis. Elle est 3ᵉ producteur mondial de dattes et de figues, et elle produit son insuline en full process — au point d'en exporter vers la Tunisie depuis mai 2026. Mais elle n'exploite que 17 % de son territoire : le reste est désert.
Et le vrai sujet n'est dans aucune de ces colonnes. L'Algérie tire 92,2 % de ses exportations du pétrole et du gaz, et ses exportations hors hydrocarbures reculent de 24 %. Le Maroc, lui, a diversifié : sa première exportation ne pèse que 14,9 %. C'est la fragilité algérienne, et aucune réserve de change ne la règle.
Pour vivre avec peu, l'Algérie est le pays le moins cher des quatre et le moins inégalitaire des quatre sur le dernier chiffre connu (Gini 27,6 en 2011, contre 39,5 au Maroc).
Et pour se sentir en sécurité, l'Algérie a le taux d'homicides le plus bas et le taux de suicide deux fois moindre que le Maroc, cinq fois moindre que la France.
Mais si l'on prend la question au sérieux — où est-ce qu'on vit objectivement le mieux, sur l'ensemble des indicateurs — la réponse est la France, et elle n'est pas discutable. 26ᵉ sur 193 pour le développement humain. 5 318 dollars de santé par habitant contre 233. Une espérance de vie de 83 ans contre 76. Un État de droit classé 22ᵉ mondial.
Et juste derrière, en Afrique, c'est l'Algérie — deuxième du continent, devant la Tunisie et le Maroc. Un pays qui dépense moins par habitant que la France en santé, mais qui possède 76 milliards de dollars nets là où les trois autres sont endettés, qui paie une allocation à 1,9 million de chômeurs, et dont les habitants se déclarent plus heureux que les Marocains et les Tunisiens.
Un pays très imparfait, avec des trous béants : la participation des femmes au travail, la liberté de la presse, la transition énergétique, la corruption. Mais un pays solvable, nourri, soigné, sécurisé — et qui, sur les chiffres, tient la comparaison.
Il fallait juste faire les multiplications.
Une dernière chose, qui n'est pas un chiffre
En Algérie, un jeune qui n'a jamais travaillé reçoit 139 dollars par mois de l'État.
Au Maroc, il ne reçoit rien — sauf s'il a déjà eu un emploi et cotisé.
En Tunisie, le dispositif n'existe pas encore.
C'est une différence qu'aucun taux de chômage ne montrera jamais.
⚠️ Ce que nous refusons de publier, et pourquoi
Cet article ne contient aucun chiffre que nous n'ayons pas vérifié à la source. Voici la liste de ce que nous avons écarté — et qu'un autre média publierait sans hésiter.
| Ce que nous aurions pu écrire | Pourquoi nous ne l'écrivons pas |
|---|---|
| « L'Algérie a 0 % d'extrême pauvreté » | Le chiffre est de 2011. Aucune enquête depuis. |
| « L'Algérie dépense 6,06 % contre 4,35 % » | Un pourcentage sans montant, c'est un chiffre faux par omission. |
| Une comparaison des dettes publiques des quatre pays | Les quatre ratios ne mesurent pas la même chose (dette intérieure de l'administration centrale, dette du Trésor, critère de Maastricht, administration centrale). |
| « Le Maroc a été relevé en catégorie investissement » | Faux : Fitch le maintient à BB+, sous la catégorie investissement. Le relèvement vient de S&P, le 26 septembre 2025. |
| « Le chômage marocain a baissé à 9 % » | Sans dire que c'est un changement d'enquête, le chiffre induit en erreur. |
| Le tourisme dans les quatre pays | Les séries de la Banque mondiale s'arrêtent en 2020, année Covid. |
| Les lits d'hôpital, sans réserve | Chiffre algérien de 2017, et périmètres différents selon les pays. |
| Le taux d'alphabétisation comparé | Algérie 2008, Maroc 2014, France aucun chiffre publié. |
| « Le Maroc a 170 hôpitaux » | Secteur public seulement. Le total est 609. |
| Un classement de la « facilité de faire des affaires » | Indice supprimé en 2021, et retiré de l'API de la Banque mondiale. |
| Un indice de sécurité alimentaire 2024 ou 2025 | Cet indice n'existe plus — dernière édition 2022. |
| « Le Maroc est 25ᵉ producteur mondial d'automobiles » | Le classement n'indique pas sur combien de pays. Nous ne publions pas un rang sans son dénominateur. |
| « L'Algérie dépense 8,98 % de son PIB pour l'éducation » | Bond de 60 % en un an, sans réforme identifiable. Nous retenons la série stable à 5,61 %. |
| Le détail de la production algérienne d'insuline | Les sources officielles donnent deux capacités différentes dans le même article — 60 millions de stylos par an, puis « plus de 120 millions ». Nous retenons le chiffre le plus prudent et nous signalons l'écart. |
| Un rang mondial de producteur d'automobiles | L'OICA ne publie aucun total de pays producteurs : elle en nomme 34 et regroupe le reste. Un rang sans dénominateur ne veut rien dire. |