Ils disent que le Conseil de sécurité a « consacré l'autonomie » : le nom de la mission qu'il vient de proroger contient le mot « référendum »
Lucía Ortega — Madrid, Espagne — 15 septembre 2026
Note de méthode. Ce dossier repose sur le texte officiel de la résolution 2797 (2025), que nous avons lu intégralement et reproduit, sur le Plan de règlement des Nations unies, et sur des déclarations nommées, datées et attribuées. Nous distinguons à chaque fois ce qui est écrit dans un texte, ce que dit une personne, et ce qui relève de l'analyse. Et à la fin, nous concédons ce qui doit être concédé.
🔤 Six lettres que tout le monde prononce sans les écouter
M-I-N-U-R-S-O.
Tout le monde l'écrit. Personne ne l'épelle. Alors épelons-la, cette fois, jusqu'au bout :
Mission des Nations Unies pour le Référendum au Sahara Occidental.
Le mot est là. « Référendum ». Pas dans un considérant, pas dans une annexe, pas dans une note de bas de page : dans le nom même de la mission.
Et cette mission n'est pas une hypothèse ni un vestige. Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies l'a prorogée jusqu'au 31 octobre 2026. Le même Conseil, la même résolution.
Gardez ce sigle en tête. Nous allons y revenir quatre fois — parce que c'est lui qui répond à tout.
📅 Ce qui a été décidé, et par qui
Voici la chronologie. Elle est courte, elle est officielle, et elle ne comporte aucun élément algérien.
1981 — c'est le Maroc qui propose un vote. Le New York Times du 27 juin 1981 titre : « MOROCCO, IN REVERSAL, PROPOSES CEASE-FIRE AND VOTE FOR WESTERN SAHARA » — « Le Maroc, en revirement, propose un cessez-le-feu et un vote pour le Sahara occidental. » Sous le roi Hassan II.
18 juin 1990 — le rapport du Secrétaire général contient le texte intégral des Propositions de règlement et un Plan de règlement.
29 avril 1991 — le Conseil de sécurité adopte la résolution 690 et crée la MINURSO. Relisez le nom : Mission des Nations unies pour le référendum au Sahara occidental.
24 mai 1991 — le Secrétaire général, mettant son Plan à exécution, propose un cessez-le-feu à partir du 6 septembre 1991. Les deux parties ont accepté — le Maroc comme le Front Polisario.
Janvier 1992 — c'est la date prévue pour le référendum.
Et voici ce que le Plan de règlement prévoyait, mot pour mot :
Le représentant spécial du Secrétaire général serait « seul responsable de toutes les questions relatives au référendum par le biais duquel le peuple sahraoui choisirait entre l'indépendance et l'intégration au Maroc ».
Le choix était donc posé en deux termes : l'indépendance, ou l'intégration au Maroc. Et la date était fixée.
⛔ Et il n'a jamais eu lieu
Le référendum prévu pour janvier 1992 n'a pas été organisé. Ni cette année-là, ni aucune autre. Nous sommes en 2026 : cela fait trente-quatre ans.
Le blocage a porté sur un point précis : l'identification des électeurs — c'est-à-dire la question de savoir qui aurait le droit de voter. Tout le reste en a découlé.
Et le mot « report » revient dans toutes les dépêches. Al-Ahram Hebdo titrait dès 1999 : « De report en report ». Un référendum reporté trente-quatre fois, ce n'est plus un calendrier : c'est une méthode.
🇺🇸 Ce que dit un ancien conseiller à la sécurité nationale des États-Unis
Nous n'avons pas besoin d'inventer la raison du blocage. Elle est donnée par un Américain, et pas n'importe lequel.
John Bolton a été conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump et ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies. **Interrogé par le journal espagnol El Independiente, il déclare :**
« Je continue de croire que la seule manière de résoudre ce problème est de tenir un référendum. »
« Un référendum aurait été facile à organiser. Ce n'est pas une tâche énorme. »
Et sur les raisons du blocage, il est encore plus précis. Le Maroc est revenu sur les engagements pris en 1991 dans l'accord de cessez-le-feu et sur les accords de Houston de 1997, parce qu'il « ne veut tout simplement pas risquer de perdre le référendum ».
« Durant mes mandats successifs, j'ai discuté avec James Baker et avec plusieurs de ses successeurs. Tous m'ont dit en privé la même chose : le Maroc ne veut tout simplement pas prendre le risque de perdre le référendum. »
Et voici la phrase qui devrait être reprise partout, et qui ne l'est nulle part : le Maroc a organisé plusieurs « marches vertes » pour installer des Marocains au Sahara occidental, mais — dit Bolton — « il n'a toujours pas réussi à trouver un moyen de gagner le référendum ».
Mesurez la logique de cette phrase. Si l'on installe des populations et qu'on n'est toujours pas certain de gagner, c'est que la question du corps électoral est le nœud véritable — et que la crainte est réelle.
Bolton dit encore ceci, sur l'organisation mondiale :
« Je trouve cela très regrettable. Cela témoigne de la faiblesse de l'ONU : elle adopte une résolution simple, facile à mettre en œuvre, tout le monde l'accepte, puis une partie change d'avis et tout s'effondre. »
Et : « Les Sahraouis, qui vivent encore dans des camps de réfugiés, méritent de pouvoir rentrer chez eux. Personne ne conteste cela. »
⚖️ Et ce que disent deux professeurs de droit international
Deux universitaires espagnols, interrogés par le même journal, vont plus loin encore — et leur argument est juridique, pas politique.
Juan Soroeta, professeur de droit international public à l'Université du Pays basque :
« Le droit à l'autodétermination est reconnu par le droit international aux peuples soumis à une domination coloniale, étrangère ou raciste. C'est indéniablement le cas du Sahara occidental. »
« Soutenir la solution d'autonomie revient à soutenir l'intégration au Maroc, ou, en d'autres termes, à soutenir l'occupation militaire et à nier au peuple sahraoui le droit à l'autodétermination. »
Alejandro del Valle, professeur de droit international public et de relations internationales à l'Université de Cadix :
« La proposition marocaine était contraire aux accords internationaux et aux résolutions des Nations unies qui avaient établi comme condition du cessez-le-feu la tenue d'un référendum d'autodétermination dans un territoire en attente de décolonisation. »
Et il ajoute un détail qui vaut tous les discours : dix-huit ans se sont écoulés depuis la présentation du plan marocain d'autonomie, et « seulement trois pages ont été écrites depuis ».
Retenez la thèse de M. Soroeta, parce qu'elle est dérangeante et qu'elle est argumentée : dans ce dossier précis, l'autonomie n'est pas une troisième voie entre l'indépendance et l'intégration — juridiquement, c'est l'intégration. C'est sa formule, pas la nôtre, et nous la lui attribuons.
📜 Et pendant ce temps, la résolution 2797
Revenons au texte adopté le 31 octobre 2025. Nous l'avons lu intégralement. Voici ce qu'il dit — et ce qu'il ne dit pas.
L'autodétermination y est affirmée deux fois. Dans le préambule : « conforme aux buts et principes énoncés dans la Charte des Nations unies, dont le principe de l'autodétermination ». Et dans un paragraphe de décision, le troisième : « une solution politique définitive et mutuellement acceptable qui assure l'autodétermination du peuple du Sahara occidental ».
Le plan d'autonomie, lui, est au conditionnel — deux fois également. « Une véritable autonomie sous souveraineté marocaine pourrait être une solution des plus réalisables » ; et « considère qu'une autonomie véritable pourrait représenter une solution des plus réalisables ». Jamais « est ». Jamais « la seule ».
Et la porte reste ouverte, à l'article 2 : « accueillera volontiers toute suggestion constructive que pourraient faire les parties en réponse au plan d'autonomie ».
Enfin, il y a un paragraphe dont personne ne parle jamais, le cinquième : le Secrétaire général est prié de présenter, dans les six mois, « un examen stratégique relatif au futur mandat de la MINURSO, en tenant compte de l'issue des négociations ». Autrement dit : si les négociations n'avancent pas, la question du mandat se rouvre.
🔁 Le sigle, une dernière fois
Récapitulons — et cette fois, lisons le nom en entier.
La résolution 2797 (2025) :
- réaffirme deux fois l'autodétermination ;
- emploie deux fois le conditionnel sur l'autonomie ;
- accueille « toute suggestion constructive » des parties ;
- et proroge jusqu'au 31 octobre 2026 la Mission des Nations unies pour le RÉFÉRENDUM au Sahara occidental.
Voilà pourquoi la phrase « le Conseil de sécurité a consacré l'autonomie marocaine » ne tient pas. On ne peut pas, dans le même texte, consacrer une solution définitive et proroger une mission qui porte le nom de l'autre.
Et ce n'est pas nous qui le disons. C'est écrit dans l'intitulé, dans deux paragraphes de décision, et dans le nom de la mission. Trois endroits, un seul mot.
Et rappelons ce que ce mot recouvre : un vote où le peuple sahraoui choisirait « entre l'indépendance et l'intégration au Maroc », prévu pour janvier 1992, accepté par les deux parties, et jamais organisé.
⚖️ Ce que nous concédons, parce que c'est vrai
Premièrement : le plan d'autonomie EST la base des discussions, et c'est écrit. Le paragraphe 3 demande aux parties de négocier « sur la base du plan d'autonomie proposé par le Maroc ». C'est un gain marocain, il est réel, et nous ne le minimisons pas. Ce qui n'est pas tranché, c'est le résultat — pas la table.
Deuxièmement : un nom ne crée pas une obligation. La MINURSO a été nommée en 1991 pour organiser un référendum ; son mandat actuel est très réduit, et l'essentiel de son travail consiste aujourd'hui à observer le cessez-le-feu. Nous ne prétendrons donc pas qu'un sigle oblige juridiquement qui que ce soit. Mais un nom est une trace : il dit à quoi une mission était destinée, et personne ne l'a jamais renommée.
Troisièmement : le référendum n'a aucune date aujourd'hui. Nous ne dirons pas qu'il est imminent, ni qu'il aura lieu. Trente-quatre ans de reports interdisent ce genre de pronostic — et nous ne le ferons pas.
Quatrièmement : John Bolton s'exprime à titre personnel, dans un journal espagnol, et il n'engage pas les États-Unis. Nous le citons comme un ancien responsable, pas comme une voix officielle de Washington. Et il faut ajouter, par honnêteté, qu'il n'est pas un témoin neutre : il a ses propres positions sur ce dossier, et il les assume.
🎯 La conclusion, en quatre phrases
Le référendum d'autodétermination du Sahara occidental a été accepté par les deux parties en 1991, et programmé pour janvier 1992 : trente-quatre ans plus tard, il n'a jamais été organisé.
La raison du blocage a un nom et une source : selon John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, le Maroc « ne veut tout simplement pas risquer de perdre le référendum ».
Et la résolution que l'on cite partout pour dire que « le Conseil a consacré l'autonomie » réaffirme deux fois l'autodétermination, emploie deux fois le conditionnel, et proroge une mission dont le nom officiel est : Mission des Nations unies pour le Référendum au Sahara occidental.
On peut refuser un référendum. On ne peut pas le refuser et proroger, en même temps, une mission qui porte son nom. C'est écrit noir sur blanc — et jusqu'au 31 octobre 2026.
🔗 Les sources, en accès direct — cliquez et vérifiez vous-même
- Le texte intégral de la résolution 2797 (2025), adoptée le 31 octobre 2025 — à lire en entier, notamment les paragraphes 1, 2, 3 et 5, et l'intitulé de la MINURSO — Conseil de sécurité des Nations unies,
S/RES/2797 (2025): https://docs.un.org/fr/S/RES/2797(2025) - Le Plan de règlement : la résolution 690 du 29 avril 1991 créant la MINURSO, le cessez-le-feu du 6 septembre 1991 accepté par les deux parties, le choix « entre l'indépendance et l'intégration au Maroc », et la date de janvier 1992 — Algerie360, d'après les documents des Nations unies : https://www.algerie360.com/sahara-occidental-la-minurso-quelles-prerogatives-pour-quelles-missions/
- Les déclarations de John Bolton (« ne veut pas risquer de perdre le référendum », les accords de Houston de 1997, « il n'a toujours pas réussi à trouver un moyen de gagner le référendum »), et les analyses des professeurs Juan Soroeta et Alejandro del Valle — AL24 News, citant le journal espagnol El Independiente : https://al24news.dz/en/john-bolton-morocco-blocking-western-sahara-referendum-to-avoid-losing-it/ et https://al24news.dz/fr/des-experts-espagnols-en-droit-international-le-plan-dautonomie-marocain-nest-ni-possible-ni-vraie-ni-realisable/
- La proposition marocaine d'un cessez-le-feu et d'un vote, sous Hassan II — The New York Times, 27 juin 1981 : https://www.nytimes.com/1981/06/27/world/morocco-in-reversal-proposes-cease-fire-and-vote-for-western-sahara.html
Ces liens ouvrent directement les documents cités, avec leurs dates. Le premier — le texte de la résolution — suffit à vérifier l'essentiel de ce dossier : lisez le paragraphe 3, puis relisez le nom de la mission qu'il proroge.
Note finale. Les citations de M. Bolton et des deux juristes sont reproduites sans être tronquées, et nous les attribuons nommément — ce sont des analyses, pas des décisions. Nous n'avons pas eu accès aux accords de Houston de 1997 ni au Plan de règlement dans leur version originale : nous nous en tenons à ce que nos sources en rapportent. Les chiffres et les dates de ce dossier proviennent de documents officiels des Nations unies ou de la presse nommée, et aucun n'est avancé sans sa source. Là où nous ne savons pas, nous écrivons que nous ne savons pas.