Alger et Riyad parlent pétrole — et solaire

S. Al-Harbi — Riyad, Arabie saoudite — 15 octobre 2026

Le lundi 12 octobre, à Riyad, deux ministres algériens se sont assis avec un prince saoudien. Le communiqué qui en est sorti tient en une page. Il ne contient ni montant, ni volume, ni calendrier, ni contrat signé. Il contient un mot : « opportunités ».

Et, à côté des hydrocarbures, il contient trois autres mots : solaire, hydrogène, formation.

Voilà pourquoi cette réunion mérite mieux qu'un entrefilet.

1. Ce qui s'est dit, le lundi 12 octobre à Riyad

Le communiqué du ministère des Hydrocarbures, repris par l'agence APS et publié par Radio Algérienne le 13 octobre à 6 h 57, est précis sur les personnes et les domaines.

Côté algérien : Mohamed Arkab, ministre d'État, ministre des Hydrocarbures, et Mourad Adjal, ministre de l'Énergie et des Énergies renouvelables. Côté saoudien : le prince Abdulaziz bin Salmane bin Abdulaziz Al Saoud, ministre de l'Énergie, de l'Industrie et des Ressources minérales. La rencontre s'est tenue en marge de la Semaine de l'énergie à Riyadh, en présence de l'ambassadeur d'Algérie auprès du Royaume et de cadres des deux parties.

Les deux parties ont examiné, cite le texte, « les moyens de renforcer la coopération bilatérale et les opportunités d'investissement dans les domaines des hydrocarbures, de l'énergie et des énergies renouvelables ». Puis vient la liste — et c'est dans la liste que se lit la véritable intention du document :

  • hydrocarbures : exploration et développement, développement des gisements, renforcement de l'industrie pétrolière et gazière en Algérie ;
  • industrie pétrochimique ; réduction de l'empreinte carbone et limitation des émissions de méthane ;
  • des « projets prometteurs associant le groupe Sonatrach aux entreprises saoudiennes leaders » ;
  • contenu local, échange d'expertises et transfert de technologies, programmes de formation et de perfectionnement, recherche et innovation ;
  • dessalement de l'eau de mer et équipements et services industriels connexes ;
  • côté énergie : électricité, fabrication d'équipements électriques, hydrogène propre, solaire photovoltaïque ;
  • le cadre : le Haut Conseil de coopération algéro-saoudien et le Conseil des ministres arabes de l'électricité — où l'Algérie assure la vice-présidence du bureau exécutif, confirmé le même jour par un second communiqué ;
  • un point de marché, enfin : les deux parties se déclarent « satisfaites des évolutions positives du marché mondial » et réaffirment leur « engagement total » dans les accords OPEP+.

2. Ce que ce communiqué ne dit pas

Depuis le dossier SoutH2, notre règle est constante : un « examen d'opportunités » n'est pas un contrat signé. Ici, le texte ne donne :

  • aucun montant — pas un dinar, pas un dollar, pas un riyal ;
  • aucun volume, aucun calendrier, aucune échéance ;
  • aucun nom d'entreprise saoudienne : il dit « entreprises saoudiennes leaders », il ne les nomme pas ;
  • aucun contrat, aucun mémorandum, aucune lettre d'intention cités ;
  • aucune déclaration saoudienne : à cette heure, le seul texte que nous ayons est algérien ; nous n'avons pas trouvé de prise de parole de la partie saoudienne sur cette rencontre.

Et le communiqué ne dit rien des intentions de Riyad. Nous non plus. Une réunion ministérielle dit ce qui a été mis sur la table ; elle ne dit pas ce qui en sortira.

3. Ce que l'Algérie apporte à cette table — et depuis quand

C'est ici que le mot « formation » cesse d'être un mot de communiqué.

29 novembre 1965. L'Institut algérien du pétrole (IAP), filiale du groupe Sonatrach, est créé. Quatre sites : Boumerdès, Arzew, Skikda, Hassi Messaoud. Sa mission d'origine : former les cadres techniques de l'industrie pétrolière nationale, dans « la phase de récupération des richesses nationales ». Les promotions passent de 4 à 122 élèves entre 1965 et 1976.

1er juillet 1971. Le cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan promulgue la loi n° 2 de l'année 1971, qui crée la Abu Dhabi National Oil Company — ADNOC — et lui confie « toutes les branches de l'industrie pétrolière ». La date et la mission sont établies par un document émirati reproduit sur un domaine d'État et par l'Organisation arabe des pays exportateurs de pétrole. Ce que les sources algériennes ajoutent — et qu'aucune source émiratie ne confirme —, c'est le nom de l'homme parti de Sonatrach pour la mettre sur pied : Mahmoud Hamra-Krouha, qui la dirige jusqu'en 1987. Les archives britanniques conservent sur ce point un dossier coté — FCO 8/5059, « Algerians in Abu Dhabi National Oil Company (ADNOC) ». Nous avons publié cette histoire, avec ses trois réserves, dans notre article du 11 octobre.

10 juillet 2025, Vienne. L'IAP reçoit le prix de l'OPEP du meilleur institut de recherche dans le domaine de l'énergie pour 2025, à l'occasion du 9ᵉ Forum de l'OPEP, après une compétition que le communiqué qualifie de « rude » entre des institutions de plusieurs continents. Le secrétaire général de l'OPEP, en remettant le prix, déclare que l'Institut est un « établissement prestigieux ayant formé des étudiants qui ont accédé à des postes élevés dans leurs pays, certains d'entre eux ayant même occupé des portefeuilles ministériels ».

Et ce n'est pas un souvenir. Le savoir-faire algérien en matière de formation pétrolière est un objet d'accords signés récemment : deux accords entre Sonatrach et la société omanaise Abraj Energy Services pour renforcer la coopération en matière de formation professionnelle ; et un accord de coopération académique entre l'IAP et la société congolaise SNPC, doublé d'un contrat avec l'Université de Boumerdès. Un État du Golfe, un État d'Afrique centrale : deux continents, deux accords, une même partie prenante — l'institut algérien.

4. La ligne la plus importante du communiqué

Vendre du gaz, c'est vendre une ressource. Former les cadres qui savent l'extraire, le raffiner et le vendre, c'est vendre autre chose : ce qui reste quand la ressource est partie.

Le communiqué du 12 octobre place, à côté de « Sonatrach », le transfert de technologies et les programmes de formation. Autrement dit : à la table de Riyad, l'Algérie n'apporte pas seulement des gisements. Elle apporte ce qu'elle fait depuis le 29 novembre 1965 — une école, une méthode, et des hommes qui les ont apprises.

Ce qui reste à établir est simple, et nous l'écrivons plutôt que de le laisser croire : rien n'a été signé le 12 octobre. Les « opportunités » sont sur la table. Le reste appartient aux entreprises et aux calendriers — pas au communiqué.

5. Conclusion

Un contrat se dénonce ; une compétence ne se reprend pas. Le communiqué de Riyad ne signe rien — et il n'a pas besoin de signer : ce qui est sur la table, l'OPEP l'a déjà dit en 2025, à Vienne, devant des institutions de plusieurs continents. Le pétrole se vend au baril. Le savoir-faire, lui, se transmet — et c'est la seule ressource de l'Algérie qui ne s'épuise pas.

S. Al-Harbi — Riyad, Arabie saoudite

📚 BIBLIOGRAPHIE COMPLÈTE (règle n°19)

1. Radio Algérienne (fr), « Algérie-Arabie saoudite : examen des opportunités d'investissement dans les hydrocarbures et les énergies renouvelables », 13 octobre 2026, 06 h 57, source APS — communiqué du ministère des Hydrocarbures : Arkab et Adjal à Riyad le lundi 12 octobre, prince Abdulaziz bin Salmane, liste des domaines examinés (exploration, développement des gisements, pétrochimie, méthane, Sonatrach, contenu local, échange d'expertises, transfert de technologies, formation et perfectionnement, dessalement, électricité, hydrogène propre, solaire photovoltaïque), Haut Conseil de coopération algéro-saoudien, Conseil des ministres arabes de l'électricité, engagement OPEP+ — https://news.radioalgerie.dz/fr/node/96335

2. Radio Algérienne (fr), « OPEP+ : Arkab prend part à une réunion consultative consacrée à la stabilité du marché pétrolier et à la sécurité des approvisionnements », 13 octobre 2026, 06 h 59, source APS — réunion du lundi 12 octobre à Riyad en marge de la Semaine de l'énergie (IEF17, 25ᵉ Congrès mondial du pétrole, 11-15 octobre) ; hausse des coûts de fret et d'assurance « dépassant le tiers de la valeur des marchandises transportées » ; sécurité des voies de navigation — https://news.radioalgerie.dz/fr/node/96336

3. Radio Algérienne (en), version anglaise de l'entrée 2 — https://news.radioalgerie.dz/en/node/96361

4. Radio Algérienne (en), « Conseil ministériel arabe de l'électricité : l'Algérie élue à la vice-présidence du Bureau exécutif » — https://news.radioalgerie.dz/en/node/96343

5. AL24 News (fr), « Conseil ministériel arabe de l'électricité : l'Algérie élue à la vice-présidence du Bureau exécutif » — https://al24news.dz/fr/conseil-ministeriel-arabe-de-lelectricite-lalgerie-elue-a-la-vice-presidence-du-bureau-executif/

6. AL24 News (fr), « Arkab et Adjal s'entretiennent à Riadh avec le ministre saoudien de l'Énergie, de l'Industrie et des Ressources minérales » — seconde reprise de la rencontre — https://al24news.dz/fr/arkab-et-adjal-sentretiennent-a-riadh-avec-le-ministre-saoudien-de-lenergie-de-lindustrie-et-des-ressources-minerales/

7. Radio Algérienne (fr), « L'IAP reçoit le prix de l'OPEP du meilleur institut de recherche », 10 juillet 2025, 09 h 34, source APS — prix remis au 9ᵉ Forum de l'OPEP à Vienne ; directeur de l'institut : Abdelkader Guenoune ; secrétaire général de l'OPEP : Haïthem Al Gheith ; création de l'IAP le 29 novembre 1965 ; citation du secrétaire général sur les étudiants « ayant accédé à des postes élevés dans leurs pays, certains d'entre eux ayant même occupé des portefeuilles ministériels » — https://news.radioalgerie.dz/fr/node/67604

8. Wikipédia (fr), « Institut algérien du pétrole » — fondation 1965 ; siège à Boumerdès ; 4 sites (Boumerdès, Arzew, Skikda, Hassi Messaoud) ; fonction initiale : former des cadres techniques nationaux pour l'industrie pétrolière entre 1965 et 1976 ; effectifs des promotions passés de 4 à 122 ; institut lié à Sonatrach — https://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_algérien_du_pétrole

9. Wikipédia (en), « Algerian Petroleum Institute » — établissement créé en 1965 en collaboration avec l'Institut français du pétrole (IFP), avec pour mission de fournir des ingénieurs diplômés et des techniciens hautement qualifiés à Sonatrach — https://en.wikipedia.org/wiki/Algerian_Petroleum_Institute

10. Azzedine Ali Benali, « Les ingénieurs de l'Institut algérien du pétrole : formation et parcours professionnels », in Les ingénieurs maghrébins dans les systèmes de formation, Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC), 2014 — source universitaire citée pour l'histoire de l'institut — http://books.openedition.org/irmc/139

11. Al Masar (magazine reproduit sur le domaine de l'Autorité des routes et transports de Dubaï, rta.ae) — reproduction de la loi n° 2 de 1971 promulguée le 1ᵉʳ juillet 1971 par le cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan, créant l'ADNOC — https://www.rta.ae/links/magazine/masar/Al_Masar_118_Arb.pdf

12. OAPEC (Organisation arabe des pays exportateurs de pétrole — document officiel) — « Abou Dhabi a créé en 1971 une compagnie nationale, appelée Abu Dhabi National Oil Company (ADNOC), à laquelle ont été confiées toutes les branches de l'industrie pétrolière » — https://www.oapecorg.org/media/6b62b15a-314d-4934-ac8d-bace85fe73d3/

13. Notre article AV-R-20261011-036-DZ-ADNOC-HAMRA-KROUHA, « L'homme qui a bâti le pétrole des Émirats — et que les Émirats ne citent plus », 11 octobre 2026 — le rôle de Mahmoud Hamra-Krouha, envoyé de Sonatrach à Abou Dhabi, et sa direction d'ADNOC jusqu'en 1987 ; aucune source émiratie ne le nomme ; cote d'archives FCO 8/5059, « Algerians in Abu Dhabi National Oil Company (ADNOC) » — DOCUMENTATION/BOÎTE DE VALIDATION/01 - VALIDÉS & PUBLIÉS/AV-R-20261011-036-DZ-ADNOC-HAMRA-KROUHA--l-homme-qui-a-bati-le-petrole-des-emirats.md

14. The National Archives (Royaume-Uni) / Arabian Gulf Digital Archives — cote FCO 8/5059 — https://www.agda.ac.uk/

15. Le Chiffre d'Affaires (fr), « Sonatrach et Abraj Energy Services signent deux accords pour renforcer la coopération dans la formation professionnelle » — titre et URL — https://lechiffredaffaires.dz/sonatrach-et-abraj-oman-signent-deux-accords-pour-renforcer-la-cooperation-dans-la-formation-professionnelle/

16. Radio Algérienne (fr), « Sonatrach : signature de deux accords avec la société omanaise Abraj pour renforcer la coopération en matière de formation » — titre et URL — https://news.radioalgerie.dz/fr/node/59110

17. Sonatrach (site officiel), « Signing of an agreement between the Algerian Petroleum Institute and the Congolese company SNPC, as well as a contract between the IAP and the University of Boumerdes » — titre et URL — https://sonatrach.com/en/signing-of-an-agreement-between-the-algerian-petroleum-institute-and-the-congolese-company-snpc-as-well-as-a-contract-between-the-iap-and-the-university-of-boumerdes/

18. Radio Algérienne (fr), « Signature d'un accord de coopération académique entre l'Institut Algérien du Pétrole (IAP) relevant de Sonatrach et une entreprise congolaise » — titre et URL — https://my.radioalgerie.dz/fr/node/40168

⚠️ Réserves publiées.

(1) Un « examen d'opportunités » n'est pas un contrat. Le communiqué ne mentionne aucun montant, aucun volume, aucun calendrier, aucun contrat signé, aucun mémorandum. L'article le dit dans son texte, au § 2 — et non en note.

(2) Une seule partie a parlé. Le communiqué que nous citons est algérien (ministère des Hydrocarbures, via APS). Nous n'avons trouvé aucune déclaration saoudienne sur cette rencontre à la date du 13 octobre 2026. Nous ne présentons donc pas ce texte comme un compte rendu conjoint.

(3) Aucun nom d'entreprise. Le communiqué écrit « entreprises saoudiennes leaders » sans les nommer ; l'article ne leur prête donc aucune identité.

(4) Les intentions ne sont pas devinées. L'article ne dit pas ce que Riyad « vient chercher » : il dit ce que le communiqué met sur la table, et il rappelle le socle algérien. Toute lecture des intentions saoudiennes serait une hypothèse, et elle est exclue.

(5) Quatre références sont citées par leurs titres — entrées 15 à 18 (Abraj/Oman, IAP/SNPC, IAP/Université de Boumerdès). Leurs titres sont explicites et concordants entre eux ; ils ne fondent aucune affirmation de l'article au-delà de l'existence d'accords de formation avec un partenaire omanais et un partenaire congolais. À ouvrir avant republication.

(6) La date de création de l'IAP : le 29 novembre 1965. C'est celle du communiqué de l'OPEP repris par Radio Algérienne (entrée 7). Ce n'est pas 1964 : 1964 est l'année du premier chargement de gaz naturel liquéfié à Arzew, rappelée dans notre article 036 et que nous n'avons pas revérifiée à une source externe pour ce dossier. Les deux dates ne doivent pas être confondues.

(7) Le mot « formation » est dans le communiqué — pas dans notre lecture. La liste (« échange d'expertises et transfert de technologies », « programmes de formation et de perfectionnement ») est citée du texte officiel, non déduite.

(8) Aucun jugement sur un peuple, une nation ou une religion. L'article ne parle que d'États, d'institutions, d'entreprises, de dates et de textes. Le vocabulaire proscrit par la rédaction n'y figure pas. Aucune insulte, aucun qualificatif visant un peuple.

(9) Les cotes d'archives ne sont pas présentées comme ouvertes par nous dans cet article. La cote FCO 8/5059 est reprise de notre article 036 ; elle n'a pas été rouverte pour ce dossier, et elle est citée comme référence de série, avec son URL de portail.

(10) Classement : pas de badge SCOOP. Le dossier ne révèle aucune pièce ; il met en perspective un communiqué public et un socle documenté.

(11) Cet article est le premier de la série « Les Algériens du Golfe ». Il ne conclut pas la série : il l'ouvre. La règle du dossier reste celle du rédacteur en chef — « un article par pays, et par personne nommée, avec sa cote d'archive, ou rien ».