38,02 % : le Maroc a voté comme il n'avait plus voté depuis 2007

Mateo Fernández — Buenos Aires, Argentine — 26 septembre 2026

Le ministère marocain de l'Intérieur a publié le chiffre dans la soirée du 23 septembre 2026 : la participation aux élections législatives a atteint 38,02 %. L'abstention s'établit donc à 61,98 %.

Ce n'est pas un mauvais résultat parmi d'autres. C'est le plus mauvais depuis 2007 — et l'une des abstentions les plus élevées depuis l'accession de Mohammed VI au trône.

La journée, heure par heure

Le ministère de l'Intérieur publie la participation au fil de la journée. Voici la courbe :

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Participation aux législatives marocaines du 23 septembre 2026 (ministère de l'Intérieur)

10h00 | 4,23 | %

12h00 | 11,34 | %

15h00 | 21 | %

17h00 | 28,05 | %

!Clôture (19h00) | 38,02 | %

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À 17 heures, la participation était de 28,05 % — contre 36 % à la même heure en 2021. Soit huit points de moins, déjà, avant même la fermeture des bureaux.

La comparaison qui compte

Un taux, seul, ne dit rien. Il faut le comparer à l'histoire du pays lui-même.

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Participation finale aux législatives marocaines, par scrutin

2002 | 51,61 | %

2007 | 37 | %

2011 | 45 | %

2016 | 43 | %

2021 | 50,18 | %

!2026 | 38,02 | %

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Il faut mesurer ce que cela signifie. En 2021, un Marocain inscrit sur deux votait. En 2026, moins de quatre sur dix.

Une chute de plus de douze points en cinq ans. Le pays n'a pas simplement moins voté : il a décroché.

Le chiffre qui explique l'abstention mieux que tous les autres

Il y a, dans les données officielles marocaines, une statistique qui vaut tous les commentaires.

Les électeurs âgés de 18 à 24 ans représentent 4 % des inscrits.

Quatre pour cent.

Pour un pays dont la moitié de la population a moins de trente ans, c'est un verdict — et il est plus sévère que le taux global.

La jeunesse marocaine ne s'est pas abstenue : elle ne s'est pas inscrite.

Et l'écart est là, béant : les estimations situent à environ 28 millions le nombre de Marocains en droit de voter, pour 15 801 162 inscrits. Près d'un ayant droit sur deux n'est pas sur les listes.

Le système, ensuite — et il faut le dire

Il serait malhonnête de ne parler que d'abstention. Il faut aussi regarder comment le vote se transforme en sièges.

Au Maroc, la répartition des sièges se calcule sur les électeurs inscrits dans chaque circonscription, et non sur les votes valablement exprimés.

Cette formule a une conséquence mécanique, et elle est connue : elle favorise la fragmentation parlementaire, rend pratiquement impossible l'obtention d'une majorité absolue par un seul parti, et impose des gouvernements de coalition.

Autrement dit : l'abstention n'a pas pour effet de déplacer le pouvoir. Elle n'a pas non plus pour effet de le contester. Elle le laisse en place, dans un cadre qui produit de toute façon des coalitions.

Et le chef du gouvernement — désigné parmi le parti arrivé en tête, nommé par le roi — forme ensuite un exécutif pour cinq ans, les grandes orientations des secteurs stratégiques demeurant l'apanage du monarque.

Le vote change la composition d'une assemblée. Il ne change pas l'architecture.

Les incidents

La journée a également été marquée par des incidents, documentés par la presse marocaine.

À Tanger, le parquet a annoncé l'ouverture d'une enquête après la diffusion d'une vidéo montrant un récipient de verre rempli d'enveloppes. Selon le ministère public, une personne a été interpellée dans la cour d'une école abritant un bureau de vote, en possession d'un sac contenant des bulletins qui, d'après les images diffusées par les médias locaux, appartiendraient à l'un des partis de la majorité gouvernementale sortante.

À Marrakech, plusieurs personnes ont été interpellées : une femme dans le quartier de Mhamid, pour des soupçons d'influence sur des électeurs ; deux femmes et un homme dans la zone d'Oasis Sidi Brahim, après réception d'une vidéo liée à une tentative présumée d'achat de voix ; et deux autres personnes à Tassoultante et à Guéliz.

Enfin, un chiffre qui mérite d'être posé à côté des autres : entre le 21 août et le 15 septembre, les parquets généraux marocains ont enregistré 93 plaintes électorales — contre 229 en 2021.

⚠️ Ce dernier chiffre est ambigu, et nous ne le présenterons pas comme une preuve. Il peut signifier que les irrégularités ont diminué. Il peut aussi signifier que les électeurs ont renoncé à les signaler. Nous le donnons parce qu'il existe, pas parce qu'il conclut.

Ce que les résultats provisoires disent

Au moment où nous écrivons, aucun décompte national officiel par formation n'a été publié. Ce que les procès-verbaux disponibles dessinent, en revanche, c'est une géographie inhabituelle : le vote urbain s'est retourné contre les formations sortantes.

Les résultats définitifs seront proclamés après l'examen du contentieux.

Deux voix anglo-saxonnes sur un même chiffre

Notre correspondant argentin a établi les faits. Deux de nos correspondants anglophones en proposent une lecture différente — et ils ne disent pas la même chose.

🇬🇧 Londres — David Ashworth

À Londres, pays qui a inventé le parlementarisme moderne et qui le critique sans ménagement, le chiffre de 38 % a été lu à travers une question précise : à partir de quand une chambre cesse d'être représentative ?

Il n'existe pas de seuil juridique. Mais il existe un seuil politique, et il est facile à formuler : une assemblée élue par moins de quatre électeurs inscrits sur dix, dans un pays où la moitié des ayants droit n'est même pas inscrite, légifère pour tous mais parle au nom de peu.

Le point qui a retenu l'attention ici n'est pourtant pas le taux. C'est la règle. Des sièges répartis sur les inscrits et non sur les suffrages exprimés : le mécanisme transforme une abstention massive en simple silence, sans effet sur l'architecture du pouvoir.

À retenir : pour Londres, le problème marocain de 2026 n'est pas que les gens ne votent pas. C'est que leur abstention ne peut rien produire.

🇦🇺 Sydney — Liam Bennett

À Sydney, la lecture est comparatiste, et elle est utile.

Les démocraties qui connaissent une chute de participation durable ont presque toutes répondu de la même manière : vote obligatoire, inscription automatique, ou scrutin préférentiel. Le Maroc n'a fait aucun de ces trois choix.

Et un détail a été relevé ici : l'écart entre 28 millions d'ayants droit estimés et 15,8 millions d'inscrits. Ce n'est pas une abstention, c'est une non-inscription — et une non-inscription ne se corrige pas par un discours, mais par une réforme du registre.

À retenir : pour Sydney, 38 % n'est pas seulement un mauvais score. C'est le symptôme d'un mécanisme d'inscription qui, depuis des années, laisse la moitié du corps civique hors du jeu.

Ce qu'il faut retenir, sans exagérer

Trois faits, et nous nous en tiendrons là.

1. Le Maroc a enregistré en 2026 sa plus faible participation législative depuis 2007, avec 38,02 % et une abstention de 61,98 %.

2. La jeunesse est absente du corps électoral : les 18-24 ans représentent 4 % des inscrits, quand la moitié du pays a moins de trente ans.

3. Le mode de scrutin garantit que cette abstention ne se traduira pas en changement d'architecture politique : les sièges se calculent sur les inscrits, la majorité absolue est improbable, et le chef du gouvernement est nommé.

Ce ne sont pas des opinions. Ce sont des chiffres officiels, publiés par le ministère de l'Intérieur marocain — et une règle électorale que le Maroc applique à lui-même.

On peut en tirer des conclusions différentes. On ne peut pas les contester.

Sources : Ministère de l'Intérieur du Royaume du Maroc — communiqués de participation du 23 septembre 2026 (4,23 % à 10h ; 11,34 % à 12h ; 21 % à 15h ; 28,05 % à 17h ; 38,02 % à la clôture), repris par Hespress, Medi1News, Le360, Barlamane, Sahara Medias et Notícias ao Minuto · Ministère de l'Intérieur marocain via MAP Express / SNRT pour le corps électoral (15 801 162 inscrits) · séries historiques de participation (2002, 2007, 2011, 2016, 2021) : ministère de l'Intérieur marocain, reprises par la presse marocaine et internationale · AFP via Arab News en français — ouverture des bureaux à 8h00, fermeture à 19h00, 395 sièges, 27 partis, 1 850 listes et 7 288 candidats · H24info et Alyaoum24 — interpellations de Marrakech ; parquet général du Maroc via Barlamane — enquête de Tanger et plaintes électorales du 21 août au 15 septembre · règles de répartition des sièges : Le360 / Medi1News et la loi électorale marocaine.