Boulos à Alger, et pas un mot sur le Sahara dans le communiqué : le dossier entre dans sa phase décisive

Jan Verhoeven — Bruxelles, Belgique — 15 septembre 2026

Note de méthode. Ce dossier s'appuie sur le communiqué officiel et sur les éléments publiés par les agences et la presse, datés et attribués. Nous distinguons ce qui a été annoncé, ce qui a été dit, et ce qui n'a pas été mentionné — car dans ce dossier, le silence est une information. Et à la fin, nous concédons ce qui doit être concédé.

🇺🇸 Une visite, et un calendrier

Massad Boulos, conseiller de Donald Trump pour le Moyen-Orient et l'Afrique, s'est rendu à Alger et a rencontré le président Abdelmadjid Tebboune ainsi que le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf.

Ce qui fait le sujet, ce n'est pas la visite : c'est sa date. Elle intervient à quelques semaines du rapport du secrétaire général des Nations unies, António Guterres, sur le conflit du Sahara, et avant les discussions du Conseil de sécurité attendues en octobre.

Autrement dit : au moment précis où le dossier le plus lourd du Maghreb revient sur la table des grandes puissances, Washington prend le temps de passer par Alger.

🤐 Et voici ce que le communiqué ne dit pas

Le communiqué officiel de la rencontre est instructif — par ce qu'il contient, et surtout par ce qu'il ne contient pas.

Ce qui a été annoncé : les relations bilatérales, la coopération politique, commerciale, économique et énergétique, et un échange de vues sur les questions régionales et internationales d'intérêt commun. La partie américaine a précisé que la visite visait à renforcer la coopération en matière de paix et de sécurité régionales et à approfondir les relations commerciales.

Ce qui n'a pas été mentionné : le Sahara. Pas un mot.

Il faut lire ce silence avec précision : le communiqué ne dit pas que le sujet n'a pas été abordé. Il ne le nomme pas. Ce n'est pas la même chose — et c'est toute la question.

🗣️ Ce que Boulos a dit, lui

À l'issue de la rencontre, le conseiller américain a qualifié l'Algérie de « partenaire étroit » des États-Unis pour la promotion de la sécurité régionale et l'élargissement des opportunités économiques et de la prospérité des deux pays.

Il a aussi indiqué que ses entretiens avec le président Tebboune s'inscrivaient dans la continuité d'une discussion antérieure sur les priorités régionales communes et les relations bilatérales.

Retenez les mots qu'il a employés : « partenaire étroit », « sécurité régionale ». Ce n'est pas le vocabulaire qu'on utilise avec un pays qu'on ignore.

🔁 La séquence dans laquelle cette visite s'inscrit

Cette visite ne tombe pas du ciel. Elle s'inscrit dans une séquence diplomatique américaine continue sur le dossier du Sahara, après une série de contacts et de rencontres qui ont réuni les parties concernées à Madrid puis à Washington, avec le Maroc, l'Algérie, la Mauritanie et le Front polisario.

Ce détail compte, et il est rarement souligné : Washington parle à tout le monde. Pas seulement à ses alliés les plus proches — à tout le monde.

Et quand on parle à tout le monde, c'est qu'on prépare quelque chose. On ne consulte pas quatre parties pendant des mois pour constater qu'il n'y a rien à faire.

🗓️ Le calendrier qui compte vraiment

Le calendrier, le voici : le rapport du secrétaire général, puis les discussions du Conseil de sécurité en octobre.

Ce sont les deux étapes qui pèsent. Un rapport qui décrit la situation, et un Conseil qui décide de la prolonger, de la modifier ou d'en changer le cadre.

C'est pourquoi la visite de M. Boulos à Alger n'est pas un déplacement de courtoisie : elle se situe exactement à l'endroit où le dossier se joue.

🎯 Ce que cela signifie, et ce que cela ne signifie pas

Ce que cela signifie : l'Algérie est traitée comme une partie qu'on ne peut pas contourner. Ni sur le Sahara, ni sur le Sahel, ni sur l'énergie, ni sur la sécurité régionale. On peut ne pas être d'accord avec sa position — on ne peut pas faire sans elle.

Et le silence du communiqué est, à sa manière, un hommage. Quand un sujet est trop important pour être écrit, c'est qu'il est trop important pour être écrit.

Ce que cela ne signifie pas : que l'Algérie ait changé de position. Rien dans les éléments publics n'indique une inflexion — et nous n'en inventerons aucune.

⚖️ Ce que nous concédons, parce que c'est vrai

Nous ne savons pas ce qui s'est dit dans la salle. Le communiqué ne le rapporte pas, et nous n'avons aucune source interne à citer. Tout ce que nous affirmons sur le contenu des échanges serait une invention — nous ne le ferons pas.

Nous ne dirons pas non plus que Washington a « choisi » Alger. Les États-Unis parlent aussi au Maroc, à la Mauritanie et au Front polisario. Ce n'est pas un ralliement : c'est une consultation.

Et il faut le dire clairement : une visite ne vaut pas une décision. Ce qui compte, c'est ce qui sortira du Conseil de sécurité en octobre — et là, personne ne sait encore.

🎯 La conclusion, en trois phrases

Le conseiller de Donald Trump pour le Moyen-Orient et l'Afrique est venu à Alger, a rencontré le président Tebboune, et a qualifié l'Algérie de « partenaire étroit ».

Le communiqué ne mentionne le Sahara à aucun moment — quelques semaines avant le rapport de l'ONU et les débats du Conseil de sécurité en octobre.

Et la vraie leçon tient en une ligne : dans ce dossier, on peut ne pas être d'accord avec l'Algérie. On ne peut pas faire sans elle.

📌 Complément du 15 septembre 2026 — ce que nous avons vérifié depuis

Cette section a été ajoutée après la publication de l'article. Un journal qui apprend quelque chose doit le dire — et doit dire qu'il l'a appris après. Ce qui suit ne retire rien à ce qui précède : cela le complète, avec des sources datées.

📅 Ce que l'on sait de la visite — et que le communiqué ne dit pas

Le communiqué officiel ne nomme pas le Sahara. Mais d'autres sources, elles, nomment l'objet de la visite.

Premièrement, ce n'était pas une visite ordinaire : c'était la troisième. Deux sources se rejoignent sur le nombre et divergent sur le point de départ : Jeune Afrique parle de la troisième depuis avril 2025, L'Espoir Libéré de la troisième depuis juillet 2025. Nous rapportons l'écart plutôt que de le trancher. Trois déplacements Washington–Alger en cinq mois, cela reste trois.

Deuxièmement, M. Boulos n'a pas vu que le président. Il a été reçu par Abdelmadjid Tebboune, puis par le Premier ministre Sifi Ghrieb — et il a rencontré Nour Eddine Daoudi, le PDG de Sonatrach. L'Espoir Libéré relève le sens protocolaire de ce dernier rendez-vous : il place l'entreprise nationale pétrolière au même rang que les ministères régaliens.

Troisièmement, l'objectif est écrit noir sur blanc — et ce n'est pas nous qui l'écrivons. Jeune Afrique titre : « le Sahara en ligne de front, les hydrocarbures en arrière-plan », et précise : objectif, convaincre l'Algérie d'accepter le nouveau cadre onusien sur le Sahara occidental.

📜 Et ce que ce « nouveau cadre onusien » contient réellement

Puisque l'on parle d'un « cadre onusien », il faut le lire. C'est la résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025. Nous l'avons lue intégralement, et voici ce qu'elle dit :

  • le principe d'autodétermination y est affirmé deux fois — dans le préambule, et dans un paragraphe de décision ;
  • le plan d'autonomie marocain y est au conditionnel, deux fois : « pourrait être », « pourrait représenter » ;
  • le paragraphe 2 accueille « toute suggestion constructive que pourraient faire les parties » ;
  • et elle proroge la MINURSO jusqu'au 31 octobre 2026.

Et ce dernier point mérite qu'on s'y arrête, parce que c'est un sigle que tout le monde écrit sans l'épeler : MINURSO — Mission des Nations unies pour le Référendum au Sahara occidental. Le mot « référendum » n'est pas dans un considérant : il est dans le nom.

Ce référendum, lui, a une histoire que nous avons reconstituée : accepté par les deux parties en 1991, programmé pour janvier 1992, jamais organisé. Nous y consacrons un dossier entier, et nous y renvoyons le lecteur : « Le référendum du Sahara occidental était prévu pour janvier 1992 — et le mot est écrit dans le nom de la mission de l'ONU. »

⛽ Sur le pétrole : une précision qui compte

On lit un peu partout que Washington aurait offert l'ouverture du secteur pétrolier algérien en échange d'un geste sur le Sahara. Cette présentation ne tient pas, et il faut le dire clairement.

Les compagnies américaines ne sont pas à la porte : elles sont déjà là. ***L'Espoir Libéré* écrit ceci, et c'est un média algérien : « quand ExxonMobil et Chevron manifestent un intérêt pour l'exploration onshore et offshore, mais aussi pour les hydrocarbures non conventionnels et les renouvelables, ce sont bien ces géants américains qui viennent solliciter l'expertise et les ressources algériennes, et non l'Algérie qui demande leur présence.** »

Et le chargé d'affaires américain à Alger, Mark Shapiro, a décrit l'Algérie comme « le plus grand pays d'Afrique » et « acteur clé de la sécurité énergétique » pour l'Europe. Ce n'est pas le vocabulaire d'un pays à qui l'on fait une faveur.

Il n'y a donc pas de « contrepartie pétrolière » à décrire. Il y a deux dossiers distincts que la même visite a mis sur la même table — et un rapport de force qui ne va pas dans le sens qu'on lui prête.

🔁 Et le cadre plus large, que nous n'avions pas décrit

Cette visite ne tombe pas du ciel : elle s'inscrit dans une séquence diplomatique que nous n'avions pas détaillée.

En février 2026, les États-Unis et les Nations unies ont facilité à Madrid des discussions entre le Maroc, le Front Polisario, l'Algérie et la Mauritanie, sur la mise en œuvre de la résolution 2797. La rencontre s'est tenue à l'ambassade des États-Unis, dans la plus grande discrétion. Elle était menée par M. Boulos et l'ambassadeur américain auprès de l'ONU, Michael Waltz, en présence de l'envoyé personnel du Secrétaire général, Staffan de Mistura. C'est la mission américaine auprès des Nations unies qui l'a annoncée.

⚖️ Ce que nous ajoutons à nos concessions

Les faits de ce complément proviennent de la presse, pas de communiqués officiels. Jeune Afrique, L'Espoir Libéré, H24info citant la mission américaine à l'ONU. Nous n'avons reçu aucun document des parties.

Et deux de nos sources se contredisent sur un point précis — la date de la première des trois visites. Nous ne l'avons pas caché plus haut, nous ne le cachons pas ici.

**Enfin, l'article de Jeune Afrique est en partie réservé aux abonnés. Nous n'avons lu que la partie accessible, et nous ne citons donc que ce qu'elle contient. Le reste, nous ne le connaissons pas.**

🎯 Ce que ce complément change

L'angle de l'article ne change pas : le communiqué officiel ne nomme pas le Sahara, et ce silence reste l'information.

Mais l'article ne dit plus « nous ne savons pas ». Il dit : voici pourquoi il est venu, voici ce que contient le cadre qu'il est venu défendre, voici qui il a vu — et voici ce que le communiqué, lui, n'a pas écrit. Entre les deux, il y a la mesure exacte d'une discrétion.

Sources de ce complément : Jeune Afrique, 15 septembre 2026 : https://www.jeuneafrique.com/1843269/politique/massad-boulos-a-alger-le-sahara-en-ligne-de-front-les-hydrocarbures-en-arriere-plan/ — L'Espoir Libéré, 14 septembre 2026 : https://lespoirlibere.dz/2026/09/14/pour-lamerique-lalgerie-est-un-pivot-strategique-incontournable/ — H24info, 9 février 2026, citant la mission des États-Unis auprès de l'ONU : https://h24info.ma/maroc/sahara-marocain-washington-confirme-officiellement-des-discussions-entre-les-parties-a-madrid/ — Algerie360 : https://www.algerie360.com/lalgerie-partenaire-important-des-etats-unis-retour-sur-la-visite-de-boulos-a-alger/ — texte intégral de la résolution 2797 (2025) : https://docs.un.org/fr/S/RES/2797(2025)

🔗 Les sources, en accès direct — cliquez et vérifiez vous-même

  • La visite, les personnes reçues, le calendrier (rapport de l'ONU, Conseil de sécurité en octobre), l'absence de mention du Sahara et les propos de M. Boulos — Hespress, 15 septembre 2026 : https://www.hespress.com/%d9%88%d8%a7%d8%b4%d9%86%d8%b7%d9%86-%d8%aa%d8%aa%d8%ad%d8%b1%d9%83-%d9%81%d9%8a-%d8%a7%d9%84%d8%ac%d8%b2%d8%a7%d8%a6%d8%b1-%d9%82%d8%a8%d9%8a%d9%84-%d9%85%d9%86%d8%a7%d9%82%d8%b4%d8%a7%d8%aa-%d9%85-1807315.html
  • La visite, les entretiens avec le président Tebboune et les responsables algériens, et le calendrier des discussions du Conseil de sécurité — Al Yaoum 24, 15 septembre 2026 : https://alyaoum24.com/2044020.html

Ces deux liens ouvrent directement les articles cités, avec leurs dates. Ils suffisent à vérifier l'essentiel de ce dossier.

Note finale. Le communiqué officiel ne mentionne pas le Sahara : nous l'écrivons tel quel, sans en tirer plus qu'il ne dit. Nous ne rapportons aucun contenu d'entretien que les parties n'ont pas rendu public. Là où nous ne savons pas, nous écrivons que nous ne savons pas — c'est la seule position tenable sur un dossier de cette nature.