TSGP : le Niger donne une date, et le corridor saharien sort du papier

Fernanda Almeida — São Paulo, Brésil — 27 septembre 2026

Le tracé du gazoduc transsaharien, de Warri, au Nigeria, à Hassi R'Mel, en Algérie, puis vers l'Europe par le Medgaz et le Transmed. En bleu plein, le tracé déjà engagé — les travaux du tronçon algérien ont été lancés le 4 juin 2026 à Aoulef, dans la wilaya d'Adrar. En pointillé rouge, le tronçon nigérien de 841 kilomètres, dont les relevés topographiques sont annoncés pour début octobre. En encadré, les deux repères du dossier : Aoulef (travaux lancés) et le tronçon nigérien (relevés à venir).
Le tracé du gazoduc transsaharien, de Warri, au Nigeria, à Hassi R'Mel, en Algérie, puis vers l'Europe par le Medgaz et le Transmed. En bleu plein, le tracé déjà engagé — les travaux du tronçon algérien ont été lancés le 4 juin 2026 à Aoulef, dans la wilaya d'Adrar. En pointillé rouge, le tronçon nigérien de 841 kilomètres, dont les relevés topographiques sont annoncés pour début octobre. En encadré, les deux repères du dossier : Aoulef (travaux lancés) et le tronçon nigérien (relevés à venir).

Le gazoduc transsaharien a longtemps été une ligne sur une carte et une phrase dans un communiqué. Il a désormais un calendrier, un tracé arpenté, un premier puits foré, et une première cargaison vendue.

Le ministre nigérien du Pétrole, Hamadou Tini, vient d'annoncer que les relevés topographiques du tracé du gazoduc sur le sol nigérien commenceront début octobre. Ces relevés précèdent la construction du tronçon — qui, elle, n'a pas encore démarré.

C'est une étape modeste, et il faut le dire. Mais dans un projet de cette taille, une étape modeste annoncée par un ministre vaut mieux qu'un discours.

Le projet, en quatre chiffres

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Le gazoduc transsaharien (TSGP) — les chiffres du projet

Longueur totale, de Warri (Nigeria) à Hassi R'Mel (Algérie) | 4 128 | km

!Tronçon nigérien, dont les relevés commencent début octobre | 841 | km

Capacité visée | 30 | milliards de m³/an

Coût estimé de l'ouvrage | 13 | milliards de $

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Quatre mille cent vingt-huit kilomètres. Trente milliards de mètres cubes par an. Treize milliards de dollars.

Pour mesurer ce que représente ce projet, il faut le comparer à ce qu'il remplace : un gaz qui, aujourd'hui, ne circule pas. Le Nigeria brûle ou réinjecte une part de son gaz faute de débouché. L'Europe cherche des fournisseurs hors de Russie. Et entre les deux, il y a le Sahel — que tout le monde traverse en avion.

Le TSGP propose de relier les deux par le sol.

Où en est réellement le chantier — et l'écart est net

Il faut ici être précis, parce que c'est là que se joue la vérité du dossier.

Le tronçon algérien, lui, est engagé. Les travaux ont été lancés le 4 juin à Aoulef, dans la wilaya d'Adrar, en direction de Hassi R'Mel.

Le tronçon nigérien, lui, attend encore son premier coup de pioche.

Et une date avait déjà été annoncée. Le 16 février, Abdelmadjid Tebboune avait annoncé le lancement du projet aux côtés du général Abdourahamane Tiani, juste après le ramadan.

Ce qui s'est passé depuis mérite d'être dit sans détour : la session du comité de pilotage, tenue le 3 juin à Alger, a validé l'étude de faisabilité actualisée du cabinet britannique Penspen. Elle n'a fixé aucun calendrier définitif et n'a annoncé aucune décision finale d'investissement.

Autrement dit : le projet a une étude validée, un tracé arrêté, et pas encore d'argent.

Le point qui reste ouvert : le financement

Le financement du tronçon nigérien n'est toujours pas connu. C'est le fait le plus important de ce dossier, et il faut le regarder en face.

Treize milliards de dollars pour l'ouvrage complet. Un pays qui sort de plusieurs années de sanctions, dont le budget a été sous contrainte, ne finance pas seul 841 kilomètres de gazoduc.

La question n'est donc pas de savoir si le TSGP est un beau projet — il l'est. La question est de savoir qui paiera le tronçon nigérien, et sous quelles conditions.

Et cette question n'a, à ce jour, pas de réponse publique.

Ce qui avance quand même — et ce n'est pas rien

Il serait faux de réduire ce dossier à une incertitude financière. Parce que pendant que le gazoduc attend, autre chose a déjà commencé.

Le 13 août, les Premiers ministres Sifi Ghrieb et Ali Mahaman Lamine Zeine ont donné le coup d'envoi du forage du puits d'exploration Kafra. Le forage est confié à l'ENAFOR, filiale de Sonatrach, avec une profondeur visée de 3 900 mètres. Le bloc de Kafra s'étend sur 23 737 kilomètres carrés, entre les départements d'Iferouane et de Bilma.

En août, Sonatrach et la Sonidep — la société pétrolière nationale nigérienne — ont commercialisé ensemble une première cargaison de brut nigérien, chargée depuis un terminal au Bénin.

Une première cargaison vendue à deux, c'est peu. Mais c'est un fait, et un fait daté vaut mieux qu'une intention.

Et il y a les réserves. Le ministre nigérien évalue à quelque 255 millions de barils les réserves prouvées et probables identifiées depuis 2018 dans le pays, et situe à 2,5 milliards de barils au plus les ressources prospectives de la partie nord du bloc. Il reste prudent, et il a raison de l'être : une découverte géologique, a-t-il prévenu, ne fait pas encore un projet de production.

Cette prudence est à porter à son crédit.

Ce que le Niger demande, et ce que l'Algérie y gagne

Derrière le gazoduc, il y a une demande précise, et elle est plus large qu'un tuyau.

Hamadou Tini plaide pour un partenariat de long terme couvrant toute la chaîne pétrolière nigérienne — de l'exploration à la commercialisation, jusqu'à la maintenance de la raffinerie de Zinder et la vente du brut. Nommé le 6 janvier en remplacement de Sahabi Oumarou, cet expert-comptable passé par le cabinet Mazars à Dakar veut lier Sonatrach au secteur pétrolier de son pays sur la durée.

Le cadre existe déjà. En mars, Mohamed Arkab et Hamadou Tini ont signé un mémorandum d'entente à Niamey, lors de la deuxième session de la Grande commission mixte. Le texte prévoit des programmes de formation, des échanges d'experts et un transfert de technologie. Alger propose d'accueillir les cadres nigériens à l'Institut algérien du pétrole et dans les écoles de Sonatrach.

Et le ministre insiste sur un point qui n'est pas un détail : la coopération doit former des ingénieurs nigériens appelés à prendre en charge des responsabilités techniques.

C'est là que se joue la différence entre une relation et une dépendance.

Ce que ce dossier dit, au-delà du gaz

Trois choses, et elles dépassent le cadre énergétique.

Premièrement, le corridor saharien existe désormais physiquement. Il ne s'agit plus d'un axe théorique : il y a un tronçon algérien en travaux, un tracé nigérien arpenté à partir d'octobre, un bloc pétrolier en forage, et une cargaison déjà vendue. Chacun de ces éléments est modeste. Mis bout à bout, ils forment une réalité.

Deuxièmement, le projet avance par le bas, pas par le haut. Aucune décision finale d'investissement n'a été annoncée, et pourtant le puits se fore, le brut se vend et les relevés se préparent. C'est ainsi que se construisent les infrastructures quand les financements sont difficiles : on commence par ce qui ne dépend pas d'un prêt.

Troisièmement — et c'est peut-être l'essentiel — le Niger ne demande pas seulement un tuyau. Il demande une filière, une formation, des compétences. Un pays qui veut des ingénieurs plutôt que des livraisons cherche autre chose qu'une aide.

Le TSGP n'est pas encore un gazoduc. C'est un chantier qui a cessé d'être un discours.

Et dans cette région, c'est déjà beaucoup.

Sources : Maghreb Émergent, 26 septembre 2026 — « Gazoduc transsaharien : le Niger donne une date pour son tronçon » (dépêche transmise par le rédacteur en chef) · déclarations du ministre nigérien du Pétrole, Hamadou Tini, rapportées par cette dépêche et par la télévision publique algérienne · ministère algérien des Hydrocarbures — comité de pilotage du 3 juin à Alger, lancement des travaux du tronçon algérien le 4 juin à Aoulef · Sonatrach / Sonidep — première cargaison conjointe de brut nigérien chargée depuis un terminal au Bénin, août 2026 · ENAFOR (filiale de Sonatrach) — lancement du forage du puits d'exploration Kafra le 13 août 2026, profondeur visée 3 900 mètres · étude de faisabilité actualisée du cabinet britannique Penspen, validée le 3 juin 2026.