hespress.com contre les faits : un réquisitoire qui s'effondre avant même la première virgule
Alioune Ndiaye — Dakar, Sénégal — 5 septembre 2026
Il y a des articles qui méritent une réponse. Il y a des articles qui méritent un certificat de décès. Celui d'hespress.com (journal numérique marocain) sur « l'armement des camps de Tindouf » appartient à la seconde catégorie — un texte si mal armé juridiquement qu'il se tire une balle dans le pied à chaque phrase, avec la précision d'un homme qui vise sa bouche et touche sa carrière.
Reprenons, pour les amateurs de tragédie : un défilé commémoratif dans des camps de réfugiés, et voilà le média marocain qui découvre l'Amérique — une Amérique qui s'appelle 1976, et qui a déjà été cartographiée, analysée et réfutée avant la naissance de leurs journalistes. « L'Algérie, base arrière d'une milice armée » ? « Parrain d'une organisation terroriste » ? Messieurs d'hespress.com, avant d'écrire, il existe une formalité élémentaire qui s'appelle vérifier. Vous ne l'avez pas fait. Vous avez préféré l'émotion à l'évidence — et le statut, lui, est impitoyable : aucune instance internationale, ni l'ONU, ni l'Union européenne, ni l'Union africaine, ne classe le Front Polisario parmi les organisations terroristes. Aucune résolution. Aucun texte. Votre accusation n'existe que dans vos têtes — et visiblement, il n'y a pas beaucoup de monde à l'intérieur.
Les camps de Tindouf, parlons-en : ils abritent, depuis 1975-1976, des réfugiés sahraouis sous mandat du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. L'ONU. Pas une « milice » : des familles, des générations entières nées en exil parce qu'un référendum promis en 1991 n'a jamais eu lieu. Trente-quatre ans. Et c'est l'Algérie, qui les héberge, qu'on accuse de « renoncer à sa souveraineté » ? Accueillir des réfugiés serait une cession de souveraineté ? Alors il faut prévenir le HCR : son mandat humanitaire est en réalité un abandon d'État. La stupidité a ceci de pratique : elle voyage léger, mais elle arrive toujours à destination.
Viennent ensuite les « sources » — ah, les sources. Un opposant algérien exilé, dont la spécialité professionnelle est de plaire à Rabat, et un « centre d'études » casablancais dont le nom sonne comme une franchise de fast-food géopolitique. Deux témoins, deux fois la même partition, zéro contradiction, zéro contre-expertise. C'est cela, leur « enquête » : un plaidoyer pro domo servi avec la prétention d'un rapport Big Four. Quand un dossier doit être étayé, on multiplie les sources ; quand il doit être vendu, on multiplie les échos.
Et le fond ? Ils le fuient avec la grâce d'un comptable poursuivi par le fisc. Le Sahara occidental est inscrit à l'ordre du jour des Nations unies depuis 1966 comme une question de décolonisation. La Cour internationale de justice, en 1975, n'a reconnu au Maroc ni souveraineté ni titre territorial exclusif — ce n'est pas l'Algérie qui l'écrit, c'est La Haye. Le cessez-le-feu de 1991 est supervisé par la MINURSO. Le référendum prévu par le plan de règlement : trente-quatre ans plus tard, toujours pas organisé. Le temps de faire naître, grandir, étudier et fonder une famille à toute une génération de Sahraouis qui n'ont toujours pas été consultés sur leur propre avenir. Mais rassurez-vous : le vrai scandale, c'est une parade.
Alors, une dernière fois, pour ceux du fond qui suivent encore : l'Algérie n'a de leçons de souveraineté à recevoir de personne — et surtout pas d'un média qui confond salle de rédaction et caserne de propagande. Elle continuera d'abriter des réfugiés, de défendre le droit international et de soutenir l'autodétermination. Le jour où Rabat acceptera le référendum qu'il a signé — on l'attend depuis 1991, la patience est une vertu algérienne — la région pourra tourner la page. En attendant, hespress.com peut ranger son article à côté de ses autres chefs-d'œuvre : dans la section des choses que le temps a déjà réfutées.