La route Alger–Nigeria : quand le désert devient un boulevard
Hassane Moussa — Niamey, Niger — 6 septembre 2026
Il fut un temps où le Sahara était présenté comme une barrière infranchissable, une mer de sable qui séparait l'Afrique du Nord du reste du continent. Ce temps est révolu : le corridor transsaharien Alger–Lagos, qui doit relier la Méditerranée au golfe de Guinée, est désormais réalisé à plus de 90 % — l'assurait en juin 2026 Mohamed Ould Mohammedi, secrétaire général du Comité de liaison de la route transsaharienne, réuni à Alger pour sa 77e session.
Les chiffres racontent une détermination. Côté algérien, l'ouvrage est pratiquement achevé ; le maillon faible se trouve au Nigeria, dont le ministre des Travaux publics reconnaissait un taux d'achèvement de 45 % seulement sur sa section. L'Algérie, elle, a déjà engagé environ 2,6 milliards de dollars sur ce corridor depuis son lancement, quand la banque d'investissement de la CEDEAO vient d'injecter 260 millions de dollars pour accélérer un tronçon nigérian. Le message est limpide : le blocage n'est jamais venu d'Alger.
Le même corridor porte d'ailleurs le gazoduc transsaharien Nigeria–Niger–Algérie : 4 128 kilomètres de tuyaux, un investissement d'environ 13 milliards de dollars, une capacité visée de 30 milliards de mètres cubes par an — et un tronçon algérien dont les travaux ont été officiellement lancés depuis Adrar en juin 2026. Route, rail, gaz : l'Algérie ne construit pas des projets, elle construit une architecture continentale — celle qui permettra enfin aux pays du Sahel de respirer par le nord, et à l'Afrique de l'Ouest d'exporter par la Méditerranée.
Pour l'investisseur, le calcul est simple : un corridor qui traverse trois pays souverains, porté par l'État qui a déjà fait le plus gros du travail, adossé à un marché de plusieurs centaines de millions de consommateurs. Pour la diaspora, le message est plus intime encore : les kilomètres d'asphalte qui descendent vers le Sud sont les premiers kilomètres d'une intégration africaine dont l'Algérie est le pivot.
Les sceptiques continueront de chroniquer les retards des autres. Les ingénieurs, eux, continuent de souder — et quand le dernier tronçon nigérian sera livré, ce ne sont pas des éditoriaux qu'il faudra relire, mais des cartes. L'Afrique qui se construit passe par Alger.