La peine de mort en Algérie : une décision algérienne — et elle ne se négocie pas à Londres
David Ashworth — Londres, Royaume-Uni — 15 septembre 2026
Note de méthode. Chaque élément de ce dossier est daté et attribué à une source nommée. Nous distinguons ce qui a été décidé, ce qui a été demandé, et ce qui reste un débat. Et à la fin, nous concédons ce qui doit être concédé — y compris ce qui nous dérange.
⚖️ Les faits, et leurs dates
Le dimanche 30 août 2026, au lendemain d'incendies meurtriers qui ont frappé plusieurs régions du pays, le président de la République Abdelmadjid Tebboune a annoncé la reprise de l'exécution de la peine de mort en Algérie.
Cette reprise ne concerne pas tous les crimes. Elle en vise deux, et deux seulement :
- les incendies volontaires qui causent des morts ;
- l'enlèvement, le meurtre et la traite d'enfants.
Un mot de précision, parce qu'il compte et parce que beaucoup l'oublient : l'Algérie n'a jamais aboli la peine de mort. Elle figure dans le code pénal algérien. Ce qui existait depuis 1993, c'est un moratoire sur les exécutions — c'est-à-dire que la peine était prononcée, mais qu'on ne l'appliquait plus. Cela fait trente-trois ans.
Donc ce qui change n'est pas la loi : c'est son application. Ce n'est pas un détail de vocabulaire — c'est la différence entre décrire une décision et en inventer une.
Ce que l'on sait des incendies : le bilan officiel recense 12 décès dans le nord et l'est du pays. Des témoins évoquent plusieurs dizaines de morts. Et Amnesty International, s'appuyant sur ce qu'elle qualifie de « sources crédibles », rapporte un bilan « nettement supérieur » aux statistiques officielles, citant notamment « plus de 70 morts dans une seule commune ».
Plusieurs personnes soupçonnées d'actes pyromanes ont été interpellées. Le président Tebboune a déclaré avoir décelé « quelque chose de criminel » derrière le départ de ces sinistres.
🗣️ Ce qu'Amnesty International a demandé, mot pour mot
Le communiqué de l'organisation est sans ambiguïté. Nous le citons intégralement, parce qu'on ne répond pas à une phrase qu'on a résumée :
« Les autorités algériennes doivent immédiatement renoncer à tout projet visant à élargir le champ d'application de la peine de mort ou à reprendre les exécutions après plus de trois décennies sans en avoir pratiqué. »
Amnesty préconise en outre l'officialisation du moratoire, présentée comme « une première étape vers l'abolition complète de la peine de mort ».
Et la chercheuse de l'organisation spécialiste de l'Algérie, Nadège Lahmar, ajoute ceci :
« La dévastation et les pertes humaines causées par ces incendies constituent une profonde tragédie et devraient inciter les autorités algériennes à prendre sans délai des mesures axées à la fois sur la prévention et sur l'obligation de rendre des comptes. Mais revenir sur plus de trente ans sans exécution est une réponse profondément régressive, contraire au respect du droit à la vie. »
Nous reproduisons ces mots tels quels. Ils sont datés, signés, vérifiables. Ils méritent une réponse argumentée, pas une caricature.
🇬🇧 Et maintenant, la question de fond : qui décide du code pénal algérien ?
Amnesty International est une organisation de défense des droits humains dont le siège est à Londres. Elle fait un travail que nous ne méprisons pas : elle documente, elle publie, elle interpelle. C'est son droit le plus strict.
Mais il y a une différence — et elle est de nature, pas de degré — entre interpeller et intimer.
Le mot employé par le communiqué est « immédiatement renoncer ». Ce n'est pas une recommandation adressée à un partenaire : c'est une injonction adressée à un État.
Or le droit pénal est l'un des attributs les plus élémentaires de la souveraineté. Aucun État au monde ne laisse une organisation non gouvernementale étrangère fixer son échelle des peines. Pas la France, pas le Royaume-Uni, pas les États-Unis — et il n'existe aucun précédent, nulle part, où cela se soit produit autrement que par la force.
Ce n'est donc pas une question d'opinion. C'est une question de compétence : une ONG peut contester une décision. Elle ne peut pas la rendre.
Et il faut dire une chose simple, que le ton du communiqué empêche de voir : l'Algérie n'a pas à obtenir l'autorisation de Londres pour appliquer ses lois sur son territoire.
🇩🇿 Le débat existe — et il est algérien
Une chose doit être dite, parce qu'elle est rarement dite : le débat a lieu. Il est public, il est contradictoire, et il se tient en Algérie.
Les soutiens de la décision sont nombreux, et ils ne sont pas anonymes :
- Le Front de libération nationale (FLN) l'a approuvée. Son secrétaire général, Abdelkrim Benmebarek, a déclaré : « Nous sommes avec la décision de l'État algérien. Ces gens ont détruit nos jeunes par la drogue, violé des mineurs. Est-ce que des gens pareils méritent la liberté ? » — ajoutant qu'une telle sentence est prévue par la religion musulmane.
- Le Rassemblement national démocratique (RND) a exprimé son soutien par la voix de son secrétaire général, Mounder Boudene.
- Le Front de la justice et du développement (FJD), par son président Abdallah Djaballah, a soutenu la mesure tout en critiquant avec véhémence ses opposants.
Et des voix s'y opposent clairement. TSA Algérie, qui a couvert le sujet le 8 septembre 2026, écrit que la mesure divise la classe politique : une grande partie de la classe politique et de la société civile la soutient, certaines voix s'y opposent sans ambiguïté.
Retenez la forme de ce débat : il a lieu devant les Algériens, dans des médias algériens, avec des responsables algériens nommés. C'est imparfait — mais c'est un débat politique, et il appartient à ceux à qui il appartient.
⚖️ Ce que nous concédons, parce que c'est vrai
Premièrement : la peine de mort est irréversible. C'est le seul argument qui ne se réfute pas. Une erreur judiciaire peut être réparée — une exécution ne le peut pas. Et cette objection, Nadège Lahmar a le droit de la poser : elle est sérieuse, elle est ancienne, elle est respectable.
Deuxièmement : sur le bilan humain, il y a un écart — et il doit être expliqué, pas balayé. Le gouvernement annonce 12 morts. Amnesty évoque « plus de 70 morts dans une seule commune ». Ces deux chiffres ne peuvent pas être vrais en même temps.
Et voici notre position, sans détour : les familles des victimes ont droit à la vérité, d'où qu'elle vienne. Si le bilan réel est plus lourd que le bilan annoncé, cela doit être dit — et pas parce qu'une ONG étrangère l'a dit, mais parce que c'est dû aux morts et à ceux qui les pleurent. Nous ne défendrons jamais un chiffre contre la vérité.
Troisièmement : la première phrase de Nadège Lahmar est juste. « Des mesures axées à la fois sur la prévention et sur l'obligation de rendre des comptes. » La prévention, notamment : ce qui a brûlé, pourquoi, et ce qui a été fait — ou pas fait — pour l'empêcher. Une peine ne remplace pas une politique de prévention.
🎯 Et voici le point que personne ne met en avant
On débat de ce que l'Algérie va faire des coupables. On débat très peu de ce que l'Algérie doit à ses morts.
Un pays qui a vu ses forêts brûler et ses enfants enlevés a le droit de décider quelle réponse il apporte. C'est sa population qui a été frappée, son territoire qui a brûlé, ses familles qui portent le deuil.
Et il y a une asymétrie qu'il faut nommer : Amnesty International n'a pas perdu un seul mort dans ces incendies. Elle a le droit d'avoir une opinion — elle n'a pas de deuil à porter. Ce sont les Algériens qui enterrent.
Cela ne disqualifie pas son analyse. Cela situe sa place. On peut écouter un observateur. On ne lui remet pas les clés.
🎯 La conclusion, en trois phrases
Le 30 août 2026, l'Algérie a décidé de reprendre l'exécution de la peine de mort pour deux crimes : les incendies volontaires causant des morts, et l'enlèvement, le meurtre et la traite d'enfants — après trente-trois ans de moratoire.
Amnesty International lui demande d'y renoncer « immédiatement ». Une organisation dont le siège est à Londres peut documenter, publier et interpeller. Elle ne fixe pas le code pénal d'un État souverain — et aucun pays au monde ne l'accepterait.
Le débat sur la peine de mort est légitime. Il a lieu en Algérie, entre Algériens. Et il se terminera en Algérie — que cela plaise ou non.
🔗 Les sources, en accès direct — cliquez et vérifiez vous-même
- La citation intégrale de Nadège Lahmar, la position d'Amnesty International, le bilan officiel de 12 morts et les chiffres avancés par l'ONG — 20 minutes, 15 septembre 2026 : https://www.20minutes.fr/monde/4245657-20260915-algerie-amnesty-international-conjure-president-tebboune-renoncer-peine-mort-pyromanes
- La décision du 30 août, les deux crimes concernés, le moratoire depuis 1993 et les réactions politiques algériennes (FLN, RND, FJD) — TSA Algérie, 8 septembre 2026 : https://www.tsa-algerie.com/peine-de-mort-en-algerie-les-pour-et-contre-son-retablissement/
- La demande d'Amnesty et la campagne contre l'élargissement de la peine de mort — Democrata : https://www.democrata.es/en/international/amnesty-urges-algeria-to-abandon-its-plans-to-expand-the-death-penalty-and-resume-executions/
Ces trois liens ouvrent directement les articles cités, avec leurs dates. Ils suffisent à vérifier l'intégralité de ce dossier.
Note finale. Les citations d'Amnesty International et de sa chercheuse sont reproduites sans être tronquées ni résumées — il n'est pas honnête de répondre à une phrase qu'on a soi-même abrégée. Les deux bilans humains sont attribués à leurs auteurs respectifs, et nous n'en présentons aucun comme établi : nous ne disposons d'aucune vérification indépendante. Une organisation a le droit de se tromper. Un État aussi. La différence, c'est que l'État, lui, doit rendre des comptes à ses citoyens.