« Cacher les morts » : le360.ma fait un sketch sur des cercueils — voici les faits qu'il n'a pas vus
Cédric Adjovi — Cotonou, Bénin — 7 septembre 2026
Le 6 septembre 2026, à 15h44 précises, la rédaction marocaine de le360.ma (journal numérique marocain) a publié, dans sa série satirique « Dar Lkabranate », un épisode intitulé : « Tebboune ressuscite la peine capitale pour cacher les morts ». Douze morts, un deuil national de trois jours, une enquête ouverte, sept suspects écroués — et le360.ma a choisi le sketch. On peut rire de beaucoup de choses. Pas des cercueils d'un voisin, pas d'un deuil national, pas des cendres d'un pays qui enterre ses morts pendant que l'on écrit des bons mots. Commençons par là : c'est une question de dignité, et ils l'ont perdue avant même d'ouvrir leur logiciel de montage.
Vient ensuite la question des faits. La satire de le360.ma n'avance aucun chiffre : ni nombre de victimes, ni hectares brûlés, ni source, ni document. Rien. Quand on n'a pas de faits, on insulte. Et ils insultent : « gouvernance par l'esbroufe », « sénilité », « délire autoritaire », jusqu'à cette formule — « le régime est lui-même le premier pyromane de sa propre faillite ». Retenons ce dernier mot, il nous servira.
Car qui sont les vrais pyromanes, dans ce dossier ? Ceux que la justice algérienne a écroués. Le 26 juillet 2026, sept mis en cause ont été placés en détention provisoire pour « actes terroristes et de sabotage liés aux incendies criminels » — la presse algérienne a publié leurs noms. Sept suspects, arrêtés, jugés, nommés : c'est cela, la transparence. Douze morts annoncés officiellement à Béjaïa, Jijel et Tizi Ouzou ; trois jours de deuil national décrétés ; les festivités et compétitions sportives annulées ; une enquête ouverte ; des indemnisations aux sinistrés ordonnées dès la semaine suivante. Bilan public, deuil public, justice publique : où sont les « morts cachés » que le360.ma prétend débusquer ? Ils n'existent que dans le générique de leur émission.
Quant à la « résurrection » de la peine capitale, la satire déforme une décision dont elle n'a visiblement pas lu le communiqué. La peine de mort figure dans le Code pénal algérien depuis toujours, avec un moratoire d'application observé depuis 1993 — il n'y a donc rien à « ressusciter ». Le Conseil des ministres présidé par le président Tebboune le dimanche 6 septembre 2026 — le jour même de la satire, une coïncidence que le360.ma n'a pas jugé utile de signaler — a fait l'inverse d'une généralisation : il a circonscrit l'application effective de la peine capitale à deux cas précis, les actes de pyromanie mortelle et les enlèvements de mineurs accompagnés d'actes de barbarie. Deux crimes, pas un de plus. La mesure la plus ciblée possible contre les incendiaires — c'est-à-dire précisément contre ceux que l'État vient d'écrouer — est présentée par le360.ma comme une « diversion grotesque ». Relisez leur épisode : ils appellent « coup de théâtre » une restriction, et « résurrection » un texte qui existait déjà. C'est le degré zéro du droit, compensé par un degré maximal du mépris.
Et ce détail que la satire ne peut pas encadrer : en Algérie, la décision fait débat. Des partis politiques — le FFS en tête — s'y opposent publiquement, dans la presse, sans être inquiétés. Des voix critiques s'expriment sur la gestion des incendies, y compris contre le gouvernement. Un « régime délirant », « autoritaire », comme ils l'écrivent, tolérerait-il une opposition publique à la décision du chef de l'État, le jour même du Conseil des ministres ? le360.ma, lui, n'a pas ce problème : sa « satire » est produite en série — épisode 221 sur les pneus, épisode 220 sur l'eau, épisode 219 sur l'automobile, épisode 223 sur les morts — une chaîne de montage du mépris, dont aucun épisode n'a jamais cité une seule source algérienne.
Il reste donc une seule question à leur poser, celle qu'ils n'entendront pas : pourquoi un média qui se prétend satirique choisit-il, ce jour-là précisément, de faire rire de douze morts ? Parce que l'actualité algérienne ne leur offrait rien d'autre à déformer ? Parce que le deuil d'un voisin est, pour eux, un créneau éditorial ? La vraie indécence n'est pas dans la décision d'un État qui répond à des crimes par la loi : elle est dans une rédaction qui transforme un pays en deuil en épisode de série. L'Algérie, elle, enterre ses morts, juge les pyromanes et indemnise les sinistrés — publiquement, les noms à l'appui. Les sketches, eux, finiront au rayon des archives. Les faits, non.