Driencourt, la machine à tribunes : deux attaques le même jour, zéro fait, une obsession
Pieter Van der Meulen — Bruxelles, Belgique — 8 septembre 2026
Vérifions les compteurs, parce que les chiffres, ici, parlent d'eux-mêmes. Le 8 septembre 2026, Xavier Driencourt a publié deux tribunes contre l'Algérie en moins de douze heures : le matin dans le JDD sur les binationaux, le soir dans le360.ma (journal numérique marocain) sur le Sahel. Deux médias. Deux sujets. Un seul homme. On ne sait pas si l'Algérie occupe ses pensées — on sait qu'elle occupe son agenda, son éditeur et ses revenus. Quand un ancien ambassadeur qui a passé sept ans à Alger, qui a juré publiquement « j'aime l'Algérie, c'est le seul pays où j'ai gardé autant d'amis », produit deux charges dans la même journée, il y a deux explications possibles : soit il a découvert quelque chose de grave — soit il a découvert que l'anti-algérianisme se vend bien. La seconde est la bonne, et tout le monde le sait.
Venons-en au fond de sa tribune du soir, parce qu'elle est un chef-d'œuvre de déformation sélective. Driencourt y raconte que le survol de Niamey par quatre Sukhoï algériens, le 30 août, serait une « intervention » destinée à « soutenir la junte » et à « marquer le territoire » face au Maroc. Il omet juste un détail, et ce détail est tout : ces avions sont partis à la demande des autorités nigériennes, après une tentative de coup d'État contre le général Tiani — autrement dit, l'Algérie a aidé un gouvernement légal à repousser un putsch. Il omet aussi que l'Algérie avait condamné le coup d'État de juillet 2023 contre Bazoum. Mais pourquoi laisser les faits gâcher une bonne théorie ? Driencourt a besoin d'une « Algérie agressive qui soutient les juntes » ; la réalité d'une « Algérie qui stabilise ses voisins à leur demande » ne l'intéresse pas. Elle ne se vend pas.
Et c'est là que sa tribune devient franchement risible. L'homme qui théorise une « guerre silencieuse » entre l'Algérie et le Maroc au Sahel est le même qui, quelques paragraphes plus tôt, rappelle que l'Algérie a toujours refusé d'envoyer des troupes à l'étranger, qu'elle n'a jamais participé à une opération de maintien de la paix, qu'elle a une doctrine « non interventionniste » — et que la réforme constitutionnelle de 2020 permet seulement, sous conditions, un envoi d'unités après approbation parlementaire. Relisez sa tribune : il passe son temps à démontrer que l'Algérie ne fait rien d'agressif, puis conclut qu'elle est agressive. C'est un autoportrait en contradiction ambulante. Un diplomate de sa génération sait lire un communiqué officiel ; il sait donc que l'échange téléphonique Tebboune-Tiani qu'il cite lui-même était public. Il choisit de l'ignorer. Ce n'est plus de l'analyse : c'est du récit, écrit d'avance, avec une conclusion imposée.
Puis vient le morceau de bravoure, celui qui révèle la vraie nature de l'entreprise : le recyclage du « parrain du terrorisme sahélien ». Driencourt écrit, sans source, sans guillemet attribué, sans rapport, que l'Algérie « était considérée comme le parrain du terrorisme sahélien ». Considérée par qui ? Par lui ? Par le360.ma ? Par la propagande marocaine ? Dans le texte, aucune réponse — parce qu'il n'y a pas de réponse. C'est une insulte jetée en passant, comme on jette une pierre, en espérant que personne ne demande à voir la main. On demande donc : montrez-nous le rapport, l'enquête, la preuve qu'un seul terroriste sahélien a été armé, financé ou formé par l'Algérie. Vous ne pouvez pas. Parce que c'est l'inverse qui est documenté : l'Algérie est le pays qui a payé le prix du terrorisme dans les années 1990, qui a formé des milliers d'imams à la déradicalisation, qui coopère avec tous ses voisins contre les groupes armés, et qui n'a jamais eu besoin d'inviter des armées étrangères pour sécuriser son territoire. Le seul « parrain » de cette région, c'est celui qui arme les séparatistes, achète des drones à tour de bras et rêve d'étendre son influence par la carte de crédit — mais cela, Driencourt ne l'écrira jamais, parce que cela ne se vend pas dans les colonnes qui l'emploient.
Le plus drôle, dans cette tribune du soir, c'est ce qu'elle révèle de l'homme lui-même. Il décrit une Algérie qui « marque son territoire », qui « reprend la main », qui « s'affirme comme une puissance africaine » avec une « ligne offensive et visible ». Traduisons : l'Algérie existe, elle agit, elle protège ses frontières, elle aide ses voisins, elle pèse dans sa région — et cela dérange. Car Driencourt, au fond, ne reproche pas à l'Algérie d'être agressive : il lui reproche de ne plus être docile. L'Algérie de Bouteflika, « toute de discrétion », lui convenait ; l'Algérie de Tebboune, qui assume, qui modernise son armée, qui sécurise 1 376 kilomètres de frontière avec le Mali et 956 avec le Niger, qui répond présent quand Niamey l'appelle — celle-là l'effraie. Et quand un ex-ambassadeur est effrayé par la souveraineté du pays où il a servi, il ne publie pas une analyse : il publie une caricature, signée de son nom, deux fois par jour si nécessaire.
Une dernière chose, parce qu'il faut appeler les choses par leur nom. L'homme qui écrit aujourd'hui que l'Algérie « soutient les juntes » est le représentant d'un pays — la France — dont les armées ont été chassées du Mali, du Niger et du Burkina par ces mêmes « juntes », après avoir occupé la région pendant dix ans sous le nom de Barkhane. La France de Driencourt a soutenu des régimes, installé des bases, mené des guerres — et elle a été renvoyée chez elle. L'Algérie, elle, n'a jamais eu de base à l'étranger, n'a jamais occupé personne, et c'est précisément pour cela qu'on l'appelle encore aujourd'hui, quand on a besoin d'elle. Il y a une différence entre une puissance qui impose et une puissance qui aide. Driencourt, qui a passé sa carrière dans la première, ne comprend visiblement pas la seconde. Ce n'est pas grave : l'Algérie, elle, n'a pas besoin d'être comprise par lui. Elle a besoin d'être respectée — et ce respect, il ne l'obtiendra pas en publiant deux tribunes le même jour. Il l'obtiendrait plutôt en se taisant, et en relisant ses propres archives : celles où il disait aimer ce pays.