Le Maroc refuse qu'on parle du Sahara à l'ONU — et en parle dans la même intervention
Rachid M. — Dakhla, Sahara occidental — 8 octobre 2026
À la 153ᵉ Assemblée de l'Union interparlementaire, réunie à Arusha, en Tanzanie, le conseiller parlementaire Mohamed Salem Ben Messoud, membre de la délégation marocaine, a demandé que la question du Sahara occidental soit écartée des travaux. Son argument tenait en une phrase : ce différend relève de la compétence exclusive des Nations unies, et une tribune parlementaire n'a pas à s'en saisir.
L'argument se défend, en principe. Une assemblée parlementaire internationale n'est pas le Conseil de sécurité, et l'on peut légitimement soutenir qu'un dossier de cette nature n'a pas sa place dans l'ordre du jour d'Arusha.
Le problème n'est pas l'argument. Le problème est ce qui vient immédiatement après.
Dans la même intervention, le même représentant a soulevé la situation des personnes retenues dans les camps de Tindouf, sur le territoire algérien, en demandant pourquoi leur sort serait ignoré, en évoquant des restrictions de libertés et des violations graves des droits de l'homme, et en reprochant à l'Algérie de refuser de les recenser.
Autrement dit : la question du Sahara occidental ne doit pas être évoquée devant une assemblée parlementaire — sauf lorsqu'elle est évoquée par la délégation marocaine, sur le territoire algérien.
On ne peut pas tenir les deux positions dans le même discours. Soit le sujet appartient aux Nations unies et l'on s'y tient jusqu'au bout de sa phrase ; soit il appartient à toutes les tribunes, et l'on ne reproche pas aux autres d'en parler. La délégation marocaine a choisi les deux, et le texte de son intervention le montre.
Ce n'est pas une question d'interprétation ni d'opinion. C'est une contradiction interne, lisible par quiconque ouvre le compte rendu.
Ce qui s'est passé la semaine précédente, au même endroit du monde
La simultanéité mérite d'être relevée, parce qu'elle éclaire l'argument de la « compétence exclusive ».
Quelques jours plus tôt, à New York, la Quatrième Commission de l'Assemblée générale des Nations unies — l'organe compétent en matière de décolonisation — a consacré au Sahara occidental un débat tel qu'il a suscité 170 demandes d'audition. Le dossier n'est donc pas absent des enceintes onusiennes : il y occupe, semaine après semaine, une place considérable.
Et c'est précisément à cela que se heurte l'argument d'Arusha : si le sujet est si présent à l'ONU, invoquer la compétence exclusive de l'ONU pour en faire taire une autre enceinte n'est pas un argument de procédure. C'est un argument de circonstance.
La résolution 2797, telle qu'elle est écrite
La délégation marocaine s'appuie sur la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025, en affirmant qu'elle a fait de l'initiative marocaine d'autonomie la base d'un règlement définitif.
Sur ce point, il faut être exact, et nous le serons dans les deux sens.
Il est vrai que le paragraphe 2 du texte « appuie pleinement les efforts que font le Secrétaire général et son Envoyé personnel pour faciliter et conduire les négociations en se fondant sur le plan d'autonomie proposé par le Maroc ». C'est écrit, et nous ne le contestons pas.
Mais la même résolution dit trois choses que la formule « base d'un règlement définitif » passe sous silence.
Elle écrit, d'abord, que le Conseil « accueillera volontiers toute suggestion constructive que pourraient faire les parties en réponse au plan d'autonomie ». Une base qui accueille volontiers autre chose qu'elle-même n'est pas un règlement définitif : c'est un point de départ.
Elle écrit, ensuite, au paragraphe 3, que les parties doivent participer « sans conditions préalables » à des discussions menées « afin de parvenir à une solution politique définitive et mutuellement acceptable qui assure l'autodétermination du peuple du Sahara occidental ». La formule n'est pas de nous : elle est du Conseil de sécurité.
Elle écrit, enfin, deux fois, le conditionnel : « une autonomie véritable pourrait être une solution des plus réalisables » ; « une autonomie véritable pourrait représenter une solution des plus réalisables ». Deux fois « pourrait ». Jamais « est ». Jamais « sera ». Jamais « la seule ».
Nous ne reprochons donc pas à la délégation marocaine de citer la résolution 2797. Nous relevons qu'elle en cite un paragraphe et qu'elle en tait les trois autres — dont celui qui réaffirme l'autodétermination du peuple du Sahara occidental, et celui qui emploie le conditionnel.
Sur les camps de Tindouf : ce que la résolution dit, et le mot qu'elle emploie
Il faut ici faire la même chose, et concéder ce qui doit l'être.
La résolution 2797 dit bien, dans son préambule, que le Conseil de sécurité « demande à nouveau que les réfugiés soient dûment enregistrés », après avoir noté « avec une grave préoccupation l'insuffisance des fonds alloués aux réfugiés sahraouis ». La délégation marocaine a donc raison sur un point de fait : la question de l'enregistrement figure dans les résolutions du Conseil.
Mais lisez le mot qu'emploie le texte.
Le Conseil de sécurité écrit réfugiés. Le représentant marocain dit détenus.
Ce ne sont pas des synonymes, et la différence n'est pas de vocabulaire. Un réfugié relève du droit international des réfugiés, et sa situation appelle une protection. Un détenu relève du droit pénal, et sa situation appelle une accusation. En choisissant le second mot à la place du premier, la délégation marocaine ne décrit pas les camps de Tindouf : elle en fait une charge, puis elle reproche à l'Algérie de ne pas y répondre.
Une accusation de cette gravité — des personnes retenues, des libertés restreintes, des violations graves — appelle des noms, des dates et des documents. La résolution 2797, elle, ne fournit que le mot « réfugiés ».
Et une chose que nous n'écrirons pas
Nous ne dirons pas que la situation des personnes vivant dans les camps de Tindouf est excellente, ni que la question de l'enregistrement est close. Elle a été posée par le Conseil de sécurité, à plusieurs reprises, et elle n'a pas été réglée. Le dire n'affaiblit pas notre position : cela la rend vérifiable lorsqu'on nous accusera de complaisance.
Nous ne reprendrons pas non plus l'argument du « détournement de tribune ». Il a été utilisé par la délégation marocaine dans le sens qui lui convenait ; il serait malhonnête de l'invoquer contre elle après l'avoir trouvé mauvais de sa part.
Ce que nous écrivons est plus étroit, et suffit : une délégation ne peut pas demander le silence sur un dossier et le porter elle-même dans le même discours.
Sources
1. HIBAPRESS, « De Tanzanie… Le Maroc dévoile l'obsession morbide de l'Algérie pour la question du Sahara », 8 octobre 2026 — texte intégral de l'intervention du conseiller parlementaire Mohamed Salem Ben Messoud, 153ᵉ Assemblée de l'Union interparlementaire, Arusha, Tanzanie.
2. Conseil de sécurité des Nations unies, résolution 2797 (2025), adoptée le 31 octobre 2025 — cote S/RES/2797 (2025), texte intégral public : https://docs.un.org/fr/S/RES/2797(2025). Citations reproduites mot pour mot : paragraphe 2 (« en se fondant sur le plan d'autonomie proposé par le Maroc » ; « accueillera volontiers toute suggestion constructive ») ; paragraphe 3 (« sans conditions préalables » ; « qui assure l'autodétermination du peuple du Sahara occidental » ; « pourrait représenter ») ; préambule (« une autonomie véritable pourrait être une solution des plus réalisables » ; « réfugiés sahraouis » ; « demande à nouveau que les réfugiés soient dûment enregistrés »).
3. Quatrième Commission de l'Assemblée générale des Nations unies, débat sur le Sahara occidental, octobre 2026 — 170 demandes d'audition recensées.
⚠️ Réserves à conserver en ligne. (1) Nous n'avons pas de compte rendu officiel de l'Union interparlementaire : les propos rapportés sont ceux que HIBAPRESS attribue à la délégation marocaine, et nous les lui attribuons. (2) Le chiffre de 170 demandes d'audition provient de la presse, non d'un document onusien que nous ayons ouvert. (3) Nous ne disposons d'aucun élément sur la situation individuelle des personnes des camps de Tindouf : nous nous en tenons strictement au mot employé par la résolution 2797, et nous ne portons aucune accusation.