Le Maroc ne conteste pas l'autodétermination : il conteste qu'on l'applique

Nawal S. — Dakhla, Sahara occidental — 8 octobre 2026

Les consultations du Conseil de sécurité sur le Sahara occidental se sont refermées à New York, et la lecture marocaine de ce qui s'y est dit a trouvé son coupable : Staffan de Mistura, l'envoyé personnel du Secrétaire général, accusé de rouler pour le Polisario.

L'accusation est grave, puisqu'elle vise un fonctionnaire international dont le mandat est précisément de tenir la balance entre les parties. Elle mérite donc mieux qu'une indignation : elle mérite d'être lue à la lumière de ce que les accusateurs écrivent eux-mêmes.

Or ce qu'ils écrivent est révélateur. Sous la plume des commentateurs marocains, le problème n'est pas la référence au principe d'autodétermination — celui-ci, concèdent-ils, « figure depuis longtemps dans le vocabulaire des Nations unies concernant le Sahara occidental ». Le problème serait la manière dont l'envoyé articule ce principe avec le projet d'autonomie marocain.

Voilà une concession considérable, et il faut la mesurer. Si le principe d'autodétermination appartient au vocabulaire onusien de longue date, alors l'envoyé ne l'a pas inventé. Il ne l'a pas introduit dans un dossier où il était absent. Il l'a trouvé là où il était, et il l'y a laissé.

Ce principe, la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025, le réaffirme noir sur blanc, au paragraphe 3, en demandant aux parties de parvenir à une solution politique définitive et mutuellement acceptable « qui assure l'autodétermination du peuple du Sahara occidental ». Cette phrase n'est pas de Staffan de Mistura. Elle est du Conseil de sécurité.

Et il y a une chose que l'on oublie souvent dans cette affaire : le Maroc n'a pas voté cette résolution. Il n'est pas membre du Conseil de sécurité. Le texte qui fixe le mandat de l'envoyé, qui définit le cadre de ses consultations et qui réaffirme le principe d'autodétermination a été écrit par quinze États, sans lui. On ne peut pas contester l'application d'un texte que l'on n'a pas contribué à écrire, en imputant à l'exécutant la faute de ses auteurs.

La séance du 31 octobre 2025, dont le compte rendu est public, ajoute un détail que les lectures triomphales comme les lectures outragées passent sous silence : dans cette enceinte, les quinze délégations ont appelé la mission par son nom complet. Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental. Le mot « référendum » est dans l'intitulé depuis 1991, et aucune résolution ne l'en a retiré.

Le Royaume-Uni, membre permanent, y a voté pour, et a dit devant le Conseil que ce texte représentait « un pas vers une solution politique juste et durable qui prévoit l'autodétermination du peuple du Sahara occidental », avant d'ajouter : « C'est le début du processus, pas la fin. » Ce n'est pas Alger qui parle. C'est un membre permanent du Conseil, qui a voté le texte.

Reste alors la vraie question, la seule qui compte, et elle ne concerne pas la personne de l'envoyé.

Selon les comptes rendus du rapport que la presse marocaine elle-même publie, toute proposition issue des négociations doit être soumise à une consultation des populations du Sahara, leur garantissant la liberté de l'accepter ou de la rejeter, et cette consultation est présentée comme nécessaire à l'exercice de leur droit à l'autodétermination. Ces mêmes comptes rendus rapportent que les divergences sur la souveraineté et l'autodétermination ont été assez profondes pour que les deux coprésidents examinent le dossier séparément avec chaque partie, que l'absence de confiance constitue un obstacle majeur, et que le principal défi reste de transformer un rapprochement diplomatique en accord politique définitif.

Aucun de ces éléments n'est imputable à la partialité d'un médiateur. Ils décrivent l'état d'un dossier, tel que le rapporte une presse qui ne peut pas être soupçonnée de complaisance pour Alger.

Nous n'avons pas pu lire le rapport du Secrétaire général : sa cote, S/2026/781, ne renvoie pas de document accessible sur le service officiel de diffusion des Nations unies, et nous l'avons écrit sans le maquiller. Ce que nous pouvons lire, en revanche, c'est ce que tout le monde en dit — y compris ceux qui en tirent une lecture victorieuse, et ceux qui, aujourd'hui, en tirent une accusation contre le médiateur.

Il reste une conclusion, et elle est simple.

Si la difficulté tenait à la personne de Staffan de Mistura, elle se réglerait en changeant d'envoyé : il y en a eu d'autres, et le dossier n'a pas changé. Si elle tient au texte — à ce paragraphe 3, à ce mot « autodétermination », à ce nom de mission qui contient « référendum » —, alors changer d'envoyé ne changera rien.

Et pour changer le texte, il faut une chose que le Maroc n'a pas : le porte-plume. Il appartient aux États-Unis.

C'est cela, la difficulté réelle. Elle ne se règle pas en accusant un médiateur de lire ce qui est écrit.

Sources : Maghreb Online / moroccomail.fr, « Sahara occidental : le projet de rapport de Guterres met le feu aux poudres, le Maroc accuse De Mistura de rouler pour le Polisario », 8 octobre 2026 (citation reproduite : le principe d'autodétermination « figure depuis longtemps dans le vocabulaire des Nations unies concernant le Sahara occidental »). — Conseil de sécurité des Nations unies, résolution 2797 (2025), adoptée le 31 octobre 2025, cote S/RES/2797 (2025), texte public : https://docs.un.org/fr/S/RES/2797(2025) — paragraphe 3 cité mot pour mot. — Compte rendu officiel de la 10030ᵉ séance (S/PV.10030), 31 octobre 2025 : vote (11 voix pour, 0 contre, 3 abstentions) ; non-participation de l'Algérie ; explications de vote des quinze délégations ; intervention du Royaume-Uni (« pas la fin »). — Conseil de sécurité, résolution 690 du 29 avril 1991, création de la MINURSO. — Hespress (Maroc), « Sahara marocain : Guterres esquisse un "conseil de transition" », 4 octobre 2026 — compte rendu du rapport S/2026/781 (consultation des populations, liberté d'accepter ou de rejeter, divergences sur la souveraineté, absence de confiance, accord politique définitif). — Afrik.com, 8 octobre 2026 — le rapport « n'a pas encore été rendu public ».

⚠️ Réserve à conserver en ligne. Le rapport S/2026/781 n'est pas public : nous ne l'avons pas lu, et tout ce qui en est rapporté ici est attribué nommément à ceux qui le publient. Nous n'affirmons à aucun moment l'avoir ouvert.