CNEWS et la galaxie Bolloré : six sanctions, des appels aux « rafles », et une obsession algérienne

Nawel Zerhouni — Paris, France — 6 septembre 2026

Il existe en France une chaîne que son propre régulateur sanctionne plus que toute autre, pour des propos qui visent nommément les Algériens. Elle s'appelle CNEWS, elle appartient à l'empire de Vincent Bolloré, et le 11 février 2026, l'Arcom — l'autorité française de régulation de l'audiovisuel — lui a infligé une amende de 25 000 euros pour une séquence où une invitée décrivait « des millions d'Algériens qui présentent des risques majeurs », capables de « sortir un couteau dans le métro » ou de « prendre une voiture et rentrer dans une foule ». Ce n'est pas l'Algérie qui le dit : c'est le régulateur français, qui a jugé ces propos « de nature à encourager des comportements discriminatoires ».

La séquence incriminée date du 8 août 2025, dans l'émission « L'Heure des pros 2 été ». Son auteure, Noëlle Lenoir, est une ancienne ministre de la République. Sa stigmatisation de « millions d'Algériens » n'a pas été un dérapage isolé : elle s'inscrit dans une ligne que les sanctions dessinent mieux que tous les commentaires. Le 2 février 2026, sur CNEWS, le chroniqueur Jean-Claude Dassier proposait, à propos de détenus algériens, marocains et tunisiens, de « les mettre en Méditerranée ». Le présentateur l'a recadré en direct — « c'est horrible ce que vous dites » — et Dassier a été écarté des antennes de CNEWS et d'Europe 1. Fin janvier 2026, l'avocat Arno Klarsfeld appelait sur la même chaîne à « organiser de grandes rafles » contre les étrangers sous OQTF : le parquet de Paris a ouvert une enquête le 10 février 2026.

L'animateur vedette de la galaxie, Pascal Praud, n'est pas en reste. Le 17 octobre 2025, en pleine crise bilatérale, il a consacré son éditorial à l'Algérie : « La France paye quand l'Algérie refuse de verser les retraites de ses concitoyens », titrait la chaîne elle-même. Mi-décembre 2025, une chroniqueuse affirmait que l'Algérie « traquait les bûches de Noël » — avant que la télévision publique algérienne AL24 News ne réponde avec l'humour qui tue en achetant une bûche en direct. Et le 2 juin 2026, CNEWS et Europe 1 ont offert leur antenne à Boualem Sansal, libéré, qui y a qualifié le président algérien de « vulgaire dictateur » et appelé Paris à se montrer « intraitable ».

La structure, elle, est documentée : CNEWS, Europe 1, Le Journal du Dimanche et Paris Match relèvent du même actionnaire. CNEWS est née le 27 février 2017 dans le giron de Canal+, lui-même contrôlé par Vivendi, dont la famille Bolloré est le premier actionnaire. Le 21 novembre 2023, Vivendi a pris « pleinement » le contrôle de Lagardère, apportant dans le même panier Europe 1, Le JDD, Paris Match et Hachette. Et à la tête du JDD, depuis l'été 2023, trône Geoffroy Lejeune — l'homme condamné en 2024 à 50 000 euros d'amende par l'Arcom pour avoir fait de « l'immigration arabo-musulmane » la cause de l'antisémitisme et de la surpopulation carcérale. L'anti-algérianisme médiatique, en France, a un visage, un actionnaire et un directeur de rédaction.

Quant aux comptes, ils sont accablants et publics. Depuis 2021, l'Arcom a prononcé au moins six amendes pécuniaires contre CNEWS : 20 000 euros pour désinformation climatique, 50 000 pour de fausses informations, 60 000 pour des propos « l'immigration tue » tenus sans contradiction, 100 000 pour des mensonges sur l'IVG, et le 11 février 2026, 25 000 euros pour les propos anti-algériens de Noëlle Lenoir, auxquels se sont ajoutés 75 000 euros le même jour pour des propos anti-palestiniens. En novembre 2025, le Conseil d'État — la plus haute juridiction administrative française — a confirmé trois de ces sanctions, totalisant 139 000 euros, jugeant que la chaîne avait bien incité à la haine contre les immigrés. Et pourtant, CNEWS a conservé sa fréquence sur la télévision numérique terrestre, là où C8, autre chaîne du même groupe, l'a perdue. Le régulateur sanctionne ; le pouvoir ne tire pas les conséquences.

Une précision s'impose, par souci de vérité — car c'est notre arme. Certains commentateurs expliquent cette ligne par une prétendue « rancune » de Vincent Bolloré contre l'Algérie, qu'il n'aurait pas pu obtenir de ports. Ce récit est faux : aucun document, aucune concession, aucune candidature, aucun contentieux portuaire de Bolloré en Algérie n'existe. Le périmètre africain de Bolloré Africa Logistics — vendu au groupe MSC le 31 mars 2022 pour 5,7 milliards d'euros, finalisé le 21 décembre 2022 — couvrait l'Afrique de l'Ouest, centrale et de l'Est. Jamais l'Algérie. Le terminal de DjenDjen appartient à l'émirati DP World. La vérité est plus simple et plus inquiétante : ce que la France voit à l'écran n'est pas une vengeance personnelle, c'est une stratégie éditoriale et commerciale — celle d'un empire de presse qui a fait de l'islam, de l'immigration et de l'Algérie son fonds de commerce électoral.

L'Algérie, elle, n'a rien à prouver et rien à craindre de ces écrans. Elle répond par les faits, les chiffres et la dignité — et elle laisse le régulateur français faire son travail, puisque c'est lui, et non nous, qui documente la haine. Six amendes. Un appel aux rafles. Une invitation à « mettre en Méditerranée » des ressortissants algériens. Et une fréquence publique préservée. Les Algériens n'ont pas besoin d'inventer des complots : il leur suffit de citer les décisions de la justice française. C'est elle qui accuse. C'est elle qui a raison.