La « salle de commandement » de le360.ma : un scénario de série B signé par un « expert » qui n'a enquêté que sur son imagination
Sofiane Hamidi — Marseille, France — 5 septembre 2026
Il faut toujours se méfier des articles qui commencent par « un rapport révèle ». Surtout quand le rapport en question est signé par un « expert en terrorisme et en renseignement » dont la seule spécialité documentée est de faire parler de lui. José María Gil Garre — car c'est de lui qu'il s'agit — a le don de découvrir, à chaque crise, une « main algérienne » derrière le décor. On se demande comment il fait pour ne jamais rien voir de l'autre côté. La réponse est simple : quand on cherche uniquement une chose, on ne trouve jamais que celle-là.
Le scénario, il faut le lire pour y croire : une « salle de commandement numérique » basée en territoire algérien, des opérateurs au préfixe +213, des chaînes WhatsApp aux noms aussi subtils qu'une porte de prison, et « cinq phases temporelles » dignes d'un plan de bataille napoléonien. Cinq phases ! On croirait lire la fiche technique d'un film que même Netflix aurait refusé. Et l'élément « accablant », le clou du spectacle ? Un préfixe téléphonique. Messieurs, un indicatif +213 peut être utilisé par n'importe qui, n'importe où, et se falsifie en trente secondes. Si votre service de « renseignement » se fonde sur des numéros de téléphone, on comprend mieux pourquoi il en est réduit à publier des scénarios dans la presse.
Il y a pourtant un détail que le360.ma (journal numérique marocain) et son « expert » ont oublié de mentionner — c'est fou comme ces détails-là s'oublient : les autorités espagnoles, celles qui sont réellement compétentes sur Ceuta et Melilla, ont publié leur propre rapport. Et ce rapport, contrairement au film de Gil Garre, innocente l'Algérie et pointe le Maroc. L'Espagne, qui a les moyens d'enquêter, n'a accusé personne à Alger. Mais pourquoi s'embarrasser de la réalité quand on a un bon scénario ?
Parlons mémoire, puisque le360.ma a la mémoire si courte : en mai 2021, en quelques heures, des milliers de personnes ont franchi la frontière de Ceuta — huit mille, dix mille selon les sources — après que Rabat a décidé de lâcher les vannes pour faire pression sur Madrid, qui venait d'accueillir le dirigeant du Front Polisario pour raisons humanitaires. Ce jour-là, pas besoin de « salle de commandement » : le Maroc a démontré, en direct et sans complexe, qu'il sait parfaitement ouvrir et fermer le robinet migratoire quand la diplomatie l'exige. C'est documenté, filmé, rapporté par toutes les agences du monde. Mais bien sûr : quand c'est Rabat, c'est un « geste humanitaire » ; quand c'est Alger, c'est une « opération de guerre hybride ». La cohérence, chez eux, a toujours eu un prix : celui du billet d'avion vers le fantasme.
Et si l'on suivait un instant leur logique ? Une « machine de propagande algérienne » capable d'organiser une opération transfrontalière en cinq phases, avec sous-traitance tactique sur WhatsApp… franchement, si l'Algérie disposait de telles capacités, elle les aurait utilisées pour autre chose que des commentaires sur des vidéos TikTok. Le ridicule ne tue pas, mais il documente.
Alors, une fois de plus, les faits : l'Algérie n'a jamais instrumentalisé la détresse humaine, et les rapports espagnols le confirment. Ceux qui ont fait de la migration une arme de négociation — en 2021 comme ailleurs — sont les mêmes qui, aujourd'hui, hurlent à la « main algérienne » pour ne pas parler de leurs propres responsabilités. le360.ma peut continuer à publier les scénarios de M. Gil Garre. Nous, on continuera à publier les rapports. La différence entre les deux, c'est que les seconds se vérifient.