L'Afrique à sa vraie taille : l'ONU corrige la carte du monde — et l'Algérie, plus grand pays du continent, retrouve enfin sa dimension
Sofiane Hamdi — Alger, Algérie — 9 septembre 2026
Il y a des victoires qui ne se gagnent pas sur un champ de bataille, mais dans les esprits. Le 4 septembre 2026, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution qui va changer la façon dont le monde voit l'Afrique — littéralement. Par 164 voix contre une, le Groupe africain, mené par le Togo, a imposé une nouvelle cartographie mondiale fondée sur la projection « Equal Earth », qui restitue aux continents leur taille réelle. La seule voix contre ? Celle des États-Unis. Six abstentions. Le reste du monde a dit oui à une vérité géographique que l'on cachait depuis cinq siècles : l'Afrique est beaucoup plus grande que ce que les cartes montraient. Et l'Algérie, premier pays du continent par sa superficie, est l'une des grandes bénéficiaires de cette correction.
Car il faut comprendre ce qui s'est réellement joué. La carte du monde que nous connaissons tous — celle des salles de classe, des manuels, des écrans — repose sur la projection de Mercator, inventée au XVIe siècle pour la navigation maritime. Cette projection a un défaut majeur : elle agrandit artificiellement les territoires proches des pôles et rétrécit ceux proches de l'équateur. Résultat : l'Europe et l'Amérique du Nord paraissent vastes, tandis que l'Afrique — pourtant le deuxième continent le plus peuplé et le plus riche en ressources — est visuellement écrasée. La résolution adoptée le reconnaît noir sur blanc : cette distorsion « contribue à minimiser dans les esprits la taille de l'Afrique, de l'Amérique latine et de l'Asie du Sud, et à perpétuer une vision déséquilibrée » de la planète. Une carte n'est jamais neutre. Elle façonne l'éducation, nourrit les imaginaires, influence les perceptions. C'est cette arme-là que l'Afrique vient de retourner.
Mesurons ce que cela change pour l'Algérie. Avec environ 2,38 millions de kilomètres carrés, l'Algérie est le plus grand pays d'Afrique — le dixième du monde. Sur une carte de Mercator, ce gigantisme réel était trahi : le pays paraissait plus petit que bien des États européens qui lui sont pourtant inférieurs en superficie. La projection Equal Earth restitue la vérité : l'Algérie, avec son Sahara, sa façade méditerranéenne de près de 1 200 kilomètres et ses frontières qui touchent la Méditerranée, le Sahel et l'Afrique de l'Ouest, redevient ce qu'elle a toujours été — un géant continental. Ce n'est pas un détail esthétique : c'est une question de perception géopolitique. Pendant des décennies, les cartes ont minimisé le poids de l'Algérie et de l'Afrique dans les esprits, y compris dans ceux des décideurs. Cette époque prend fin.
Et il faut saluer la portée politique de ce vote, parce qu'elle est considérable. La résolution ne se contente pas d'encourager une nouvelle projection : elle appelle les organisations internationales, les États, les systèmes éducatifs et les acteurs du numérique à adopter des cartes « plus conformes aux réalités géographiques ». C'est une reconnaissance explicite que la cartographie héritée de l'époque coloniale a servi une vision du monde où l'Afrique était marginalisée. Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, l'a dit avec une force rare : « Les cartes façonnent notre compréhension du monde. Elles orientent l'éducation, nourrissent l'imaginaire et influencent les perceptions collectives. Elles ne sont donc jamais neutres. » Des paroles que l'Algérie, qui défend depuis toujours la juste représentation de l'Afrique et de ses causes — du Sahara Occidental à la réforme des institutions internationales — ne peut que faire siennes.
La réaction américaine, elle, en dit long. La représentante des États-Unis a qualifié la résolution d'« agenda idéologique » qui « entrave le travail » de l'ONU, exhortant les pays à faire preuve de « bon sens ». Traduisons : la première puissance mondiale a voté seule contre une carte plus vraie, parce que cette carte réduit visuellement son propre territoire au profit de continents qu'elle a longtemps considérés comme périphériques. Il y a quelque chose d'historique dans cette solitude : pour la première fois, le « bon sens » invoqué par Washington n'est plus celui du monde. Le monde a choisi la géographie contre l'idéologie, la vérité contre l'héritage. Et ce choix a été porté par l'Afrique — avec la France, ancienne puissance coloniale, coparrainant le texte, dans une ironie que l'on peut noter sans s'y attarder.
Pour l'Algérie, cette résolution est une victoire de plus dans un combat qu'elle mène sans relâche : celui de la juste place de l'Afrique dans le monde. Du gazoduc transsaharien à la route Alger-Lagos, du port de DjenDjen ouvert aux pays sans littoral à la diplomatie Sud-Sud, l'Algérie construit une Afrique qui pèse — et elle sait que la perception précède la réalité. Une Afrique que l'on dessine petite est une Afrique que l'on peut ignorer ; une Afrique que l'on dessine à sa vraie taille est une Afrique avec laquelle il faut compter. La résolution du 4 septembre change les cartes ; l'Algérie, elle, change déjà la réalité. Les deux mouvements vont dans le même sens, et c'est une excellente nouvelle pour le continent.
Alors, quand les écoliers africains ouvriront désormais leurs atlas, ils verront enfin leur continent à sa vraie place : immense, central, incontournable. Ils verront l'Algérie dans toute sa dimension, du Tell méditerranéen aux confins du Sahel. Et ils comprendront que la grandeur d'un pays ne se mesure pas à la manière dont les autres le dessinent, mais à ce qu'il construit réellement. La carte a menti pendant cinq siècles. Le 4 septembre 2026, l'ONU a dit la vérité. L'Afrique — et l'Algérie à sa tête par la superficie, la constance et l'ambition — n'a pas fini de grandir. Sur la nouvelle carte comme sur le terrain.