Boualem Boualem, le magistrat qui servait l'État

Nadia Cherifi — Alger, Algérie — 7 octobre 2026

Il est des hommes dont on ne découvre l'importance qu'au moment où ils s'en vont. Boualem Boualem était de ceux-là.

Il est décédé lundi, à Genève, des suites d'une maladie incurable. Il était chef de cabinet de la Présidence de la République.

Un serviteur, non un apparatchik

Dans un État, il existe deux façons d'occuper le pouvoir : s'en servir, ou le servir. Boualem Boualem appartenait à la seconde catégorie.

Magistrat de formation, il avait commencé sa carrière judiciaire en 1982 au tribunal d'Oran. Il fut ensuite magistrat à la Cour suprême. Le peuple algérien l'a élu à l'Assemblée populaire nationale, pour la wilaya de Tiaret.

Puis vinrent les responsabilités administratives, toutes dans le même domaine : le droit, la justice, l'ordre public de l'État. En 2016, il est placé à la tête de l'Autorité nationale de prévention et de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication. En 2020, le président de la République le nomme conseiller chargé des affaires juridiques et judiciaires. En 2023, son portefeuille s'élargit : affaires juridiques et judiciaires, relations institutionnelles, investigations et réinsertion.

Le 2 janvier 2024, il devient chef de cabinet de la Présidence de la République — après avoir assuré l'intérim l'année précédente.

Quarante-quatre ans de service public, dans l'ombre, sans une seule posture.

Ce que la Présidence a écrit

La Présidence de la République a rendu hommage à celui qu'elle décrit comme un « juriste discret », dont la maîtrise des dossiers et la rigueur ont marqué tous ceux qui ont travaillé à ses côtés.

« Boualem Boualem nous a quittés. Avec sa disparition, l'Algérie perd un véritable patriote et un grand serviteur de l'État, parmi les dévoués au service de la nation. Dans chaque poste de responsabilité qu'il a occupé et chaque mission qu'il a assumée, il a été un modèle d'engagement, digne de la confiance placée en lui, loyal à son pays et dévoué à son travail. »

Et cette phrase, qui dit l'essentiel de ce qu'un État doit à ceux qui le servent sans bruit :

« Son riche parcours de magistrat, sa maîtrise profonde et nuancée des domaines juridique et judiciaire, son expérience et sa sagesse dans l'administration publique lui ont valu estime, considération et respect. Il jouissait de la pleine confiance du président de la République. »

**La Présidence a accompagné cet hommage du verset : « Ô âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée ; entre parmi Mes serviteurs, et entre dans Mon Paradis. » — et de la formule du retour : *« Nous appartenons à Allah et c'est vers Lui que nous retournons. »***

Les obsèques

Le président Abdelmadjid Tebboune s'est rendu mardi au salon d'honneur de l'aéroport international Houari Boumediene, à Alger, pour un dernier hommage. Il y a récité la Fatiha et présenté ses condoléances personnelles à la famille du défunt. De hauts responsables de l'État étaient présents à ses côtés.

Mercredi après-midi, la dépouille de Boualem Boualem a été inhumée au cimetière d'Aïn El-Beida, à Oran, sa ville.

Les prières funéraires ont été dites à la Grande Mosquée Abdelhamid Ben Badis. Son imam, Zabar Bouabdallah, a prononcé une allocution saluant les vertus du disparu : « un véritable patriote, un érudit juriste sincère qui a consacré sa vie au service de son pays, et une figure emblématique de l'État ».

La cérémonie s'est déroulée en présence de hauts responsables de l'État, de membres du gouvernement, de personnalités nationales, de la famille et d'une foule nombreuse de citoyens. Toute la journée, des Algériens s'étaient rendus au domicile familial à Oran pour un dernier adieu.

Ce qu'il laisse

Boualem Boualem n'a pas laissé de discours. Il a laissé une méthode : lire le dossier avant d'en parler, vérifier avant d'affirmer, décider après avoir écouté.

Dans les grandes affaires juridiques et institutionnelles de ces dernières années, son nom revient comme celui du technicien que l'on consulte quand l'enjeu est trop lourd pour l'approximation. C'est une réputation qui ne s'achète pas, et qui ne se décrète pas.

Il y a, dans la vie publique, des visages que le public connaît et des mains qui tiennent l'édifice. Boualem Boualem était de ces mains-là.

L'Algérie lui doit la discrétion de son travail, et la constance de son engagement. Elle lui doit aujourd'hui le respect de son silence.

À sa famille, à ses proches, et à tous ceux qui l'ont connu, Algeria Vanguard présente ses condoléances les plus sincères.

إنّا لله وإنّا إليه راجعون.

Sources : Présidence de la République, hommage publié sur son site officiel, repris par la Radio algérienne (« Final Tribute: Boualem Boualem... The Legal Mind Who Served the State and Nation », 7 octobre 2026). — Radio algérienne, « Remains of the Late Boualem Boualem Laid to Rest at Aïn El-Beida Cemetery in Oran », 7 octobre 2026, 17h29 (obsèques, Grande Mosquée Abdelhamid Ben Badis, imam Zabar Bouabdallah, présence du président de la République le 6 octobre au salon d'honneur de l'aéroport Houari Boumediene, décès le lundi à Genève des suites d'une maladie incurable). — La Nouvelle République (Algérie), 7 octobre 2026 (hommage du président de la République). — TSA, 7 octobre 2026 (report de la cérémonie de remise du prix Assia Djebar par l'ANEP).