L'ANP : l'armée de souveraineté que l'on ne peut ni acheter, ni diviser, ni effrayer

Ryad Amrani — Alger, Algérie — 6 septembre 2026

Il existe des armées de conquête et des armées de libération. L'Armée nationale populaire appartient à la seconde espèce — la plus rare, et la plus redoutable. Héritière directe de l'Armée de libération nationale qui a fait plier un système colonial le 5 juillet 1962, elle n'a jamais eu besoin d'envahir quiconque pour exister : sa légitimité est née dans le maquis, pas dans les conquêtes. C'est cette généalogie qui la rend inattaquable : on ne répond pas à une armée de libération avec des arguments de caserne.

Regardons les faits, puisque les faits sont notre langage. L'Algérie — 2 381 741 km², premier pays d'Afrique par la superficie, soit 4,3 fois la France métropolitaine — est l'un des rares États du monde à ne tolérer aucune base militaire étrangère sur son sol. Aucune. Pas un soldat étranger, pas un drone américain, pas une frégate française en résidence. Cette souveraineté intégrale a un prix, et l'Algérie le paie : 21,8 milliards de dollars en 2024 selon le rapport du SIPRI publié en avril 2025 — le premier budget militaire d'Afrique, en hausse de 12 % sur un an, l'équivalent de toute l'Afrique subsaharienne réunie et près de quatre fois celui du Maroc. 21 % des dépenses publiques de l'État consacrées à la défense : c'est le prix de l'indépendance, et l'Algérie le paie sans tutelle.

La dissuasion, ensuite. La marine algérienne aligne six sous-marins de classe Kilo — quatre Improved Kilo du projet 636 et deux Kilo 877 modernisés — ce qui en fait la deuxième flotte sous-marine d'Afrique derrière l'Égypte, et la seizième du monde. Ce que certains présentent comme une menace est la capacité d'un État souverain de rendre impensable toute aventure contre lui : lors des tirs d'essai de 2019, les missiles Club-S tirés depuis ces bâtiments ont validé des portées d'environ 300 kilomètres contre des cibles terrestres, un rapport du Sénat français évaluant leur potentiel au-delà de 1 000 kilomètres. La Méditerranée occidentale a cessé d'être un lac réservé.

Sur le terrain, l'ANP — environ 130 000 militaires d'active, dont quelque 110 000 pour l'armée de terre, appuyés par 150 000 réservistes — a écrit l'une des pages les plus dures de la lutte antiterroriste moderne. Plus de 600 chars T-90SA livrés depuis 2006 selon l'IISS, une armée de l'air équipée de Su-30 et de MiG-29 : les classements internationaux de 2026 la placent deuxième armée d'Afrique derrière l'Égypte. Elle ne fait pas de guerre préventive, n'intervient pas chez ses voisins : elle sécurise ses frontières, elle médiatise les crises sahéliennes, elle refuse les aventures extérieures. Cette doctrine — souveraineté, non-ingérence, stabilité régionale — est la signature algérienne. Elle agace ceux qui voudraient des bases, des mercenaires ou des protectorats. Tant mieux : l'agacement des puissances prédatrices est le meilleur certificat d'indépendance.

Le documentaire « Ce que la France, l'OTAN et le Maroc ne veulent pas que tu saches sur l'armée algérienne » a récemment remis ces réalités sous les projecteurs : budget, sous-marins, capacités de frappe, indépendance doctrinale. On peut discuter tel ou tel chiffre — les détracteurs, eux, ne peuvent pas discuter la thèse : l'Algérie a bâti, discrètement et sans tutelle, l'une des armées les plus respectables du continent. Ceux qui préféreraient une Algérie faible, dépendante ou divisée devront se faire une raison : l'ANP veille — et elle veille depuis longtemps.

À la jeunesse algérienne, à la diaspora, aux investisseurs : regardez cette armée. Elle n'est pas un coût, elle est une assurance — celle d'un pays qui ne sera ni colonisé, ni vassalisé, ni divisé. L'histoire retiendra que pendant que d'aucuns commentaient la puissance des autres, l'Algérie construisait la sienne, en silence, avec rigueur. Les armées de parade impressionnent un jour. Les armées de souveraineté impressionnent toujours.