La marche Sud-Sud : quand l'Algérie éclaire l'Afrique par ses propres chantiers
Ibrahim Souley — Niamey, Niger — 6 septembre 2026
En janvier 2026, à N'Djamena, la capitale tchadienne, l'Algérie n'était pas un simple exposant de plus au Salon international des mines, des carrières et des hydrocarbures « SEMICA Tchad 2026 » : elle en était l'invitée d'honneur. Trois jours durant, du 21 au 23 janvier, devant des décideurs et des experts venus de plus de 45 pays, une délégation conduite par le ministre d'État, Mohamed Arkab, aux côtés des ministres de l'Industrie et de l'Énergie et des patrons de Sonatrach, de Naftal, de Sonarem et de GICA, n'est pas venue vendre : elle est venue partager — exploration, production, transformation, formation, recherche et développement. Derrière ce pavillon se jouait pourtant l'essentiel : une doctrine, et son passage aux actes.
Car il faut le dire avec les mots du président Tebboune, portés à N'Djamena dans un message lu en son nom : « l'Algérie place la coopération africaine au cœur de sa politique étrangère ». Non pas une formule de salon, mais un principe répété : l'Afrique « regorge d'immenses richesses naturelles », et « le véritable défi réside dans la bonne gestion et la valorisation de ces ressources » — gouvernance saine des industries extractives, transparence, transfert de technologie, contenu local, partenariats équilibrés. Le message se concluait par une phrase qui résume à elle seule la philosophie du pays : « l'avenir de l'Afrique se construit par les efforts de ses propres enfants et par la complémentarité de ses capacités et de ses ressources ».
Le Sud-Sud algérien n'est pas un discours, c'est une carte qu'on peut suivre au kilomètre. Regardez le Niger : le 3 juin 2026, les Premiers ministres algérien et nigérien inauguraient ensemble, à Niamey, la centrale électrique « Solidarité Algérie-Niger », 40 mégawatts — deux turbines à gaz de 20 mégawatts chacune — dans la région de Gorou Banda. Un don de l'Algérie à son voisin sahélo-saharien, réalisé par Sonelgaz International en trois mois, livré avec plus de six mois d'avance sur le calendrier, avec formation des techniciens nigériens aux côtés de la société NIGELEC. Une centrale offerte, construite vite, et qui laisse derrière elle des hommes formés : c'est cela, la coopération qui ne crée pas de dépendance mais des capacités.
Le 6 septembre 2026, le Conseil des ministres a donné un coup d'accélérateur supplémentaire. Après un exposé sur les accords conclus avec Niamey, le président Tebboune a instruit d'achever la centrale de production d'énergie au Niger dans les trois prochains mois — une réalisation qualifiée d'« historique » par le communiqué officiel — et d'élargir la coopération à la prospection et à l'exploitation pétrolières, avec des mécanismes de suivi permanent et même une coopération médiatique conjointe entre les deux pays. Côté Tchad, la même réunion a ordonné la prise en charge de deux tronçons de la route transsaharienne sur le territoire tchadien, ainsi que la réalisation d'une cimenterie — le groupe GICA, présent à N'Djamena depuis janvier, est à la manœuvre — sans oublier l'énergie, l'électricité et l'exploration pétrolière.
Le Tchad, justement, illustre le saut qualitatif de cette doctrine. En avril 2026, la visite officielle de trois jours du président Mahamat Idriss Déby Itno à Alger s'est conclue par la signature de près de 30 accords et mémorandums : travaux publics, industrie pharmaceutique, transport aérien, enseignement supérieur, santé animale, commerce — dont un accord-cadre pour la construction d'une raffinerie et une exemption mutuelle de visas pour les passeports diplomatiques et de service. Surtout, la Grande Commission mixte algéro-tchadienne, endormie depuis dix ans, a été réactivée. « Ce qui a été accompli constitue un pas significatif vers un partenariat stratégique intégré », a déclaré le président Tebboune, résumant l'ambition en une formule : bâtir un « modèle africain réussi de coopération africaine-africaine ». Son homologue tchadien a parlé, lui, de passer « d'une amitié traditionnelle à un partenariat stratégique ».
Cette méthode a un nom précis, que l'Algérie emploie sans détour : la coopération Sud-Sud. Et elle n'est pas un supplément d'âme : elle est l'architecture même des grands chantiers déjà racontés sur ces pages — le gazoduc transsaharien Nigeria-Niger-Algérie, qui doit porter le gaz du Golfe de Guinée jusqu'à la Méditerranée ; la route Alger-Lagos, dont l'Algérie a déjà financé l'essentiel des travaux sur son sol ; le port de DjenDjen, ouvert aux pays sans littoral ; le train vers le grand Sud. Centrale offerte au Niger, cimenterie au Tchad, route transsaharienne, gazoduc : chaque maillon relie un pays du Sahel à une infrastructure qu'il n'aurait jamais obtenue seul — et chaque maillon est conçu pour laisser sur place du savoir-faire, pas des redevances.
Il y a dans cette marche une réponse silencieuse à ceux qui, de Rabat à Paris, présentent l'Algérie comme un pays isolé ou recroquevillé. Regardez la carte des signatures de 2026 : N'Djamena, Niamey, Alger. Une centrale inaugurée, deux tronçons de route ordonnés, une cimenterie lancée, une raffinerie en projet, trente accords signés en trois jours. L'Algérie n'a pas besoin d'inviter des armées étrangères pour peser sur le Sahel : elle y construit des centrales, des routes et des usines — et elle forme ceux qui les feront tourner. C'est une autre conception de la puissance, et elle se mesure en mégawatts offerts, en kilomètres de bitume et en techniciens nigériens et tchadiens formés sur leurs propres chantiers.
« L'avenir de l'Afrique se construit par les efforts de ses propres enfants. » Cette phrase, prononcée à N'Djamena en janvier, a depuis été suivie d'effets en juin à Niamey, en avril à Alger, en septembre au Conseil des ministres. La doctrine Sud-Sud de l'Algérie n'est plus une intention : c'est un calendrier de livraisons. Et chaque livraison — une centrale qui s'allume, une route qui se pose, une usine qui sort de terre — est une réponse de béton et d'électricité à tous ceux qui doutaient que l'Afrique puisse se construire elle-même. Le Sud n'attend plus la permission du Nord pour s'éclairer. Il s'éclaire — et c'est l'Algérie qui tient l'interrupteur.