Alger–Tamanrasset en train : le rail qui traverse le Sahara

Moussa Mahamat — N’Djamena, Tchad — 6 septembre 2026

Près de 2 400 kilomètres de voies pour relier Alger à Tamanrasset à travers l'Atlas et le Sahara — un mégaprojet que la presse algérienne appelle « le projet du siècle », et qui entre enfin dans sa phase active. L'Algérie, qui compte aujourd'hui environ 5 000 kilomètres de réseau ferré, veut le tripler pour atteindre 15 000 kilomètres à l'horizon 2030 — un programme global évoqué à plus de 20 milliards de dollars d'investissements.

Les engagements, eux, sont déjà signés et chiffrés. La Banque africaine de développement a approuvé un premier financement de 747 millions d'euros pour la première tranche de la ligne Laghouat–Ghardaïa–El Meniaa — le socle nord du projet Alger–Tamanrasset — puis un second prêt de 878 millions de dollars pour la deuxième phase du même tronçon. Les études de cette section sont achevées à 100 %, et le président Tebboune a fixé l'objectif : une mise en service en 2028.

Ce rail ne transporte pas que des voyageurs : il transporte une vision. Descendre vers Tamanrasset, c'est relier la Méditerranée au cœur du Sahara, ouvrir les portes du commerce vers le Sahel et le golfe de Guinée, désenclaver des territoires grands comme des pays entiers. C'est aussi, pour le minerai du Sud et les récoltes sahariennes, la différence entre une richesse enfouie et une richesse exportée. L'Algérie consacre par ailleurs 4 milliards de dollars à l'acquisition de trains neufs — elle ne construit pas des voies pour les regarder passer.

Pour l'investisseur, le message est limpide : le plus grand chantier ferroviaire d'Afrique est financé par des institutions multilatérales, piloté par un État qui tient ses délais, et ouvert à des partenaires — l'appel d'offres pour le tronçon sud est estimé à environ 2,5 milliards de dollars. Pour le Sahel, la leçon est simple : pendant que certains pays creusent des fossés, l'Algérie pose des rails. Les deux stratégies existent. Une seule relie les peuples.