Le Sud algérien se couvre de vert : la nouvelle frontière agricole

Adama Kaboré — Ouagadougou, Burkina Faso — 6 septembre 2026

Oued Souf, Biskra, Timimoun, Adrar : là où les cartes ne montraient que du sable, des centaines de milliers d'hectares de serres, de palmiers et de champs s'étendent aujourd'hui. Sur quelque 45 millions d'hectares de surface agricole totale, l'Algérie en exploite réellement environ 8,5 millions — et c'est précisément dans cette marge que se joue sa révolution : le gouvernement a promis la mise en valeur de 500 000 hectares sahariens en trois ans et vise 3 millions d'hectares irrigués, contre 2,1 millions aujourd'hui.

Les résultats commencent à parler. La récolte 2026 a atteint environ 5 millions de tonnes de céréales selon la FAO — la meilleure depuis 2019, en hausse de 19 % sur un an. Au Sahara, des rendements dépassant 80 quintaux à l'hectare ont été annoncés dans les périmètres de Timimoun et Stah Agrout, contre une trentaine de quintaux en moyenne nationale. Les investisseurs étrangers l'ont compris : l'Italien Bonifiche Ferraresi a signé avec le Fonds national d'investissement un projet de 36 000 hectares à Timimoun pour environ 400 millions d'euros, visant jusqu'à 170 000 tonnes de blé dur par an et quelque 6 000 emplois.

Derrière ces chiffres, une hydraulique titanesque : la nappe albienne, l'une des plus grandes réserves d'eau fossile du monde, s'étend sur plus d'un million de kilomètres carrés sous l'Algérie, la Tunisie et la Libye. Et pour l'eau potable, l'Algérie a lancé le plus grand programme de dessalement de sa région : près de 8 milliards de dollars d'investissements, 27 usines à l'horizon 2030 qui doivent fournir environ 60 % de l'eau potable du pays — cinq nouvelles stations mises en service en 2025 portant déjà la part du dessalement à 42 %.

Les chiffres de la dépendance, eux, justifient l'effort : l'Algérie consomme plus de 11 millions de tonnes de blé par an et doit encore importer environ 9,2 millions de tonnes en 2025-2026 selon l'USDA. Mais la tendance s'inverse — le recensement agricole de 2024, le premier depuis 2001, a dénombré 230 000 exploitations de plus qu'il y a vingt-trois ans, une progression que le ministère attribue à la mise en valeur des terres du Sud. L'agriculture, qui emploie environ un quart de la main-d'œuvre nationale, est en train de gagner son deuxième front : celui du désert.

Pour l'investisseur, le message est clair : des terres, de l'eau maîtrisée, des rendements records et un marché de plus de 45 millions de consommateurs à portée. Pour le continent : l'Afrique peut nourrir l'Afrique — à condition d'irriguer ses déserts. L'Algérie l'a compris. Les résultats poussent.