Les quatre forces irréductibles

Helena Brandt — Bruxelles, Belgique — 24 septembre 2026

« L'Algérie sera, dans pas très longtemps, un très grand pays en Afrique du Nord et en Afrique — pour quatre motifs. Il y a quatre forces irréductibles qu'aucun chef d'État ne peut détruire. »

Ces mots circulent depuis le 22 septembre 2026, portés par un montage vidéo qui a fait le tour des écrans algériens : la Grande Mosquée d'Alger illuminée, l'aéroport d'Alger, un tableau d'affichage de vols vers l'Afrique subsaharienne — et, par-dessus, la voix d'un homme qui parle d'avenir. Pas d'avenir rêvé : d'avenir démontré.

La première de ces forces, dit-il, est la plus évidente : la montée de l'Afrique.

« Nombreux sont les auteurs qui disent que le XXIe siècle sera le siècle africain. » Et il cite un journaliste allemand présent dans la salle, dont le livre pose la question qui dérange : l'Afrique sera-t-elle la Chine du prochain siècle ?

Alors il pose la bascule, et c'est là que tout se joue :

« Pendant longtemps, la Méditerranée — et l'Algérie — n'aura regardé que la France et l'Europe. On passe d'une Méditerranée marginale, cul-de-sac de l'Europe, à une Méditerranée centrale, pivot, entre l'Europe et l'Afrique. Cette relation de pivot est stratégique. Et nombreux sont les industriels qui envisagent d'abord un déplacement en Afrique du Nord, et plus tard en Afrique subsaharienne. Ce pivot, ce rôle des pivots — et les Algériens l'ont bien vu. »

Voilà la thèse. Et voici pourquoi elle tient debout — non pas parce qu'un orateur l'a dit, mais parce que les institutions financières internationales le confirment, chiffres en main.

Ce que le Fonds monétaire international écrit

Le FMI, dans son dernier rapport consacré à l'Algérie, salue « la solidité de la croissance économique et les efforts de diversification ». Ce ne sont pas des mots vagues. Ce sont des lignes chiffrées :

[[BAR]]

Ce que le FMI constate sur l'Algérie (dernier rapport, 2026)

!Croissance du PIB prévue en 2026 | 3,8 | %

Croissance du PIB réalisée en 2024 | 3,7 | %

Croissance du PIB réalisée en 2025 | 3,9 | %

Croissance HORS hydrocarbures, 2025 | 4,3 | %

Croissance hors hydrocarbures prévue en 2026 | plus de 4 | %

[[/BAR]]

Et il y a ce chiffre, qui devrait être placardé partout :

La dette extérieure brute de l'Algérie ne dépassera pas 1 % du PIB en 2026 — contre 1,1 % en 2025 — avant de tomber à 0,5 % en 2031.

Un pour cent. Pendant que des États européens débattent de leur trajectoire à 100 %, 120 %, 150 % du PIB, l'Algérie emprunte à l'étranger l'équivalent d'un centième de sa richesse annuelle. Le FMI estime d'ailleurs que les perspectives algériennes à court terme sont globalement « positives », et que les banques algériennes disposent de « niveaux adéquats de liquidité, de rentabilité et de fonds propres ».

Un dernier détail, qui passe souvent inaperçu : le FMI relève « la sortie rapide du pays de la liste de surveillance renforcée du Groupe d'action financière » — le GAFI. La sortie rapide. Ce n'est pas un satisfecit de complaisance : c'est une porte qui se rouvre.

Quand un pays combine 3,8 % de croissance, une dette extérieure à 1 % du PIB, une croissance hors pétrole supérieure à 4 %, et qu'il sort de la surveillance du GAFI — ce pays n'est pas en train de survivre. Il est en train de se construire.

Ce que la Banque africaine de développement dit

Il y a mieux, et c'est un Africain qui le dit.

Abdoulkader Dileita, chef du bureau pays de la Banque africaine de développement en Algérie, interrogé par l'APS en marge des assemblées annuelles de la Banque à Brazzaville, a employé une formule qu'il faut mesurer :

« Plusieurs projets structurants — le gazoduc transsaharien, l'autoroute transsaharienne et la dorsale transsaharienne de fibre optique — font de l'Algérie le hub naturel de l'intégration africaine. »

Le hub naturel. Et il ajoute : « l'Algérie est appelée à être un pilier du développement africain » — une réalité, dit-il, « soutenue par les faits et confirmée par les chiffres ».

Il précise la géographie : l'Algérie est « un pont naturel entre la Méditerranée, le Maghreb, le Sahel et l'Afrique subsaharienne ». Il rappelle qu'elle est le troisième contributeur africain à la Banque africaine de développement, qu'elle a versé 15 millions de dollars au Fonds africain de développement, et que la Banque a financé la première tranche du rail Laghouat–Ghardaïa–El Meniaa ainsi que la ligne Alger–Tamanrasset.

Et il met le doigt sur un enjeu que l'Algérie ne revendique pas assez : la sécurité alimentaire du continent. Grâce à sa capacité de production d'engrais phosphatés et azotés, l'Algérie est présentée comme « une alternative africaine fiable » face aux ruptures d'approvisionnement mondiales.

Voilà ce que veut dire « hub ». Pas un slogan : trois infrastructures, un rail, des engrais, et une position sur la carte.

L'Algérie a déjà posé les rails

Ce que le discours appelle des « forces », l'Algérie l'a déjà mis en chantier. Les voies existent, et elles sont mesurables :

[[BAR]]

Ce que l'Algérie a déjà bâti vers le sud

Fibre optique vers le sud | 2 548 | km

Route bitumée jusqu'à la frontière nigérienne | 2 335 | km

Section nationale du gazoduc transsaharien | 2 310 | km

[[/BAR]]

Deux mille cinq cents kilomètres de fibre optique. Deux mille trois cents kilomètres de route bitumée. Deux mille trois cents kilomètres de gazoduc. Ce ne sont pas des promesses de campagne : ce sont des ouvrages, sur le sol, qui relient la Méditerranée au cœur du continent.

Et ce n'est pas tout :

- Le train Alger–Tamanrasset, dont la Banque africaine de développement finance une partie, doit relier le nord à l'extrême sud — la ligne est en chantier, et le président Tebboune a fixé l'objectif d'une mise en service en 2028 pour la première grande tranche.

- Gara Djebilet, l'un des plus grands gisements de fer du monde, est entré en phase d'exploitation.

- Près de 1,9 million d'étudiants ont retrouvé les amphithéâtres à la rentrée 2026-2027.

- Chemseddine Derrache a décroché la médaille d'or à l'Olympiade internationale de mathématiques.

Un pays qui pose du rail, du câble et du tuyau vers le sud ne parie pas sur le passé. Il parie sur la seule direction qui compte ce siècle-ci.

Pourquoi cette bascule n'est pas réversible

C'est là que la thèse du discours devient difficile à contester.

Les trois projets cités par la Banque africaine de développement — gazoduc, autoroute, fibre optique — ont un point commun : ce sont des infrastructures physiques, et une fois posées, elles ne se défont pas. On peut changer un gouvernement, une majorité, une politique. On ne débranche pas 2 500 km de fibre optique, et on ne rebouche pas un gazoduc.

Et la géographie, elle, ne se négocie pas. L'Algérie est le plus grand pays d'Afrique. Elle touche la Méditerranée au nord et le Sahel au sud. Aucun dirigeant, dans aucun pays, ne peut décider que ce n'est plus vrai. C'est exactement ce que veut dire l'expression « forces irréductibles » : des faits qui ne dépendent d'aucune décision.

Le reste de l'Afrique monte. La Banque africaine de développement a mobilisé plus de 26 milliards de dollars en coopération avec ses partenaires africains et a annulé la dette de 18 pays du continent. Quand une continent de 1,4 milliard d'habitants se met en mouvement, il ne redescend pas.

La question n'est donc pas de savoir si le siècle sera africain. La question est : qui aura préparé les routes ?

L'Algérie a posé la fibre, le bitume, le rail et le tuyau.

Elle a répondu à la question avant qu'on la lui pose.

Sources : Extrait de discours diffusé le 22/09/2026 par la chaîne YouTube DzaircomTrip (short hAWRzrKAOfY), transcript par nos soins · Fonds monétaire international, dernier rapport sur l'Algérie, via Radio Algérienne — Le FMI salue la croissance de l'Algérie et ses efforts de diversification · Banque africaine de développement, Abdoulkader Dileita, chef du bureau pays en Algérie, interview à l'APS en marge des assemblées annuelles de la Banque à Brazzaville, via Radio Algérienne — Algeria: The Hub of African Integration · Horizons, août 2026 — Algérie-Nigeria : les projets transsahariens au cœur du partenariat · El Moudjahid — Grande Commission mixte de coopération algéro-nigérienne · APS — La ligne ferroviaire Alger–Tamanrasset · Le Courrier d'Algérie, septembre 2026 — rentrée universitaire · données d'infrastructures reprises de nos propres articles, déjà publiés et vérifiés.