L'hydrogène vert : quand le soleil algérien devient énergie pour l'Europe
Serge Mba — Libreville, Gabon — 6 septembre 2026
L'Algérie dispose de l'un des plus grands gisements solaires de la planète : environ 3 000 heures d'ensoleillement par an, une irradiation qui grimpe de 1 700 kWh par mètre carré dans le Nord à plus de 2 200 dans le Sud — et un territoire saharien qui couvre la majeure partie du pays. Ajoutez un savoir-faire énergétique éprouvé, et vous obtenez la stratégie nationale de l'hydrogène vert, adoptée fin 2022 et présentée en mars 2023.
Les objectifs sont chiffrés, et ils sont ambitieux. D'ici 2040, l'Algérie vise l'exportation de 30 à 40 térawattheures par an — environ 10 % du marché européen — pour des recettes de l'ordre de 10 milliards de dollars par an. Le Centre de recherche sur les énergies renouvelables chiffre la cible à 1,2 million de tonnes d'hydrogène vert exportées chaque année vers l'Europe d'ici 2040. Et l'infrastructure existe déjà sur le papier : le corridor SoutH2, qui doit relier l'Algérie à l'Italie puis à l'Allemagne, s'étend sur 3 300 kilomètres avec une capacité de 4 millions de tonnes par an — plus de 40 % de l'objectif européen REPowerEU — et a obtenu le statut de projet d'intérêt commun européen.
Les partenariats suivent. Avec l'Allemagne, des projets d'investissement de l'ordre de 900 millions de dollars ont été déposés ; avec l'Italie, le consortium réunit Sonatrach et Sonelgaz aux côtés des européens VNG, Snam et Verbund. Un projet pilote de 50 mégawatts est engagé à Arzew avec le soutien de Berlin. L'Algérie ne se contente pas d'annoncer : elle pose les premiers jalons d'une filière industrielle complète, de l'électrolyseur au terminal d'exportation.
Ce n'est pas une mode : c'est la suite logique du positionnement algérien. Après le gaz, l'hydrogène ; après les pipelines, les corridors d'énergie propre. L'Europe cherche des fournisseurs stables et proches ; l'Algérie est à quelques centaines de kilomètres de ses côtes. La géographie fait le travail — quand la volonté politique s'en mêle. Pour les investisseurs, la fenêtre est ouverte ; pour la diaspora des ingénieurs, c'est l'appel du Sud : les compétences en énergie propre sont précisément ce que votre pays vous demande de rapporter.