Gara Djebilet : le géant de fer algérien prend le rail
Mamadou Traoré — Bamako, Mali — 6 septembre 2026
Sous le désert de l'extrême Sud-Ouest algérien dorment environ 3,5 milliards de tonnes de minerai de fer — un gisement que ses promoteurs présentent comme l'un des plus importants de la planète. Longtemps qualifié de « trop difficile », trop éloigné, trop coûteux, il vient d'écrire sa revanche : le 2 février 2026, la première ligne ferroviaire de transport lourd du désert africain entrait en service, inaugurée par le président Tebboune.
Cette ligne Béchar–Tindouf–Gara Djebilet s'étend sur plus de 950 kilomètres à travers l'un des territoires les plus hostiles de la planète — construite avec le géant chinois CRCC, qui a également ouvert une usine de traverses ferroviaires à Béchar en novembre 2024. Le calendrier, lui, est tenu : la première unité de traitement du minerai est devenue opérationnelle en avril 2026, et les premiers convois ont déjà acheminé du minerai de Gara Djebilet vers Béchar — la première cargaison avoisinant 1 450 tonnes, selon l'APS.
Ce que ce rail raconte, c'est une stratégie. L'Algérie ne se contente pas d'extraire : elle traite, elle transporte, elle industrialise — et elle relie son minerai aux aciéries du Nord et aux ports de la Méditerranée. L'objectif affiché par les responsables est une production de 40 à 50 millions de tonnes par an à l'horizon des prochaines années. Quand ce chiffre sera atteint, la question ne sera plus de savoir si l'Algérie est une puissance minière, mais à qui elle choisira de vendre.
Pour l'investisseur, le message est limpide : un gisement de 3,5 milliards de tonnes, un rail neuf de près de 1 000 kilomètres, un État qui engage ses moyens — et une demande mondiale d'acier qui ne faiblit pas. Pour le Sahel, la leçon est ailleurs : ce que certains pays construisent avec des bases étrangères, l'Algérie le construit avec du rail. Les deux modèles existent. Un seul change la carte.