DjenDjen : le port qui ouvre la mer aux pays sans littoral

Grâce Houngbédji — Cotonou, Bénin — 6 septembre 2026

Il y a une injustice géographique que l'Afrique peut corriger : celle des pays enclavés — Tchad, Mali, Niger — condamnés à dépendre de ports lointains et de corridors fragiles. La réponse algérienne s'appelle DjenDjen : un port en eaux profondes sur la Méditerranée, à moins de 50 milles de la route maritime Suez–Gibraltar, que ses exploitants présentent comme le plus grand port d'Algérie — 210 hectares, un tirant d'eau atteignant 18,20 mètres.

Les faits sont là, et ils sont chiffrés. Le trafic réel du port a atteint 7,63 millions de tonnes débarquées en 2025, en hausse de 5 %, avec des conteneurs en progression de 65 % sur un an — selon l'entreprise portuaire elle-même. En novembre 2024, l'arrivée de DP World aux côtés de l'opérateur algérien EPAL a changé la donne : quai porté à 570 mètres, capacité d'accueil des navires passée de 2 500 à 6 000 EVP, et réception du MSC Tamara, premier porte-conteneurs de 265 mètres jamais accueilli en Algérie — un gain de transit annoncé d'environ vingt jours pour les marchandises vers l'Afrique.

L'extension, elle, est à la hauteur de l'ambition : les ministres des Transports et des Travaux publics ont annoncé en janvier 2025 un plan pour porter le port à 26 millions de tonnes de marchandises et 5 millions de conteneurs par an, avec des quais à 20 mètres de tirant d'eau — une enveloppe d'environ 310 milliards de dinars pour une digue prolongée de 3 100 mètres, un quai de 3 000 mètres et un brise-lames de 1 300 mètres, sur 48 mois de travaux. À titre de comparaison, l'ensemble des ports algériens a traité plus de 130 millions de tonnes et 1,8 million de conteneurs en 2024.

Surtout, DjenDjen est pensé comme une porte pour le Sahel. Le président Tebboune l'a dit en septembre 2025 : l'Algérie entend ouvrir ses ports aux États sans littoral. Le ministre des Affaires étrangères l'a répété en avril 2026 devant la commission mixte avec le Tchad : les marchandises destinées à N'Djamena, Bamako ou Niamey peuvent débarquer à DjenDjen, emprunter le rail et la route algériens — la liaison Ramdane Djamel–Annaba–Constantine et l'autoroute Jijel–El Eulma, 110 kilomètres, sont en chantier — et rejoindre le cœur de l'Afrique.

L'Algérie ne construit pas un port : elle construit une architecture — port, rail, route, énergie — dont tout le Sahel peut bénéficier. C'est cela, la vraie diplomatie économique : offrir aux autres ce dont ils ont besoin, sans rien imposer. Le commerce, lui, suivra.