Baladna : 3,5 milliards de dollars de lait au cœur du Sahara d'Adrar
Ahmed Cheikh — Nouakchott, Mauritanie — 6 septembre 2026
Il fallait oser. Planter au cœur du Sahara, à Adrar, le complexe que ses promoteurs présentent comme le plus grand projet agro-industriel laitier intégré au monde. Baladna Algérie — le groupe qatari Baladna et le Fonds national d'investissement algérien — l'a fait : la convention finale a été signée le 28 mars 2025 à Alger, sur 117 000 hectares, pour un investissement annoncé de 3,5 milliards de dollars.
Les chiffres donnent le vertige, et c'est précisément ce que nous aimons : des chiffres. Le 23 avril 2026, un deuxième lot de contrats dépassant 635 millions de dollars a été signé en présence du ministre de l'Agriculture, Yacine El-Mahdi Oualid — cheptel, génie civil, centrale à béton, logements. Quelques semaines plus tard, le 4 mai 2026, la ferme géante effectuait sa première moisson d'orge expérimentale sur 300 hectares irrigués par pivots à Tamest. Le désert n'est plus un vide : c'est un chantier.
À pleine capacité, le complexe doit aligner 270 000 vaches laitières Holstein — dont 30 000 importées des États-Unis à partir de novembre 2026, par un pont aérien de 109 vols — et produire 1,7 milliard de litres de lait ainsi que près de 198 000 tonnes de poudre de lait par an, de quoi couvrir environ la moitié des besoins algériens. La première poudre est attendue fin 2027, l'usine étant confiée au géant allemand GEA. C'est une réponse directe à une facture que la FAO chiffre en moyenne à 431 270 tonnes de produits laitiers importés chaque année entre 2020 et 2024, pour environ 1,61 milliard de dollars.
Pour les Algériens, le projet promet environ 5 000 emplois — et dès septembre 2026, sa filiale Baladna El Djazaïr recrutait déjà 1 000 salariés pour l'usine d'Adrar. Pour l'investisseur étranger, Adrar est un message : l'Algérie offre des terrains, des incitations — l'accord prévoit une exonération fiscale de dix ans et un contrat d'enlèvement de vingt ans avec l'ONIL — et elle tient ses engagements. Pour la diaspora, c'est une preuve : votre pays transforme ses déserts en actifs. Ceux qui doutaient encore peuvent venir voir les vaches — elles n'ont pas lu les éditoriaux pessimistes.