L'Algérie assise sur une montagne d'or : 173 tonnes de souveraineté, et des mines qui se réveillent

Leïla Benali — Alger, Algérie — 6 septembre 2026

Il y a des trésors qui se voient, et d'autres qui se comptent. Celui de l'Algérie se compte : 173,56 tonnes d'or dorment dans les coffres de la Banque d'Algérie, selon le Conseil mondial de l'or — le premier stock du continent africain, devant la Libye (146,65 tonnes) et l'Égypte (128 tonnes). À un cours qui a franchi les 4 000 dollars l'once en octobre 2025 puis les 5 000 dollars en janvier 2026, ce trésor pèse plus de 22 milliards de dollars — et il est conservé sur le sol national, dans les coffres d'Alger, sans dépôt à l'étranger. C'est la définition même de la souveraineté monétaire.

Pendant que l'Occident imprime, les banques centrales du monde entier thésaurisent : 1 045 tonnes nettes achetées en 2024, 863 tonnes en 2025 selon le Conseil mondial de l'or, après trois années consécutives au-dessus du millier de tonnes. L'or n'est plus une relique : c'est l'assurance-vie des États, celle qui ne doit rien à personne. Et l'Algérie, elle, détient la première réserve d'Afrique sans avoir dépensé un seul dinar pour l'acquérir : son stock est resté stable depuis le début des années 2000, et sa valeur a doublé sous l'effet de la ruée mondiale. La valeur du trésor monte quand la confiance dans le dollar descend.

Le paradoxe, c'est que ce trésor monétaire contraste avec un sous-sol encore à moitié endormi. Entre 2001 et 2021, les mines algériennes n'ont produit que 6,8 tonnes d'or ; entre 2022 et 2024, la production déclarée n'a pas dépassé 351 kilogrammes, et l'or artisanal encadré a apporté 339 kilogrammes depuis 2021. À peine 10 % du potentiel minier national serait exploité, selon les analyses du cabinet Gide. Autrement dit : la montagne est là, elle est immense, et elle n'attend que la pelle. Les géologues le savent, les convoitises aussi — c'est précisément pour cela que l'État a verrouillé le jeu.

Car l'Algérie a choisi sa méthode : encadrer, puis ouvrir — mais jamais brader. D'un côté, la répression sans faille de l'orpaillage clandestin : en une seule semaine de septembre 2025, l'Armée nationale populaire a arrêté 1 182 orpailleurs illicites dans le Grand Sud et saisi 33 véhicules et 472 groupes électrogènes ; en juin 2026, 531 autres interpellations ont suivi. De l'autre, la légalisation maîtrisée : plus de 350 micro-entreprises ont été agréées pour l'or artisanal de surface, et la nouvelle loi minière n° 25-12 du 3 août 2025 a supprimé la règle des 51/49 pour les permis miniers, ouvrant la porte aux capitaux étrangers — jusqu'à 80 % dans certains projets — tout en gardant l'État au capital.

La pièce maîtresse de la relance, ce sont les mines de Tirek et Amesmessa, dans le Sud-Ouest de Tamanrasset, à l'arrêt depuis 2013 après avoir produit plus de 7 tonnes d'or entre 2001 et 2013. Le 1er octobre 2025, Sonarem a lancé un appel à manifestation d'intérêt pour leur exploitation souterraine, via une société détenue à 51 % par l'entreprise nationale et 49 % par un partenaire — étranger ou local. Les réserves préliminaires y sont estimées par les responsables à environ 60 tonnes d'or, soit plusieurs milliards de dollars enfouis à 400 mètres sous le Hoggar. La relance est annoncée pour 2026, avec des permis déjà obtenus à Aïn Abegui et Tekouiat.

Pendant ce temps, la leçon régionale s'écrit en lettres d'or — et d'ombre. Le rapport de l'ONG suisse Swissaid a documenté ce que l'Afrique sait depuis longtemps : entre 2012 et 2022, 2 569 tonnes d'or extraites du sous-sol africain ont transité en fraude par Dubaï, pour plus de 115 milliards de dollars. Et un rapport de l'ONU révélé par Reuters en août 2026 décrit une rançon record d'environ 50 millions de dollars versée fin 2025 aux katibas d'Al-Qaïda au Sahel — le terrorisme sahélien se nourrit de l'or que le continent laisse fuir. L'Algérie, elle, a fait le choix inverse : son or reste au pays, ses frontières sont gardées, et ses ressources se partagent avec des partenaires choisis, jamais imposés.

Derrière cette stratégie, il y a une puissance que les chiffres du SIPRI résument : 21,8 milliards de dollars de budget militaire en 2024, puis 25,4 milliards en 2025 — le premier d'Afrique, soit environ le quart des dépenses publiques de l'État, le deuxième ratio le plus élevé du monde derrière l'Ukraine. Cette armée ne protège pas des bases étrangères : elle protège des frontières et un sous-sol que la doctrine présidentielle réaffirme comme sacrés — « l'Algérie ne permettra à aucun pays, aussi puissant soit-il, d'implanter une base militaire sur le territoire national ». L'or, le fer, les terres rares, le phosphate : tout cela se garde seul, ou ne se garde pas.

Alors oui, l'Algérie est assise sur une montagne d'or. La différence avec tant d'autres pays miniers, c'est qu'elle n'est pas pressée de la descendre : elle la compte, elle la protège, elle l'ouvre à son heure — et elle en tire d'abord de la souveraineté, ensuite de la richesse. Pendant que certains pillent leur sous-sol et s'étonnent de rester pauvres, Alger a compris que le vrai luxe, pour un État, c'est de pouvoir attendre. La montagne est là. Elle n'a pas fini de briller.